‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 162 sur 197 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

M. DESVERTUS, SON FILS.

M. DESVERTUS. — Eh bien! mon fils, vous veuez de voir et d'entendre un exemple assez frappant du malheur. Qu'en dites-vous ?

DEsvERTCs fils. — Le pauvFC Jacques !

il m'a fait bien de la peine !

M. DESVERTCS. — Tant mieux , mon fils ; c'est une preuve que vous avez l'ame compatissante ; conserve? ce sentimentlà pour secourir les pauvres , aussitôt que vous serez en âge de le faire.

DESVERTUS fils. — Mais , mon papa, ne puis-je pas déjà faire quelque chose pour eux?

M. DESVERTUS. — Oui , sur l'argent de vos menus plaisirs.

DESVERTUS fils. — Ah! c'cst boD. Mais dites-moi un peu, il y a tant de gens si riches , si riches qu'ils paraissent ne savoir que faire de leur argent; comment souffrent-ils qu'il y ait tant de pauvres?

M. DESVERTUS. — Mon chcr ami , c'est qu'ils ont le cœur dur, et que le malheur des autres ne les touche point.

DESVERTUS fils. — Oh bicu , ce sont de vilaines gens, n'est-il pas vrai? car s'ils pensaient tous comme vous , je gage qu'il n'y aurait plus de pauvres.

M. DESVERTUS. — Tu as raison , mon ami ; mais les hommes qui sont frères , et qui devraient vivre comme tels, ne pensent pas seulement qu'ils soient de la même espèce , quand la disproportion de la fortune fait de l'un à l'autre une différence un peu considérable.

DESVERTCS fils. — Eu cc cas-là , on est bien malheureux d'être homme quand on est pauvre ; car il y a plus d'égalité entre les animaux.

M. DESVERTUS. — C'est qu'ils vivent plus dans l'ordre de la nature; et, par leur propre existence, ont moins de fa-

ciliés d'oublier ou de mépriser les lois de cette bonne maîtresse.

DESVERTUS fils. — AlloDs , moD papa, voilà qui est fini ; si je désire jamais d'être riche , si je le deviens , ce sera pour être bon et utile aux autres hommes qui ne sont pas moins hommes que moi.

Vous verrez , vous verrez !

M. DESVERTUS. — Voilà le moyen , mon cher ami, d'imiter la Divinité autant qu'il est en vous , et vous me rendez d'avance le plus heureux père du monde à penser ainsi. Oh ça! comme je suis bien content de vous, que vous remplissez tous vos devoirs avec exactitude , je vais vous faire faire un habit neuf , où je ferai mettre un joli galon d'argent, pour qu'il soit plus honnête.

DESVERTUS flls. — Oh , mou papa I vous êtes bien bon , et je vous remercie ; mais je pense à une chose , mon petit papa.

M. DESVERTUS. — A quoi?

DESVERTUS fils. — Yous Dc portcz jamais de galons sur vos habits, vous; et moi , je ne m'en soucie pas beaucoup ; si vous vouliez , mon papa , au lieu d'acheter ce galon , me donner l'argent qu'il doit coûter.

M. DESVERTUS. — Pourquoi faire? estce que vous n'avez plus rien des deux louis de vos élrennes ?

DESVERTUS fils. — NoD , mou papa.

M. DESVERTUS. — Qu'cu avez-vous fait?

DESVERTUS fils. — J'en ai fait.... j'en ai fait.... Oh ! je ne saurais vous le dire à présent.

M. DES VERTUS. — Et pourquoi?

DESVERTUS fils. — Parcc que... Ah!

mon papa , n'ayez pas peur , j'en ai fait un bon usage; mais, je vous en prie, puisque vous le voulez savoir , ne me le demandez que demain.

M. DESVERTUS. — Allous , soit , à demain; et si, comme vous le dites, vous en avez fait un bon usage, je vous renieltrai l'argent de votre galon. Je veux

CHOIX DE I.KCTURES-

que vous ayez toujours de l'argent, en le sacLant employer à propos.

nEsvEHTts lils. — Vous serez content, mon papa. (-1 part.) J'ai encore mes deux louis; mais je sais l)ien maintenant ce que j'en ferai. (Haut.} Ali!

voilà Jac(]uot qui vient pour frollor.

M. uEsvERTLS. — Allotts , Jacquol , courage, mon ami; je viens de reiuire bon témoignage de loi 'a ton pauvre père : travaille, mon enfant, et Dieu ne l'abandonnera pas. (// sort.)

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