‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 65 sur 264 · AGATHE, CHARLOTTE, SOPHIE, SAINT-FIRMIN , JONAS · texte numérisé non relu

AGATHE, CHARLOTTE, SOPHIE, SAINT-FIRMIN , JONAS

saint-firmin. — Voici encore notre petit violon. Que nous veux-tu, mon ami ?

jonas , en pleurant. — Ah Dieu ! Dieu ! secourez-moi ; je suis perdu. (Les en fans s'assemblent autour de lui.)

sophie. — Que t'est-il donc arrivé?

jonas. — Toute ma pauvre richesse. . .

avec laquelle je me nourrissais moi et mon père... Voyez, voyez... mon petit violon.... il est tout en pièces; et votre mouchoir, votre argent... tout est perdu... il ma tout pris...

s\iNT-i in.MiN. — Et qui t'a brisé ton violon ? qui t'a pris ton argent?

jonas. — Celui... celui qui m'avait déjà pris mon gâteau.

sophie. — Mon frère ? Est-il possible?

saint-firmin. — Charles ?

charlotte. — C'est incroyable.

agathe. — 0 le scélérat 1

jonas. — Oui , c'est lui , c'est lui. Je passais le seuil de la porte : voilà qu'il s'approche de moi, et qu'il me demande si j'avais été payé de ma musique , sans quoi il allait me payer. Oh ! oui , je l'ai été , lui ai-je répondu , sûrement; je n'ai été que trop bien payé. Où prennent-ils donc cet argent? a-t-il dit. Voyons un peu ce qu'on t'a donné. Et moi , imbécile que je suis ! j'aurais dû penser au gâteau; mais je n'y pensais plus. J'étais si joyeux d'apporter tant d'argent à mon père! Je n'en avais pas fait le compte; j'étais bien aise de le savoir. Je pose mon violon à terre, à côté de moi. Je tire ensuite le mouchoir. Voilà qui est encore par-dessus le marché , lui ai-je dit ; c'est une des petites demoiselles qui me l'a donné. J'avais mis dedans tout mon argent. Quand j'ai voulu le dénouer, il a sauté dessus. J'ai deviné sa malice. Il tire à lui; je retire à moi. Tout à coup il s'aperçoit que mon violon est par terre ; il y met ses deux pieds en trépignant. Les bras me sont tombés. J'ai lâché le mouchoir ; il l'a pris, et s'est enfui. Mon violon et l'archet sont tout brisés, et je n'ai plus ni le mouchoir , ni l'argent. 0 mon père! mon pauvre père, qu'allonsnous devenir?

sophie. — Mais effectivement, je ne lésais pas... Je n'ai plus rien du tout. 0 mon cher cousin !

charlotte, à Jonas. — Voici quelques petites pièces; c'est tout ce que j'ai sur moi.

jonas. — Ma belle demoiselle , je vous remercie ; mais pour cela je ne puis pas avoir un violon. 0 mon pauvre père! 11 y a plus de quinze ans qu'il l'avait.

agathe. — Prends encore ceci ; c'est le fond de ma bourse.

sophib court à sa corimode. — Voilà

mon dé, il est d'or : cours le vendre, mon pauvre ami ; j'en ai un d'ivoire qui me servira à la place.

saint-firmin. — Non , garde ton dé , ma petite cousine. Attends, mon ami, je puis te tirer d'embarras, (Il se baisse, ôle ses boucles et les lui donne. ) j'en ai une autre paire de similor. Tu auras sûrement douze francs de celles-ci. Elles sont bien à moi ; c'est mon parrain qui me les a données pour le jour de ma fête. ( Sophie lui présente son dé , et Saint- Firmin ses boucles : Jonas hésite à les prendre. )

jonas. — Non, je ne veux rien prendre de cela ; mon père croirait que je l'ai dérobé.

sophie — Prends au moins mon dé.

saint-firmin. — Yeux-tu prendre mes boucles ? Tu me mettrais en colère.

Prends , te dis-je.

jonas. — Ah! Dieu de bonté! Vous voulez que je vous prive de vos bijoux?

saint-firmin. - — Ne t'en mets pas en peine. Dieu me rendra peut-être plus que je ne te donne. Ton père a besoin de pain ; moi , je n'ai pas de père à nourrir.

sophie. — Va , va , et prends garde à bien faire tes petites affaires.

jonas. — Reprenez au moins votre dé.

sophie. — Je n'y pense plus.

charlotte. — Si tu passes jamais devant chez nous , j'aurai soin de toi.

agathe. — C'est à la Place-Royale, tout vis-à-vis la tête du cheval. Tu n'as qu'a demander les demoiselles de Saint- Félix , au premier.

jonas. — Oh ! les gens qui demeurent au premier me renvoient toujours; je ne monte jamais que tout-à-fait dans le haut de la maison.

sophie. — C'en est assez ; ton père est peut-être inquiet sur ton compte, et le nôtre pourrait venir.

jonas. — Comment! monsieur votre ynWer ,itas BIBUOTHECA Ottav'ier»s<s

père? Est-ce que vous l'attendez tout à l'heure?

sophie. — Oui, va-t'en; et puis le coquin qui t'a enlevé ton mouchoir et ton argent pourrait encore t'enlever ceci.

jonas. — Vous êtes bien sûrs au moins qu'on ne vous grondera pas?

saint-firmin. — Non ; ne crains rien.

Adieu.

jonas, en sortant. — Les bons petits cœurs !

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