‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 2 sur 228 · THÉOLOGIE DOGMATIQUE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE DOGMATIQUE

JACOB , fils d'Isaac et petit-fils d'Abraham, fut le père des douze chefs des tribus d'Israël. Nous n'avons pas dessein de rapporter en détail toutes les actions de ce patriarche, mais d'examiner celles que les incrédules ont censurées avec trop de rigueur, et contre lesquelles ils ont fait des objections.

1° Jacob profite de la faim et de la lassitude de son frère Esau, pour lui enlever le droit d'aînesse, qui était inaliénable. Si, par le droit d'aînesse, on entend les biens de la succession paternelle , ce reproche est faux. Esau eut pour partage, aussi bien que son frère, la rosée du ciel, et la graisse de la terre , l'abondance de toutes choses (Gen., c. xxvn, v.39). Lorsque Jacob, revenant de la Mésopotamie où il s'était enrichi, voulut lui faire des présents, il répondit : Je suis assez riche, mon frère; gardez pour vous ce que vous avez, c. xxxm, v. 9. Or, ce que Jacob possédait pour lors était le fruit de son travail ; il dit lui-même : J'ai passé le Jourdain avec mon bâton, et je reviens avec deux troupes nombreuses d'hommes et d'animaux, c. xxxn, v. 10. Isaac vivait encore ; et à sa mort il n'y eut point de dispute entre les deux frères pour le partage de sa succession. c. 35, v. 29.

Qu'était-ce donc que le droit d'ainesse vendu par Esau et acheté par Jacob ? Le privilège d'avoir dans la suite des siècles une postérité plus nombreuse et plus puissante, d'y conserverie culte du vrai Dieu, d'entrer dans la ligne des ancêtres du Messie. Telles étaient les bénédictions promises aux patriarches Abraham et Isaac. Esau n'y avait aucun droit, c'était un bienfait de Dieu purement gratuit ; Dieu l'avait destiné et promis à Jacob, lorsqu'il était encore dans le sein de sa mère. Gen., c. xv, v. 23. Esau méritait d'en être privé, à cause du peu de cas qu'il1 en fit, et de la facilité avec laquelle il y renonça, c. xxv, v. 3V. Il aggrava sa faute en épousant deux étrangères, desquelles Isaac et Rébecca était mécontents, c. xxvi, v. 35. Quoique la narration de l'historien sacré soit très-succincte et détaille peu de circonstances, elle en dit assez pour nous faire com-

DlCTIONN. DE TllÉOL. DOGMATIQUE. III.

prendre qu'Esaû était naturellement violent, impétueux dans ses désirs, déterminé à les satisfaire, quoi qu'il en pût arriver. Il se fit un jeu de sonsermentet du droit de primogéniture ; quand il vit les suites de son imprudence, il forma le dessein de tuer son frère, c. xxvn, v. 41. 11 n'inspira point à ses lemmes le respect qu'elles auraient dû avoir pour Isaac et Rébecca, c. xxvn, v. 46. Cette conduite est beaucoup plus répréhensible que celle de Jacob. Au mot Haine, nous avons expliqué en quel sens Dieu a dit par un prophète : J'ai aimé Jacob et j'ai haï Esau.

2° Jacob, par le conseil de sa mère, trompe Isaac par un mensonge, pour obtenir la bénédiction destinée à Esau. Ce fut une faute de la part de l'un et de l'autre ; mais Dieu, qui avait annoncé ses desseins, ne voulut pas y déroger pour punir deux coupables. Isaac lui-même , instruit du mensonge do Jacob, ne révoqua point sa bénédiction ; il la confirma, parce qu'il se souvint de la promesse que Dieu avait faite à Rébecca ; il dit à Esau : Ton frère a reçu la bénédiction que je te destinais ; il sera béni, et tu lui seras soumis. C. xxvn, v. 33. Lorsque Jacob partit E ourla Mésopotamie, Isaac lui renouvela les énédictions et les promesses faites à Abraham. C. xxviii, v. 4. Il ne faut pas en conclure que Dieu récompensa la tromperie de Jacob ; il n'est point ici question de récompense, mais de l'exécution d'une promesse que Dieu avait faite avant que Jacob fût au monde; celui-ci fut assez puni par la crainte que lui inspirèrent, pendant longtemps, les menaces d'Esaû, c. xxvn, v. 11, etc.

Un incrédule a objecté qu'il n'est pas possible qu'Isaac ait été trompé par l'artitice grossier dont Jacob se servit pour se déguiser. Mais ce vieillard, aveugle et couché sur son lit, ne se défiait de rien, et il fut étonné lui-même de son erreur, lorsqu'il s'aperçut de la fraude. C. xxvn, v. 33. Ajoutons qu'aucun motif n'a pu engager l'historien sacré à forger cette narration, il aurait eu plutôt intérêt à la supprimer : elle n'était pas honorable à la postérité de Jacob.

Le même critique prétend que la bénédiction d'Isaac a été fort mal accomplie ; que les

JAC

JAC

Iduméens, descendants d'Esaii, ont toujours été plus puissants que les Israélites. Selon lui, les Iduméens aidèrent Nabuchodonosor à détruire Jérusalem, ils se joignirent aux Romains; Ilérode, Iduméen,*fut créé roi des Juii's par ces derniers, et, longtemps après, ils s'associèrent aux Arabes, sectateurs de Mahomet, pour prendre Jérusalem et la Judée, dont ils sont demeurés en possession. Cette érudition pèche en plusieurs choses. Il est certain que David fit la conquête de i'Iduméc (II Reg. c. vm, v. 14) ; que les Iduméens ne secouèrent le joug que cent soixante ans après, sous le règne de Joram, îils deJosaphat (iyj»e0.c.vin,v.2O). C'est ce que Jacob avait prédit à Esaù, en lui disant : Le temps viendra où tu secoueras son joug (Gcn. xxvn, 40). Nabuchodonosor ravagea l'idumée aussi bien que la Judée (Jercm. xlix, 20). Dieu déclare par Malachie qu'il ne permettra pas que les Iduméens se rétablissent dans leur pays, comme il a replacé les Juifs dans la Palestine après la captivité de Babylone ; et c'est à ce sujet qu'il dit : J'ai aimé Jacob, et j'ai haï Ësaiï. C. i, t. 2 et suiv. Sous les Asmonéens, Judas Machabée vainquit encore ce qui restait des descendants d'Esaii (/ Mach.,c. v, v. 3). Pendant le siège de Jérusalem, ils se rendirent aux Romains ; mais il ne paraît pas qu'il aient eu aucune part au sac de h Judée. Josèphe, Guerre des Juifs,], iv, c. 15. Depuis cette époque, il n'est plus question d'eux dans l'histoire. On ne prouvera jamais que les Arabes mahométans, qui se sont joints aux Turcs, aient été la postérité d'Esaii ; ce sont plutôt des descendants d'Ismaël , comme ils s'en vantent eux-mêmes.

D'ailleurs, à la venue du Messie, toutes les promesses faites à la postérité de Jacob ont été censées accomplies; le règne d'Hérodeestprécisément l'époque a laquellenous devons nous fixer pour voir toute puissance souveraine enlevée aux Juifs, selon la prédiction de Jacob {Gcn., c. xux, v.10).

3a Jacob, arrivé dans la Mésopotamie, épouse les deux sœurs, filles d'un père idolâtre, et prend encore leurs servantes; il est donc coupable d'inceste, de polygamie et de désobéissance a la loi, qui défendait aux patriarches ces sortes d'alliances. Mais il faut taire attention que les mariages de Jacob ont été contractés trois cents ans avant que fût portée la loi qui défendait à un homme d'épouser les deux sœurs. Cesmariagesn'étaient pas réputés incestueux chez les Chaldéens, puisque ce fut Laban iui-même qui donna sjs deux tilbs à Jacob. Al'articlePoLYGAMiE, nous verrons qu'elle n'était pas défendue par la loi naturelle avant l'état de société civile. Les enfants d'Adam n'avaient pas péché en épousant leurs sœurs.

Quoiqu'il soit parlé dans le livre de la Genèse des théraphims, ou idoles de Laban, nous voyons cependant qu'il adorait le vrai Dieu, puisque c'est en son nom seul qu'il jure alliance avec Jacob ( Gènes., c. xxxi, v. 49 et suiv. ). Il ne s'ensuit donc pas que ses filles aient été idolâtres. Jacob 'aurait été beaucoup

plus coupable d'épouser des Chananéemics,

puisque c'est avec celles-ci que les patriarches ne devaient point contracter alliance.

4° Les censeurs de l'Ecriture sainte accusent Jacob d'avoir trompé son beau-père, en changeant la couleur des troupeaux ; ils ajoutent que l'expédient dont il se servit est une absurdité, dont l'effet supposé est contraire à toutes les expériences. C'est Jacob, au contraire, qui se plaint à Laban de ce qu'il a mal payé ses services, et a changé dix fois son salaire. C. xxxi, v. 36, 41. Laban, confondu, reconnaît qu'il a tort, que Dieu l'a comblé de biens par les services de Jacob ; il jure alliance avec lui. Jbid., v. 44. Rien ne nous oblige de supposer que l'expédient dont Jacob sa servit pour changer la couleur des troupeaux, produisit cet effet naturellement; il reconnaît lui-même que c'est Dieu qui a voulu l'enrichir parce moyen. C. xxxi, v. 9 et 16. Cependant plusieurs naturalistes anciens et mode, nés ont cité des exemples des effets extraordinaires produits sur le fœtus par les objeis dont les mères ont été frappées dans le temps de la conception (1).

(1) L'auleur de la Philosophie de r Histoire, dans le chapitre des Préjugés populaires, s'exprime ainsi :

< Parmi beaucoup d'erreurs auxquelles le genre humain a été livré , on croyait qu'on pouvait faire naître des animaux de la couleur qu'on voulait , en présentant cette couleur aux mères avant qu'elles conçussent. L'auleur de la Genèse dit que Jacob eut des brebis tachetées par cet artifice. >

Réponse. Cet écrivain traite de préjugé l'opinion de la force de l'imagination de la mère sur le f.jelus. Qu'on lise Bocharl , et l'on verra si l'on peut qualifier ainsi un sentiment que ce savant a prouve par une infinité d'exemples anciens et modernes : nous y en ajouterons un tout récent, rapporté par le Père Gumila, dans sa curieuse Desciip.ion d POrénoque. Voici ses paroles :

c Étant, en 1738, principal du collège de Carlhagène, dans le nouveau royaume de Grenade, je fus à une infirmerie qui n'est séparée du collège que par une muraille, pour visiter les domestiques malades qu'on y amène de la campagne. J'y trouvai entre autres une négresse mariée, qui me lit le détail de sa maladie, ajoutant qu'il s'en fallait beaucoup quelle eût obtenu sa santé , dont le médecin l'avait llallée lors de son accouchement. Là-dessus je voulus aussi voir l'enfant pour voir s'il se portait bien. La né— gre*se le découvrit, et je vis avec un étonnemenl que je ne puis exprimer, un enfant tel qu'on n'en a jamais vu depuis que le monde est monde. Je vais le dépeindre pour qu'on ne m'accuse point d'exagérer; mais je crains de ne pouvoir y réussir avec la plume, puisque les meilleurs peintres du pays n'ont pu en venir à bout avec le pinceau :

«Cette fille, qui pouvait alors avoir environ six mois, et qui est entrée aujourd'hui danssa cinquième année, est tachetée de blanc et de noir, d puis le sommet de la tête jusqu'aux pieds, avec tant de symétrie et de variété, qu'il semble que ce soit l'ouvrage du compas et du pinceau. Sa tète, pour la plus grande partie, est couverte de cheveux noirs bouclés, d'entre lesquels s'élève une pyraini !e de poil crépu aussi blanc que la neige , dont la pointe vient aboutir sur le sommet même de la tête , d'où elle descend, en élargissant ses deux lignes collatérales, jusqu'au milieu de l'un et de l'autre sourcil, avec tant de régularité dans les couleurs, que les deux moitiés des sourcils, qui servent de base aux deux angles de la pyramide, sont de poil blanc et bouclé au lieu que lés deux autres

JAC

JAC

5° Nos adversaires disent que le prétendu combat de Jacob contre un ange ou contre un spectre, pendant la nuit, ne fut qu'un rêve de son imagination, ou que c'est une fable inventée par les Juifs, à. l'imitation des autres nations, qui toutes se sont flattées (lavoir des oracles qui leur promettaient l'empire de l'univers. Mais l'effet du combat, soutenu par Jacob, qui en demeura boiteux le reste de sa vie, prouve que ce ne fut pas un rêve, et l'usage des Israélites de s'abstenir de manger le nerf delà cuisse des animaux prouve que cet événement n'était pas une fable. A l'époque dont nous parlons, c'est-àdire, vers l'an du monde 2260, six cents ans tout au plus après le déluge, où étaient les nations auxquelles des oracles avaient promis l'empire de l'univers ? Ce trait de vanité n'a pris naissance que chez les peuples conquérants, et il n'y en avait point pour lors.

Le testament de Jacob, par lequel il prédit à ses enfants la destinée de leur postérité, pourrait fournir matière à beaucoup de ré-

flexions. L'on ne peut pas présumer que Moïse ni un autre auteur ait osé le forger ; les crimes reprochés h Ruben, à Siméon et à Lévi, étaient des taches que leurs tribus étaient intéressées à ne pas souffrir : quel motif pouvait engager Moïse à noircir sa propre tribu? La prééminence accordée à celle de Jtida, au préjudice des autres, devait leur causer de la jalousie: les partages de laTerrc promise, faits en conséquence de ce testament, en auraient mécontenté plusieurs, si elles n'avaient pas su que tout avait été ainsi réglé par leur père. Quel qu'ait été l'auteur de ce testament, il a certainement eu l'esprit prophétique, puisqu'il a prédit des événements qui ne devaient arriver que plusieurs siècles après. Les preuves que nous avons données de l'authenticité du livre de la Genèse ne peuvent laisser aucun doute sur ce sujet. Quant à la manière dont il faut entendre la, prophétie que Jacob fait à Juda, son quatrième fils, Voy. Juda.

On dit qu'il est bien étonnant que Dieu

moitiés qui sont du côté des oreilles , sont d'un poil noir et crépu. Pour mieux relever l'espace blanc que Corme la pyramide dans le milieu du Iront, la nature y a placé une tache noire régulière, qui domine considérablement, et sert à relever sa beauté. Le reste de son visage est d'un noir clair, parsemé de quelques taches d'une couleur plus vive ; mais ce qui relève infiniment ses traits, sa bonne grâce et la vivacité de ses yeux , est une aulre pyramide blanche, qui, s'appuyant sur la partie inférieure du cou, s'élève avec proportion, et qui, partageant le menton , vient aboutir au-dessous de la lèvre inférieure dans le creux qu'elle forme. Depuis l'extrémité des doigts des mains jusqu'au-dessus du poignet, et depuis les pieds jusqu'à la moitié des jambes , elle parait avoir des gants et des bottines naturelles d'un noir clair tirant sur le cendré, ce qui produit une admiration sans égale , d'autant plus que ces extrémités sont parsemées d'un grand nombre de mouches aussi noires que du jais. De l'extrémité inférieure du cou descend comme une espèce de pèlerine noire sur la poitrine et sur les épaules, laquelle se termine en trois pointes, dont deux sont placées sur les gros muscles des bras ; et la troisième, qui est la plus large , sur la poitrine. Son épaule est d'un noir clair et tacheté comme celui des pieds et des mains. Enfin, ce qu'il y a de plus singulier dans celle fille est le reste du corps, lequel est tacheté de blanc et de noir, avec la mémo variété dont j'ai parlé, avec deux taches noires qui occupent les deux genoux. >

< Je re ournai plus d'une fois à l'infirmerie avec quelques-uns de nos Pères, pour contempler et admirer ce prodige; et à quelques jours de là, il y eut une affluence considérable de citoyens et d'étrangers, qui venaient d'arriver sur les galions, qui s'en retournaient tout remplis détonnement, et donnant des louanges au Créateur, qui, toujours admirable dans ses ouvrages, prend quelquefois plaisir à les varier pour montrer sa puissance. Les dames du pays attendaient avec impatience la guérison de la négresse, pour qu'elle put porter chez elles cet enfant extraordinaire. Elles furent enfin satisfaites ; et cet objet fit uns telle impression sur leur esprit, qu'elles accablèrent la mère et la fille d'une infinité (Je présents- Elles ne la prenaient point entre leurs bras qu'elles ne lui missent des colliers et des bracelets de perles précieuses, cl plusieurs bijoux semblables. Il y eut plusieurs personnes qui voulurent l'acheter à quelque prix que ce fût ; mais les égards quelles se devaient les unes et les autres, joints à la crainte

de chagriner le père et la mère, furent cause qu'elles ne purent se satisfaire. Cependant la fille se réveilla avec quelques symptômes de fièvre, le visage triste et abattu, ce qui m'obligea, dès que la nuitfutvcnue, de la rapporter à sa mère, dans l'habitation où elle était née. Cependant ce prodige fil du bruit dans le nouveau royaume et dans la province de Caracas, et l'on m'assura même que lfcs consuls anglais avaient envoyé son portrait à la cour de Londres.

< Ce phénomène excita parmi les curieux plusieurs disputes sur l'origine des couleurs; on ne parlait plus d'autre chose, chacun adoptant l'opinion qui favorisait son inclination, et ce fut alors que j'admis pour indubitable celle que j'ai avancée ci-dessus, touchant la force de l'imagination. Ayant pris un jour cette fille entre mes bras, pour mieux observer la variété des couleurs dont j'ai parlé, je remarquai qu'il sauta en même temps sur les genoux de la négresse, une chienne noire et blanche. Je comparai ses taches avec celles de la fille ; et avant trouvé beaucoup de ressemblance entre elles, je me mis à les examiner en détail, si bien que je trouvai une conformité totale entres les unes et les autres, non-seulement pour la forme, la figure et la couleur, mais encore par rapport aux endroits où elles étaient placées. Je ne fis là-dessus aucune question à la négresse, pour ne point m'écarter du système que j'avais adopté. Je lui demandai seulement depuis quel temps elle avait cette chienne ; et elle me répondit qu'elle l'avait élevée depuis qu'on l'avait ôtée à sa mère pour la lui donner. Je lui demandai encore si la chienne suivait son mari lorsqu'il allait aux champs. Elle me dit que non, et que la chienne lui tenait toujours compagnie. Je crus donc alors, et je crois encore que la vue continuelle de cet animal, jointe au plaisir qu'elle trouvait à jouer avec elle, avait été plus que suffisante pour tracer cette variété de couleurs dans son imagination, et l'imprimer à la fille qu'elle portait dans son sein. Je communiquai ma pensée à deux de nos pères, lesquels ayant comparé, comme j'avais fait, les taches de la chienne avec celles de la fille, ne doutèrent plus que ce fût un effet de l'imagination de la mère. «

< Tout ce que je pourra'is ajouter, pour établir la vérité du fait que je viens de rapporter, serait inutile, puisqu'il y a dans celle ville plusieurs personnes, tant ecclésiastiques que séculiers, qui en ont été témoins ; et qu'à Cadix môme il se trouve un grand nombre de gens qui ont vu la fille dont je parle. » — Réponses critiques, par Bullet, lom. 1, p. 2'.)5.

JAC

ait choisi par préférence une famille dans laquelle il y avait eu tant de crimes, l'inceste de Ruben et celui de Juda, le massacre des Sichimites par Siméon et par Lévi, Joseph vendu par ses frères, etc. Il s'ensuit seulement que dans tous les siècles, et surtout dans les premiers âges du monde, les mœurs ont été très-grossières et les hommes trèsvicieux; que la loi naturelle a été mal connue et mal observée ; que Dieu, toujours très-indulgent, a répandu sur ses créatures des bienfaits très-gratuits, s'est souvent servi de leurs crimes pour accomplir ses desseins. Aujourd'hui, comme autrefois, il y a lieu de dire : Si Dieu ne nous a pas exterminés, c'est par miséricorde, et parce que sa bonté est infinie (Thren. m, 22. )

On soutient mal à propos que ces traits de l'histoire sainte sont de mauvais exemples, et autorisent les crimes des méchants, puisque cette même histoire nous montre la Providence divine attentive à punir le crime ou en ce monde ou en l'autre. Ruben est privé de son droit d'aînesse ; Siméon et Lévi sont notés dans leur postérité ; nous voyons les frères de Joseph prosternés et tremblants à ses pieds, etc. Jacob lui-même, parvenu à l'âge de cent trente ans, proteste que sa vie n'a été qu'une suite de souffrances ( Gènes. c. xlvii, v. 9). Au lit de la mort, il n'attend son salut que de Dieu. C. xlix, v. 18.

Nous ne sommes donc pas obligés de justifier toutes les actions des patriarches, puisque les écrivains sacrés qui les rapportent ne les approuvent point. 11 n'est pas nécessaire non plus de dire que c'étaient des types, des figures, des mystères qui annonçaient des événements futurs: cela ne suffirait pas pour les excuser. Mais les incrédules en condamnent plusieurs qui étaient réellement innocentes dans les siècles et dans les circonstances où elles sont arrivées, parce que le droit naturel ne peut pas être absolument le môme dans les divers étatsde l'humanité. La raison en est que le bien commun de la société, qui est le grand objet du droit naturel, varie nécessairement selon les différentes situations dans lesquelles la société se trouve.

VoiJ. DROIT NATUREL.

JACOBINS, est le nom que l'on donne en France aux dominicains ou frères-prêcheurs, à cause de leur principal couvent qui est à la rue Saint-Jacques, à Paris. C'était un hôpital de pèlerins de Saint-Jacques, lorsque les dominicains vinrent s'y établir en 1218. Voy. Dominicains.

JACOBITES, hérétiques eutychiens ou monophysites, qui n'admettent en Jésus- Christ qu'une seule nature, composée de la divinité et de l'humanité. Cette erreur est commune aux cophtes d'Egypte, aux Abyssins ou Ethiopiens, aux Syriens du patriarcat d'Antioche, et aux chrétiens du Malabar, que l'on nomme chrétiens de saint Thomas. Nous avons parlé des jacobites cophtes et des Ethiopiens dans leuis articles , il est à propos de faire connaître les Syriens. Personne n'a fait leur histoire avec plus d'exactitude que

le savant Asscmani, dans sa Bibliothèque orientale, tom. n.

Au mot Eutychianisme, nous avons suivi les progrès de cette hérésie jusqu'au moment auquel ses partisans prirent le nom de jacobites. Sur la fin du v' siècle, les partisans d'Eutychès, condamnés par le concile de Chalcédoine, étaient divisés en plusieurs sectes et prêts à s'anéantir. Sévère, patriarche d'Antioche, chef.de la secte des acéphales, et les autres évêques eutychiens, comprirent la nécessité de se rallier. L'an 5il, ils élurent pour évêqueM'Edesse un certain Jacques Baradéa ou Zanzale, moine ignorant, mais rusé, insinuant et actif, et ils lui donnèrent le titre do métropolitain œcuménique. Il parcourut l'Orient, rassembla les différentes sectes d'eutychiens, et en devint le chef.; c'est de là qu'ils ont été nommés jacobites. Ces sectaires, protégés d'abord par les Perses, ennemis des empereurs de Constantinople, ensuite par les Sarrasins, rentrèrent peu à peu en possession des églises de Syrie soumises au patriarcat d'Antioche; ils s'y sont conservés jusqu'aujourd'hui.

Pendant les croisades , lorsque les princes d'Occident eurent conquis la Syrie, les papes nommèrent un patriarche catholique d'Antioche, et les catholiques reprirent, dans cette contrée, l'ascendant sur les jacobites. Alors ceux-ci témoignèrent quelque envie de se réunir a l'Eglise romaine ; mais ce dessein n'eut aucune suite. Depuis que les Sarrasins ou Turcs sont rentrés en possession de la Syrie , les jacobites ont persévéré dans le schisme ; les catholiques qui se trouvent dans ce pays-là, surtout au mont Liban, sont nommés maronites et melchites.Yoy. ces mots. Cependant plusieurs voyageurs modernes nous assurent que le nombre des jacobites diminue tous les jours , par les progrès que font, dans l'Orient, les missionnaires catholiques. En 1782 , M. Miroudot , évêque de Bagdad , est parvenu à faire élire , pour patriarche des jacobites syriens, un évoque catholique qui s'est réconcilié à l'Eglise romaine avec quatre de ses confrères. Les conversions de ces sectaires seraient plus fréquentes , sans les persécutions que les catholiques essuient continuellement de la part des Turcs.

Dans plusieurs endroits, les jacobites syriens se sont réunis aux nestoriens, quoique, dans l'origine , leurs sentiments sur Jésus- Christ fussent diamétralement opposés ; et ils se sont séparés des cophtes égyptiens du patriarcat d'Alexandrie , qui venaient originairement de la même souche, parce q e les jacobites syriens mettent de l'huile et du sel dans le pain de l'eucharistie : usage que les jacobites égyptiens n'ont jamais voulu tolérer. Ainsi ces sectaires sont aujourd'hui divisés en jacobites africains et en jacobites orientaux ou syriens.

Plusieurs auteurs ont cru que , dans le fond, les jacobites en général n'étaient plus dans le sentiment d'Eutychès , et qu'ils rejetaient le concile de Chalcédoine par pure prévention. Ils se sont trompés. M. Arque-

JAC

JAC

tfl, qui a vu au Malabar, en 1758. des évoques syriens jacobites , et qui rapporte leur profession de foi, fait voir qu'ils sont encore dans la même erreur qu'Eutychès. Ils admettent en Jésus-Christ Dieu et homme parfait , une personne et une nature incarnée, sans séparation et sans mélange; c'e.s*. ainsi qu'ils s'expriment. A la vérité, ces dernières paroles semblent contradictoires à leur erreur, et M. Anquetil le leur fit observer; mais ils n'en furent pas moins obstinés à le soutenir ainsi. Zend-Avesta, tom. 1, 1" part., p. 165 etsuiv. Quand on leur demande comment il se peut faire que la divinité et l'humanité soient en Jésus-Christ une seule nature , sans être mélangées et confondues , ils disent que cela se fait par la toute-puissance de Dieu; qu'à la vérité cela ne se conçoit pas, mais que rien n'est concevable dans un mystère tel que celui de l'incarnation. Quelques-uns ont cherché, en différents temps, à se rapprocher des catholiques, en prétendant qu'ils n'en étaient séparés que par une dispute de mots ; mais, dans le vrai, ils sont très-opiniâtres dans leur erreur. Ils font profession de condamner Eutychès , parce qu'il a, disent-ils , confondu les deux natures en Jésus-Christ , en soutenant que la divinité avait absorbé l'humanité ; pour nous, nous croyons que l'une et l'autre subsistent sans mélange et sans confusion. Mais ce qui prouve , ou qu'ils ne s'entendent pas euxmêmes, ou qu'ils déguisent leur sentiment, c'est qu'ils soutiennenteomme les monothélites, qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule volonté, savoir, la volonté divine ; ils supposent donc qu'en lui la nature humaine n'est pas entière , puisqu'elle est privée d'une de ses facultés essentielles , qui est la volonté. En parlant de l'eutychianisme , nous avons fait voir que cet entêtement des monophysites n'est pas une pure dispute de mots, comme plusieurs protestants ont voulu le persuader. Suivant le rapport d'Assémani, outre cette erreur principale, quelques jacobites ont dit que Jésus-Christ est composé de deux personnes, c'est l'erreur de Nestorius ; mais ils confondaient le nom de personne avec celui de nature. D'autres ont nié, comme les Grecs, que le Saint-Esprit procède du Père et du Eils ; ce n'est pas néanmoins le sentiment commun de cette secte. Us prétendent, comme les arminiens, que les saints ne jouiront de la gloire éternelle, et que les méchants ne seront envoyés au supplice éternel qu'après la résurrection générale et le jugement dernier. Ainsi ils n'admettent pas le purgatoire ; cependant, en général, ils prient pour les morts. On les a faussement accusés de nier la création des âmes. Us reconnaissent sept sacrements , et croient la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie ; mais ils admettent l'impanation , ou une union hypostatique du pain et du vin avec le Verbe. Cependant il n'y a aucun vestige de cette erreur dans leurs l'turgies; on y trouve même le terme de transmutation, en parlant de l'eucharistie. Perpétuité de la foi, tom. 1, 1. v, c. 11, tom. IV, p. 65 etsuiv. Us

(roient , comme les Grecs , que la consécration se fait par l'invocation du Saint-Esnrit ; ils consacrent avec du pain levé, contre l'ancien usage de l'Eglise syriaque, et ils y mettent du sel et de l'huile. Ces jacobites syriens ne pratiquent point la circoncision , comme font les Abyssins ou Ethiopiens, mais donnent la confirmation avec le baptême. Us administrent L'extrême-onction , qu'ils nomment la lampe ; ils ont conservé l'usage de la confession et de l'absolution ; ils croient le mariage dissoluble en certains cas graves.

On a révoqué en doute mal à propos la validité de leur ordination ; Morin n'a pas rapporté fidèlement et en entier le rite qu'ils y observent : Assémani détaille fort au long les cérémonies de l'élection et de l'ordination de leur patriarche , de même que Renaudot a décrit exactement celles qui s'observent à l'égard du patriarche jacobite d'Alexandrie. Us ne confondent donc point le clergé avec le peuple, comme font les protestants. Us ordonnent des chantres, des lecteurs, des sous-diacres, des diacres, des archidiacres , des prêtres , des chorévêques, des périodeutes ou visiteurs, des évoques, des métropolitains ou archevêques , un patriarche ; mais ils ne distinguent que six ordres , trois mineurs et trois majeurs. Us ont un office divin auquel les clercs sont obligés ; ils permettent aux ecclésiastiques mariés de vivre avec les femmes qu'ils ont prises avant d'être ordonnés, mais non de se marier après leur ordination ; pour faire des évêques , ils prennent ordinairement des moines; c'est le patriarche qui les élit et les ordonne. Us ont donc conservé l'état monastique ; il y a parmi eux des monastères t'e l'un et de l'autre sexe , où l'on fait les vœux de pauvreté , de continence et de clôture, où l'on pratique une abstinence perpétuelle et beaucoup de jeunes. Outre le carême et le jeûne des mercredis et vendredis, ils ont ceux de la sainte Vierge, des apôtres, de Noél, des Ninivites , et chacun de ces jeûnes dure plusieurs semaines. Dans l'office divin, ils suivent la version syriaque de l'Ancien et du Nouveau Testament, et ils célèbrent en syriaque , quoique leur langue vulgaire soit l'arabe; ils ont môme porté leur liturgie syriaque dans les Indes. Pour l'usage ordinaire, ils ont une version arabe do l'Ecriture sainte qui a été faite sur le syriaque. Voy. Bible.

La principale liturgie des jacobites syriens est celle qui porte le nom de saint Jacques, et les catholiques syriens , nommés maronites et melchites, s'en servent aussi. Par conséquent elle est plus ancienne que le schisme des jacobites ou eutychiens, et que le concile de Chalcédoine, puisque, depuis celte époque, ils ont formé une secte absolument séparée des catholiques. Cette liturgie n'est pas la même que celle qui a été faite par Jacques Baradée ou Zanzale , chef des jacobites. Or, on y retrouve les dogmes que les protestants ont rejetés, sous prétexte que c'étaient des innovations faites par l'Eglise romaine ; l'intercession et l'invocation de la sainte Vierge

JAC

JAC

et des saints ; les prières pour les morîs, la croyance des peines expiatoires après la mort, la notion de sacrifices , etc. Voy. cette Jiturgie dans le Père Lebrun, tom. IV, p. 585. Les jacobites en ont encore plusieurs autres sous différents noms, comme de saint Pierre, de saint Jean l'Evangéliste, des douze apôtres, etc. On leur en connaît près de quarante.

Ces hérétiques, séparés de l'Eglise romaine depuis douze cents ans, n'ont certainement emprunté d'elle ni leur croyance ni leurs rites, et ils ne so sont pas avisés, d'un commun consentement, de corrompre leur liturgie pour plaire aux catholiques. Il faut donc que les dogmes professés dans la liturgie syriaque de saint Jacques aient été la croyance commune de l'église universelle en 451, époque du concile de Chalcédoine, qui a donné lieu au schisme des jacobites ; et il est prouvé d'ailleurs que celte liturgie ancienne était celle de l'Eglise de Jérusalem. Voy. Saint Jacques le Mineur, et les Liturgies orientales publiées par l'abbé Renaudot, tome IL

L'étude de l'Ecriture sainte et de la théologie a été cultivée par les jacobites syriens jusque vers le xve siècle. Assémani donne le catalogue de cinquante-deux auteurs de cette secte, et la notice de leurs ouvrages. Les deux plus célèbres de ces écrivains sont Denis Bar-Salibi, évêque d'Amide, qui a vécu sur la fin du xn* siècle, et Grégoire Bar-Hébrœus, surnommé Abulpharage, patriarche d'Orient, né l'an 1226. Ce dernier a été accusé mal à propos d'avoir apostasie. 11 ne faut pas le confondre avec Abulpharagius Abdalla Benatlibus, prêtre et moine nestorien, mort l'an 1043. Mais, depuis le xive siècle, les jacobites syriens sont tombés dans l'ignorance ; leur secte, autrefois très-répandue dans la Syrie et dans la Mésopotamie, est beaucoup diminuée par les travaux des missionnaires catholiques, et l'on prétend qu'il en reste tout au plus cinquante familles dans la Syrie. Voyages de M. de Pages, t. I, p. 352. '

C'est donc vainement que Mosheim et quelques autres protestants triomphent de la résistance que les jacobites syriens ont opposée aux émissaires des papes, et aux missionnaires qui ont voulu ramener ces sectaires dans le sein de l'Eglise romaine ; ces efforts n'ont pas été aussi inutiles qu'on le prétend. D'ailleurs, qu'importe aux protestants la conversion ou la résistance des jacobites? Ceux-ci ne pensent pas comme eux; ils leur diraient anathème, s'ils les connaissaient. Mais telle est la bizarrerie et l'entêtement des protestants : ils louent le zèle et le courage avec lequel les sectaires orientaux ont propagé leurs erreurs, et ils blâment l'empressement des missionnaires catholiques à fairedes prosélytes, llsattribuent les missions faites dans le Norvl à l'ambition des papes, et ils ne disent rien de l'ardeur avec laquelle les patriarches grecs, cophtes, syriens, jacobites, et nestoriens, ont étendu et exercé leur juridiction sur les évèques et les Eglises

"qui les reconnaissent pour pasteurs. Ils dissimulent et ils pardonnent aux hérétiques orientaux toutes leurs erreurs, parce qu'ils ne sont pas soumis aux papes, et ils prennent dans le sens le plus odieux tous les articles de croyance des catholiques qu'il leur plaît de rejeter. Voy. Eutyciiiamsjie.

JACQUES LE MAJEUR (saint), apôtre, fils de Zéhédée et frère de saint Jean l'Evangéliste, fut, avec lui et avec saint Pierre, témoin de la transfiguration de Jésus-Chiist sur le ïhabor. On ne sait pas précisément à quels peuples il a prêché l'Evangile, ni s'il est sorti de la Judée. Il fut mis à mort par Hérode Agrippa, l'an 44 de Jésus-Christ ; c'est le premier apôtre qui ait reçu la couronne du martyre (Act. c. xn, v. 2). Il n'a rien laissé par écrit. Au mot Espagne, nous avons observé que la tradition des Eglises de ce royaume, qui porte que saint Jacques le Majeur y a prêché l'Evangile, est contestée par plusieurs savants.

Jacques le Mineur (saint), apôtre, frère de saint Jude, tils de Cléophas et de Marie, sœur ou cousine de la sainte Vierge, est nommé frère du Seigneur , c'est-à-dire son liaient, il fut aussi nommé le Juste, à cause de ses vertus, et fut établi premier évêque de Jérusalem. Il parla le premier après saint Pierre, dans le concile tenu par les apôtres, l'an 49 ou 50. Ananus il, grand sacrificateur dos Juifs, le lit condamner à mort pour avoir rendu témoignage à Jésus-Christ; le peuple en fureur le précipita du haut du temple. C'e^t ce que rapporte Eusèbe d'après Hégés ppe (Hist. Eccl., 1. ii, c. 23).

Le Clerc, Ilist. ecclés., an 62, § 3, a rassemblé, d'après Scaliger,dix ou douze objections contrele récit d'Hégésippe, et a fait tous ses efforts pour prouver que c'est un amas de fables. Après les avoir examinées de sangfroid, aucune ne nous paraît solide ; elles ne prouvent rien, sinon qu'elles viennent d'une critique pointilleuse, soupçonneuse et maligne à l'excès. Le principal dessein de Le Clerc a élé de prouver que les auteurs ecclésiastiques du second siècle étaient ou d'une probité très-suspecte, ou d'une crédulité puérile, et que l'on ne peut ajouter aucune foi à ce qu'ils disent ; il n'est parvenu à le persuader qu'à ceux qui sont intéressés comme lui à méj riser toute espèce de tradition.

Il nous reste de saint Jacques une lettre que l'on croit avoir été écrite vers fan 59, environ trois ans avant son martyre. Quelques auteurs l'ont attribuée à saint Jacques le Majeur ; mais il est plus probable qu'elle est du saint évêque de Jérusalem : elle est appelée épître catholique, parce qu'elle n'est point adressée à une Eglise particulière, mais aux juifs convertis et dispersés dans la Judée et ailleurs. Saint Jacques y combat principalement l'erreur de ceux qui enseignaient que la foi seule suffisait au salut sans les bonnes œuvres. Eusèbe et saint Jérôme nous apprennent que quelques anciens avaient douté de l'authenticité et de la canonicité de cette lettre ; mais elle est citée

JAC

JAC

comme Ecriture sainte, et sous le nom de saint Jacques, par Origène, par saint Athanase, par saint Hilaire, par saint Cyrille de Jérusalem, par les conciles de Laodicée et de Carthage, par saint Ambroise et saint Augustin, etc. ; et Ton ne peut faire aucune objection solide contre ces témoignages. Il y a aussi une liturgie qui porte le nom de saint Jacques, de laquelle se servent le? Sypens, soit jacobites soit catholiques. Les savants qui l'ont examinée avec soin sont persuadés que c'est la plus ancienne des liturgies orientales qui existe, et la même qui a été à l'usage de l'Eglise de Jérusalem dès les temps apostoliques. Les protestants, qui étaient intéressés à en contester l'authenticité, ont objecté que cette liturgie ne peut pas avoir été composée par saint Jacques, puisqu'il est certain que les liturgies n'ont été mises par écrit qu'au vc siècle. Comment, disent-ils, peut-on être assuré que celle de saint Jacques a été conservée pendant quatre cents ans, telle que cet apôtre l'avait établie dans son Eglise ? Elle se trouve en grec et en syriaque ; ceux qui ont confronté les deux textes jugent que le syriaque a été fait sur le grec : or, le grec ne peut pas ôtre l'original, puisqu'a Jérusalem on parlait syriaque et non grec ; d'ailleurs on trouve dans 1 un et dans l'autre les termes consubslantiel et mère de Dieu : le premier n'a été en usage

3ue depuis le concile de Nicée ; le second, epuis le concile d'Ephèse, tenu l'an 431. Quand la liturgie de saint Jacques aurait existé avant cette époque, il 'est évident eu'elle a été interpolée.

Au mot Litlrgie, nous prouverons que, depuis les apôtres, il y a eu dans chaque Eglise une formule constante de célébrer les saints mystères, h laquelle on ne s'est jamais donné la liberté de toucher quant au fond, mais à laquelle on a surajouté des prières et des expressions relatives aux dogmes qu'il fallait professer expressément, lorsqu'il est survenu des hérésies.

Nous sommes très-assurés que celle de saint Jacques existait avant le ve siècle, puisque saint Cyrille de Jérusalem, mort l'an 385, explique aux nouveaux baptisés la principale partie de la liturgie nommée anaphora, et qui commence à l'oblation; l'on voit que ce qu'il en dit est la môme chose que ce qui se trouve dans la liturgie de saint Jacques.

Au ine et au iv' siècle, lorsque la langue grecque fut devenue commune dans tout l'Orient, la liturgie fut célébrée dans cette langue, surtout dans les villes où le grec était dominant; mais, dans les campagnes où le peuple parlait syriaque, on conserva ce langage dans l'office divin; conséquemment, au ve siècle, la liturgie fut écrite dans l'une et dans l'autre langue. Mais l'abbé Renaudot, qui a traduit en latin les deux textes, Liturg. orient. Collect., t. 11, et le père Lebrun, qui les a confrontés, Explic. de la messe, t. IV, pag. 347 et 580, n'y ont trouvé aucune différence essentielle. L'addition des tenues consubslantiel et mère

de Dieu, qui y a été faite depuis la naissance de l'arianisme et du nestorianisme, n'y a rien changé pour le fond.

Sur la tin du v° siècle, lorsque les Syriens, partisans d'Eutychès, se séparèrent de l'Eglise catholique , ils retinrent la liturgiesyriaque de saint Jacques, aussi bien que les orthodoxes ; les uns ni les autres n'y ont pas touché, puisqu'elle se trouve la même chez les jacobites et chez les maronites. L'an 692, le concile in Trullo opposa l'autorité de cette liturgie aux arméniens, qui ne mettaient point d'eau dans le calice.

Il est donc certain qu'au v" siècle on ôt*».<; persuadé que cette liturgie était des temps apostoliques ; on lui donna le nom de saint Jacques, évoque de Jérusalem, parce que c'était l'ancienne liturgie de cette Eglise, comme on a donné le nom de saint Marc à celle de l'Eglise d'Alexandrie, et de saint Pierre à celle d'Antioche, etc. , sans prétendre que ces liturgies ont été écrites par ces divers apôtres. — Celle dont nous parlons était encore en usage à Jérusalem au ixe siècle, sous Charles le Chauve, qui voulut voir célébrer les saints mystères selon cette liturgie de saint Jacques. Epist. ad Cler. Ravenn. — Comme on y trouve les dogmes et les rites rejetés par les protestants, il n'est pas étonnant qu'ils ne veuillent lui attribuer aucune autorité; mais en cela même, elle est conforme à toutes les autres liturgies, soit de l'Orient, soit de l'Occident, conformité qui prouve invinciblement que la croyance catholique a été la môme dans tous les lieux et dans tous les siècles. Voy. Litlrgie.

Jacques de Nisiue (saint), évoque de celte ville et docteur de l'Eglise syrienne, a vécu au iv' siècle ; il était au concile de Nicée l'an 325. 11 reste de lui dix-huit discours sur divers sujets de dogme et de morale. Le saint les avait écrits en arménien, pour l'instruction des peuples qui parlaient cette lingue. Saint Athanase les appelle les monuments de la simplicité et de la candeur d'une Ame apostolique. Epist. encyclic. ad episc. JEgypti et Libyœ. M. Antonelli les a publiés à Rome en 1756, en arménien et en latin, avec des notes, in-fol. Ce même saint avait confessé la foi durant la persécution de Maximin II ; c'est un illustre témoin de la tradition du iv" siècle. Voyez Vies des Pères et des Martyrs, t. VI, p. 174 et suiv.

Assémani, dans sa Bibliothèque orientale, tom. I, c. 5, 27 et 40, prétend que l'on a souvent attribué à cet évoque de Nisibe les ouvrages d'un autre saint Jacques, moino de la même ville, ceux de saint Jacques, évoque de Sarug, mort l'an 521, et ceux de Jacques, évoque d'Edesse, mort l'an 710 ; il {trouve, contre l'abbé Kenaudot, que ces deux derniers étaient catholiques et non jacobites.

JACULATOIItE. On appelle oraisons jaculatoires des prières courtes et ferventes adressées à Dieu du fond du cœur, même sans prononcer des paroles. La plu } art des versets des psaumes sont des prières de cette espèce : tel est le verset Deus, in adju-

Page 1