SCÈNE III
MARGUERITE , JEANNETTE
JEANNETTE, prenant un air triste. — Quoi! c'est donc là ce monsieur à qui tout ce que nous avons appartient , à ce que dit mon père ?
MARGUERITE. — Oui ! ma fllle. Nous lui devons beaucoup d'argent , et comme nous n'avons pas la moitié de ce qu'il nous en faudrait pour le satisfaire , nous lui abandonnons tout ce qui nous reste.
JEANNETTE. — Et qu'cst-cc qu'il eu
T. III
fera? Il a une trop belle voiture pour se servir de notre carriole ; et il est trop bien vêtu pour porter nos habits.
MARGUERITE. — Oui , saus doutc. Mais il va les faire vendre, et en recevoir l'argent. Nous ne pouvons le satisfaire que de cette façon ; et cela même ne saurait y suffire.
JEANNETTE. — Croycz-vous qu'il soit assez méchant pour nous jouer ce vilain tour? Il avait l'air de me regarder avec tant d'amitié I
MARGUERITE. — Il n'y 3 pas de méchanceté dans tout cela. Jeannette; il n'y a que de la justice.
JEANNETTE. — C'cst bicu tristc pourtant!... Que je regarde, pour la dernière fois, mes habits des grandes fêtes. Aurais-tu pu le croire ce printemps, ma mère, lorsque tu me donnas ce juste et ce cotillon , que je ne les porterais que deux ou trois fois? Dimanche dernier encore j'avais tant de plaisir de me voir si proprement ajustée! Et toi, ma mère, aussi, tu en étais si joyeuse! {Elle baise la main de sa mère, en la voyant chagrine). Allons, ne t'afflige pas; je ne regrette plus mes beaux habits : nous avions su travailler pour avoir ceux-là, nous saurons bien travailler de plus belle pour en avoir d'autres.... Mais voici monseigneur qui vient; je vais chercher ma sœur dans le jardin.