‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 257 sur 264 · GODEFROI , ADRIEN , SUZETTE · texte numérisé non relu

GODEFROI , ADRIEN , SUZETTE

ADRiE\, courant à Godefroi d'un air joyeux. — Ah ! Godefroi I

godefroi. — \ous voilà , monsieur Adrien ?

adriex. — C'est bien de moi qu'il s'agit. Où est mon papa? où est maman? où est ma sœur Julie ? sont-ils ici?

godefroi, d'un air kébélé. — Ici?

Où donc?

adrien. — Derrière toi ?

godefroi. — Derrière moi? (// se retourne.) Je ne les vois pas.

adrien. — Tu ne les as donc pas accompagnés ?

godefroi. — Us ne sont donc pas ici ?

adrien , d'un ton d'impatience. — C'est ici que tu viens les chercher ?

godefroi , d'un air troublé. — Vous me faites frissonner de la tête aux pieds. (Adrien pâlit.) Ne vous effrayez donc pas. (Avec consternation.) Us ne sont pas ici ?

suzette. — Il n'est venu personne que mon frère Adrien.

adrien. — Pourquoi y suis-je venu?

godefroi. — Écoutez , écoutez-moi.

Une heure après qu'on vous eût arraché de mes bras pour me faire travailler , je trouvai le moyen de m'esquiver dans la foule. Tranquillisez-vous ; mais j'ai couru de tous côtés pour chercher vos parens ; je ne les ai pas trouvés. J'ai demandé de leurs nouvelles à tout le monde ; personne ne les avait vus , personne n'en avait entendu parler.

adrien , d'un ton plaintif. — 0 Dieu ! ayez pitié de moi. Mou papa, maman, où êtes-vous ?

godefroi. — Ce n'est pas tout. Écou-

tez. Ne vous effrayez pas seulement.

Voici le pire de l'histoire.

adrien. — Hélas t mon Dieu ! qu'estce donc ?

godefroi. — Comment voulez-vous que je vous le dise, si vous allez prendre l'épouvante ?

adrien. — Eh! dis, dis toujours. Tu me fais mourir.

godefroi. — Eh bien donc ! le bruit court qu'un homme, une femme et une petite nlle ont été écrasés dans notre rue, par une charpente qui est tombée tout en feu. (Adrien tombe évanoui.)

sdzette. — Bon Dieu! bon Dieu ! à notre secours! Adrien qui se meurt!

(Elle se précipite sur lui.)

godefroi. — Mais qu'a-t-il donc? II n'en est rien peut-être. Ce n'est qu'un ouï-dire : et on ne sait pas qui c'est.

suzette. — La frayeur l'a saisi tout à coup. 11 oublie que mon père les a sauvés.

godefroi, tâtanl le front d'Adrien.— 0 mon doux sauveur ! il est froid comme un glaçon !

suzette , se relevant à demi. — Que veniez - vous faire ici ? C'est vous , c'est vous qui l'avez tué.

godefroi.— Je lui avais pourtant bien dit de se tranquilliser. ( // le soulève.) Monsieur Adrien ! (7/ le laisse retomber.

suzette. — Laissez -le donc. Vous allez l'achever, s'il n'est pas mort encore. 0 mon cher Adrien ! mon frère ! Où trouver a présent mon père et ma mère pour lui envoyer du secours? (Elle va vers plusieurs endroits du théâtre, incertaine de quel côté elle doit sortir. Elle sort enfin par une coulisse au-dessus de la ferme.)

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