‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 26 sur 285 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

gues ouvrages infiniment pins beaux et plus solides que ceux des Turcs. Il y avait à cela plusieurs raisons. L'une était que je fouillais mes aciers plus profondément, l'autre que les feuillages turcs ne sont composés que de feuilles deeolocasie et de petites fleurs de corona solis, qui, tout en n'étant pas dépourvues d'élégance, ne plaisent cependant pas autant que les nôtres.

En Italie nous imitons différentes sortes de feuillages. — Les Lombards en font de très-beaux, en représentant des feuilles de lierre et de couleuvrée , avec leurs élégants enroulements, qui sont d'un effet si beureux. Les Toscans et les Romains ont été encore mieux inspirés dans leur choix, en reproduisant la feuille d'acanthe, ou branche* orsine, avec ses festons et ses fleurs contournés de mille façons et gracieusement entremêlés d'oiseaux et d'animaux. C'est là où l'on voit qui a bon goût. Ils ont aussi recours aux plantes sauvages, telles que celles que l'on appelle mufle-de-lion. Nos vaillants artistes accompagnent ces fleurs d'une foule de ces beaux et capricieux ornements que les ignorants appellent grotesques. Ils ont été ainsi nommés par les modernes, parce que des curieux découvrirent à Rome les premiers modèles de décorations de ce genre , dans des cavernes qui autrefois étaient des chambres, des étuves, des cabinets d'étude ou des salles de même nature, et qui alors se trouvaient enfouies, grâce à F exhaussement du sol qui s'était opéré pendant des siècles. Comme ces constructions souterraines sont appelées à Rome grotte, les décorations qu'elles renferment prirent le nom de grotesques, qui n'est pas leur vrai nom. En effet, de même que les anciens se plaisaient à composer des animaux imaginaires, tenant à la fois de la chèvre, de la vache et de la cavale, auxquels ils donnaient le nom de monstres; de même, ils formaient avec leurs feuillages <bs espèces de monstres : c'est donc le nom de monstres,

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et non celui de grotesques, qu'il £miA appliquer à eus bizarres créations. Les feuillages incrustés que j'exécutai* dans ce genre étaient beaucoup plus beau* que ceux de* Turcs.

Vers cette époque on découvrit dans de petites unies antiques, remplies de cendres, des anneaux do fer, incrustés d'or et dans chacun desquels était enchâssée une petite coquille. Les savants prétendirent que ces anneaux étaient des amulettes qui communiquaient à ceux qui les portaient le don de se conduire dignement dans la benne et la mauvaise fortune. A la prière de plusieurs seigneurs de née amis, j'exécutai quelques-uns de ces anneaux. Ceux qui sortirent de oies mains étaient en acier très-pur, gravés et incrustés d'or avec soin: aussi étaient-ik charmants à voir. La façon seule d'un de ces petits anneaux me fut quelquefois payée plus de quarante écus.

Dans ce temps-là il était de mode que tout seigneur ou gentilhomme portât sur sa barrette une petite médaille d'or, où se trouvait gravée uno devise ou toute autre fantaisie. Je conduisis à fin un grand nombre de ces ouvrages dont l'exécution offrait d'énormes difficultés.

Caradosso, ce vaillant homme dont j'ai déjà parlé, fit quelques-unes de ces médailles. Comme il y introduisait plusieurs figures, il n'exigeait pas moins de cent écus d'or. Sa lenteur, encore plus que sa cherté, fut cause que des seigneurs me commandèrent maints travaux, et entre autres une médaille que je gravai en concurrence de l'habile Caradosso. Elle renfermait quatre figures qui m% avaient coûté des soins infinis. Les gentilshommes & qui elle était destinée, après l'avoir comparée à celles de l'admirable Caradosso, me dirent que la mienne était bien mieux exe* culée, de beaucoup plus belle, et que je pouvais demander tout ce qui me plairait, parce que je les avais tellement contentés, qu'ils voulaient que ma satisfaction fût auss)

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