LIVRE QliATRIKUK
faisait grand jour, je pensai que je courais du danger. Je priai donc un porteur d'eau qui avait chargé son âne et rempli ses pots de me prendre sur son dos et de me porter snr les escaliers de San-Pietro. — «Je suis, lui dis-je, un paorre jeune homme qui me suis cassé une jambe en voulant descendre d'une fenêtre, dans une affaire d'amour. Comme la maison d'où je sors appartient à un grand personnage , et que je risque d'être haché en morceaux , enlève-moi promptement, je t'en supplie; je te donnerai un cca «for. » — Je lui montrai en même temps ma bourse qui était bien garnie. Il me prit aussitôt sur ses épaules et me porta sur les escaliers de San-Pietro. Je lui dis de me laisser là et de retourner vers son âne.
Je m'acheminai de suite, toujours à quatre paltes, vers le palais de la duchesse Marguerite, fille naturelle de l'empereur, qui avait épousé le duc Ottavio, après la mort d'Alexandre, duc de Florence, son premier mari. Je savais <|Qej'y trouverais plusieurs de mes amis qui étaient venus de Florence avec cette princesse. Elle-même était fort bien disposée en ma faveur, grâce au gouverneur du château, taltii-ci, en effet, avait dit au pape que, le jour où la duchesse fit son entrée à Rome, j'avais empêché un dégât de pins de mille écus, qu'une grosse pluie menaçait d'occasionner. Il raconta qu'en voyant son désespoir, je le consolai et braquai quelques pièces d'artillerie du côté où les nuages étaient le plus épais, et qu'à l'instant où l'eau commença à tomber avec force, je fis feu, et avec tant de succès, qu'à 1* quatrième décharge la pluie s'arrêta et le soleil se montra; qu'ainsi moi seul avais été cause que la fête s'était Heureusement passée. Lorsque la duchesse fut instruite de ^ette circonstance, elle dit : — « Benvenuto est un de ces $ens de talent qu'aimait mon mari le duc Alexandre. Je ne les oublierai pas quand l'occasion de leur être utile se
présentera. » — De plus , elle avait parlé de moi au duc i. st
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OUavio. C'est pourquoi je me rendais directement chez Soo Excellence, qui habitait dans le Borgo-Vecchio un magnifique palais. J'étais certain que le pape ne violerait pas cet asile ; mais ce que j'avais accompli jusque-là avait été trop merveilleux pour un homme. Dieu ne voulut pas que je tombasse dans le péché d'orgueil , et , pour mon bien , il me condama à subir une épreuve encore plus sévère que la première. On verra bientôt comment cela eut lieu.
Pendant que je rampais le long des escaliers, un domestique du cardinal Cornaro me reconnut et courut de suite réveiller son maître, auquel il dit : — « Ifonsignor révérée dissi me , votre Beuvenuto est là en bas ; il s'est évadé du château ; il se traîne tout ensanglanté. Autant qu'on peut en juger, il a une jambe cassée. Nous ne savons où il va. v — « Courez, s'écria le cardinal, et apportez-le-moi ici dans ma chambre. »
Quand je fus près de lui, il me dit de ne rien craindre, et il envoya de suite chercher les premiers chirurgiens de Rome. — Ce fut l'habile maestro Giacomo de Pérouse qui me pansa. Il me rejoignit admirablement les os; puis il me banda la jambe et me saigna de sa propre main. Soit que mes veines fussent beaucoup plus gonÛées qu'à l'ordinaire , soit que maestro Giacomo eût voulu me pratiquer une incision plus large que de coutume, toujours est-il que le sang alla le frapper au visage avec tant de force et en telle abondance, qu'il fut forcé d'interrompre son opération. Il regarda cet accident comme un funeste présage, et il ne consentit qu'avec beaucoup de peine à continuer de me panser. Plusieurs fois il voulut m' abandonner en songeant qu'il pouvait être sévèrement puni pour m' a voir soigné. — Le cardinal me lit placer dans une chambre secrète, et courut au palais avec l'intention de demander ma liberté au pape*
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