‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 158 sur 264 · CHARLES, EDOUARD · texte numérisé non relu

CHARLES, EDOUARD

Edouard, prenant la main de Charles.

— 0 mon cher ami , que je suis touché de ce noble retour! Je n'étais pas en droit de l'espérer.

charles. — Comment ! lorsque tu me donnais la moitié de ton bien , sans attendre rien de moi ?

Edouard. — Ah ! ne me fais pas honneur de cette générosité. Tu ne sais pas tout ce qu'il m'en coûtait. Non, jamais je n'aurais eu la force de tenir ma parole sans les encouragemens d'Alexis.

charles. — Eh ! c'est à lui que je dois aussi le bonheur de n'avoir pas achevé ma fourberie. Il m'en a fait sentir si vivement l'indignité! Lorsque ensuite je suis venu , et que j'ai vu combien de loyauté tu avais mis dans le partage...

Edouard. — Moi, le partage? C'est lui qui l'a fait. Je ne sais comment il a pu s'y prendre; mais il me faisait trouver du plaisir à me dépouiller. 11 y a pourtant bien des choses que j'ai ajoutées de moi-même. Je te donnais , et je croyais ra'enrichir.

charles. — Ah ! garde tout cela , je n'en veux plus. Que je me trouve heureux d'être débarrassé de ce poids ! Toi , mon meilleur ami , je n'aurais plus osé

L AMI DES KNFA.NS

te regarder en face. J'étais loin de croire qu'on eût tant à souffrir pour devenir uu malhonnête homme.

Edouard. — Et moi donc, comme j'étais tourmenté I Je sens bien maintenant le plaisir d'avoir été généreux !

Voilà cependant ce que nous devons à l'honnête Alexis ! Si pauvre, avoir taut de droiture I N'est-ce pas qu'il n'a rien exigé de toi pour te découvrir mes richesses?

^ Charles. — Lui , mon cher Edouard !

D'où le viendrait ce vilain soupçon?

Edouard. — C'est ma sœur , qui , par jalousie , voulait me le faire accroire.

charles. — Ah ! si tu l'avais entendu parler de toi! Comme il soutenait vivement ton parti! J'ai eu besoin de toute mon adresse pour le faire jaser. Oui , dès ce moment , il vient d'acquérir mon estime pour toute sa vie ; et je veux lui donner l'autre moitié qui me reste de mes trois louis.

Edouard. — Non , Charles , c'est à moi de le récompenser , et j'en sais le moyen. Garde ton argent avec la moitié qui te revient de mes étrennes.

charles. — Que dis-tu? moi? Jamais.

Tiens, plutôt, donnons-lui tout ce qui devait entrer dans notre échange. Nous avons mérité de le perdre, et lui de le gagner.

Edouard. — Oh ! de tout mon cœur !

Sais-tu ce qu'il faut faire? Nous pouvons nous donner bien du plaisir. Je vais faire porter tout cela chez lui , pour qu'il le trouve à son retour.

charles. — Bien ! bien! pourvu qu'il n'aille pas revenir assez tôt pour nous eu empêcher.

Edouard. — Je vais appeler un domestique. Toi, range tout dans celte corbeille. Je reviens comme l'éclair. ( // sort en courant. )

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