‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 136 sur 264 · M. DE CALVIÈRES, EUSTACHE, SÉRAPHINE · texte numérisé non relu

M. DE CALVIÈRES, EUSTACHE, SÉRAPHINE

m. de calvières.— Eh bien ! l'article de ta chienne sera-t-il dans les Affiches de demain ?

eustache. — Mon papa , je ne suis pas encore allé au bureau. Voyez ce qui m'a retenu, c'est une bague que j'ai trouvée. (// lui donne l'étui.)

m. de calvières. —Voilà un superbe diamant !

eustache. —N'est-il pas vrai? II vaut bien la peine qu'on oublie un moment une petite chienne.

m. de calvières. — Oui, s'il t'appartenait. Est-ce que tu te proposes de le garder ?

eustache. — Mais si personne ne le reclame ?

m. de calvières. — Quelqu'un tel'a-

f-il vu ramasser?

L AMI DES LM ANS

F.L'STACHE. — Non , mon pap.l.

Séraphins. — Pour moi , je n'aurais pas de repos avant de savoir a qui il appartient.

bustachb. — Que le maître se montre . la bague ne restera pas sûrement entre mes mains. Fi donc ! ce serait comme si je l'avais volée. Il faut rendre à cuacuu ce qui est à lui.

h. ne calvièbes. — Tu ne seras peutêtre pas alors si joyeux?

bustachb. — Pourquoi donc , mon papa y Je vous avouerai que je n'ai d'abord pensé qu'à 1110:1 bonheur de trouver un si beau bijou. Je le regardais déjà comme mon bien. Mais ma soeur m'a fait sentir quelle devait être la peine de celui qui l'a perdu. Je me réjouirai bien plus encore de finir son chagrin que de garder cette bague , qui me ferait rougir toutes les fois que j'y jetterais les yeux.

séraphine. — H va tant de plaisir a soulager ceux qui souffrent ! Aussi , je ne puis me figurer que Uutin , ou quelque autre, soit assez méchant pour retenir ma Diane , quand il saura combien je la regrette.

M. de CALVlÈRES , les embrassant. — Ames pures et innocentes! 0 mes enfans ! combien je me réjouis d'être votre père ! Nourrissez et fortifies tous les jours dans vos cœurs ces sentimens généreux. Ils feront votre Donheur et celui de vos semblables.

SÉRAPHINS. — Vous nous en donnez l'exemple , mon papa , comment pourrions-nous sentir différemment ?

bostachb. — Oh ! je vais montrer ma trouvaille a tout le inonde; et je cours faire annoncer tout a la fois dans les affiches , que nous avons perdu une levrette et trouvé u ne bague.

m. DB calvièbes. — Doucement, mon fils. Il y a des précautions à prendre. Il pourrait se trouver des gens qui voulus-

sent s'approprier la bague , sans qu'elle leur appartînt.

séraphine. — Oh ! je serais aussi fine qu'eux: Je leur demanderais d'abord comment elle est faite; et je ne la rendrais qu'à celui qui me le dirait bien exactement.

m. de calvières. — Ce moyen n'est pas encore trop sûr. On peut l'avoir vue au doigt de celui qui l'a perdue, et venir ici avant lui la réclamer.

séraphine. — Je vois que vous en savez plus que nous, mon papa.

m. de calvières. — L'objet est d'un assez grand prix pour qu'on fasse toutes les recherches propres a le faire retrouver. Ainsi , il faut attendre.

eostache. — Et si l'on ne songe pas à ce moyen ?

séraphine. — Nous y avons pensé pour Diane , on s'en avisera bien pour un diamant.

H. de calvières. — En attendant, je le garde entre mes mains , et voua . gardez-vous d'en parler à personne au inonde.

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