‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 138 sur 264 · SÉRAPHINS , EUSTACHE , LÉON · texte numérisé non relu

SÉRAPHINS , EUSTACHE , LÉON

léo.v, à Eustache qui veut sortir. — Où vas-tu donc, mon ami?

eustache. — J'ai des affaires trèspressées.

léon. — Oh ! avant de t'en aller , il faut que tu écoutes une histoire que j'ai à te faire. C'est a mourir de rire. (// rit.) Ha , ha, ha, ha!

eustache. — Je n'ai pas le temps de m' égayer.

léon , le retenant. — Oh ! tu t'égaieras malgré toi. Écoute , écoute seulement.

Nous sommes bien vengés !

séraphine. — Vengés! El de qui?

léon. — De Rufin. 11 a perdu la bague de son père. (// rit.) Ha, ha, ha, ha! (Eustache et Séraphine se regardent d'un air de surprise. )

séraphine. — La bague de son père ?

léon. — Oui, vous dis-je. Il la lui avait donnée ce matin à porter au joaillier , pour remettre le diamant du milieu , qui s'était détaché. (Eustache pousse du coude Séraphine. Elle lui fait signe de se taire.) Il l'avait encore lorsqu'il est venu ici ; mais comme il s'en est allé en trépignant de colère , l'étui de la bague sera tombé de sa poche dans ses mouvemens.

séraphine. — Et l'avez- vous vu depuis sa perte? Quel air a-t-il?

léon. — L'air d'un déterré.

eustache. — Ah ! ma sœur !

séraphine , lui imposant silence. — Ecoute donc jusqu'au bout, mou frère.

( à Léon. ) Sou père en est-il instruit?

léon. — Il s'est encore jeté dans un

nouvel embarras, par un gros mensonge.

Lorsque son père lui a demandé s'il avait remis la bague au joaillier, il lui a répondu effrontément qu'il l'avait remise.

séraphine. — Le pauvre malheureux !

léon. — Vous le plaignez , je crois?

eustache. — Ah ! il est bien dignt de pitié !

léon. — De pitié? J'aurais voulu que vous vissiez comme je me moquais de lui.

séraphine. — Que trouviez- vous donc là de plaisant?

léon. — Comment! vous ne le sentez pas? Il fallait le voir courir de boutique en boutique, pour avoir des nouvelles de sa bague , et s'accrocher à tous les passans. Je le suivais , pour jouir de son embarras. 11 revenait a moi : Ne l'as-tu pas trouvée? N'en as-tu rien entendu dire? Que m'importe? lui répondais-je :

est-ce que je suis le gardien de vos bagues? — Si tu savais combien elle vaut!

— Tant mieux pour celui qui l'a trouvée.

— Et mon père, que dira-t-il? — C'est d'un bâton qu'il vous parlera.

séraphine. — Fi! monsieur Léon!

C'est bien cruel de votre part.

léon. — Il n'a pas eu plus de compassion pour vous.

eustache. — Est-ce qu'il faut être méchant, même envers ceux qui ie sont?

léon. — Oh ! la vengeance est douce , et je ne sais pas m'attendrir pour ceux qui m'ont offensé. Si j'avais eu le bonheur de trouver sa bague , il ne l'aurait pas de si-tôt.

séraphine. — Est-ce que vous la garderiez pour vous?

léon. — Oh ! non ; mais je ne la rendrais que lorsque sou père l'aurait bien rossé.

eustache. — Je ne t'aurais jamais cru sbméchant, Léon.

séraphine. — Et moi, je ne puis le croire , quoique je l'entende de sa propre bouche. Vous vous intéressiez ?\ vi-

l'ami des exfaxs.

vemeut pour ma pauvre levrette! Ce n'était donc pas sincère?

léo.v. — C'était du fond de mon cœur.

Ceux que j'aime , je les aime bien ; mais, eu revanche, je hais bien ceux que je hais.

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