SCÈNE XIV
VALENTIN, MATTHIEU, traînant deux bottes de foin.
Matthieu. — Voici votre lit de plumes, vos matelas et votre couverture. Je vais vous en faire un lit tout neuf, et bien douillet.
valentin. — Je te remercie, mon ami. Je voudrais bien t'aider; mais je ne sais comment m'y prendre.
Matthieu. — Je n'ai pas besoin de vous, je saurai faire tout seul. Allez vous chauffer. (Il dénoue la botte de foin , en étend une partie sur la terre, et réserve l'autre pour servir de couverture.) Voilà qui est fait : songeons maintenant au souper. (Il retire une pomme de terre de dessous le feu, et la làte.) Les voilà cuites. Mangezles, tandis qu'elles sont chaudes ; elles ont meilleur goût.
valentin. — Est-ce que tu n'en mangeras pas avec moi ?
Matthieu. — Pour cela , non. II n'y a tout juste que ce qu'il vous faut.
valentin. — Comment, tu veux....
Matthieu. — Vous avez trop de bonté.
Je n'y toucherai pas. Je n'ai pas faim. Et puis j'ai tant de plaisir à vous les voir manger ! Sont-elles bonnes?
valentin. — Excellentes, mon cher Matthieu.
Matthieu. — Je parie que vous les trouvez meilleures ici qu'à votre table?
valentin. — Oh , je t'en réponds !
Matthieu. — Vous avez fini. Allons, voilà votre lit qui vous attend. (Valentin se couche. Matthieu étend sur lui le reste du foin, puis étant sa camisolle.) Les nuits sont fraîches. Tenex, couvrez-vous encore avec cela. Si vous avez froid,
vous reviendrez près du feu , je vais prendre garde qu'il ne s'éteigne. Bonne nuit.
valentin. — Mon cher Matthieu , je pleurerais de regret de l'avoir maltraité.
Matthieu. — N'y pensez pas plus que moi. Nous serons réveillés demain au jour naissant , par l'alouette. {Valentin s'endort, et Matthieu veille auprès de lui pour entretenir le feu.)