SCENE PREMIERE
MIMY.
MIMY , seule, se regardant avec complaisance dans le miroir, et ajustant sa coiffure. — Voilà qui va a merveille.... Je suis bien contente de maman , et des
étreunes qu'elle m'a données... Que la petite Monrose va endéver quand elle verra mon bonnet à dentelle ! . . . Hier elle faisait tant la petite glorieuse 1 a peine osait-on l'approcher : retirez-vous, mademoiselle , vous allez gâter mon bonnet ; s'il était de blonde ou de gaze conmie les
CHOIX DE LECTURES
vôtres, je ne m'en embarrasserais pas... {Elle lève les épaules.] La petite bégueule! jamais je n'ai vu tant faire la rencliérie , et cela est laid , laid comme le péché mortel, et d'une bêtise!... Une épingle ici ne ferait pas mal. (Elle place nne éphujle sur sa lêle. ) Bien... 11 viendra aujourd'hui beaucoup de monde à la maison , pour souhaiter la bonne année à maman... de beaux messieurs... je me tiendrai à côté d'elle... ils me regarderont... (Elle fait différentes mines devant le miroir.) Ils me trouveront jolie... quand ils me feront des complimcns, je ferai comme cela. (Elle sourit de différentes inanicres. ) Fi donc ! cela ressemble à cette vieille madame Dorimont, quand elle veut faire la jolie... comme ceci... Bon... ah ! quel plaisir !
scî:M' h.
MIMT, LA GOUVERNANTE.
LA GOUVERNANTE , qui u tout entendu, entre brusquement. — Pour cela , non !
mademoiselle; votre plaisir ne sera pas aussi complet que vous l'espérez ; j'y mettrai bon ordre.
wiMY, effrayée. — Ah! ma bonne...
c'est que... je... vous m'avez fait bien peur. (Elle pleure.)
LA GOUVERNANTE. — fl s'agit bien de cela , vraiment : j'ai entendu vos petits discours , mademoiselle ; ils sont fort jolis; ils m'annoncent des inclinations que je suis très-charmée de connaître.
MiMYj pleurant. — Oui, allez; vous m'avez fait une peur, que je n'en puis plus ; et vous savez que maman n'aime pas que l'on me fasse peur ; elle sait bien que cela me rend malade.
LA GOUVERNANTE. — VoUS VOUdricZ
me faire prendre le change ; mais vous VOUS trompez; c'est le fond de coquetterie et d'orgueil que je viens de découvrir en vous , qui me fait peur à moi .
elle est plus vraie que la vôtre, cette peur-là , et malheureusement mieux fondée. Je suis bien fâchée de troubler votre joie , mademoiselle ; mais je vous avertis qu'il faut renoncer pour aujourd'hui à désoler mademoiselle Àlonrose , et à plaire aux beaux messieurs ; vous aurez la bonté d'ôter ce bonnet-là, et de mettre aujourd'hui votre coiffure la plus commune.
MiMY. — Ma bonne, je vous en prie, laissez-moi mon bonnet ; je ne dirai pas à maman que vous m'avez fait peur.
LA GOUVERNANTE. — Je m'y attendais bien. Non, mademoiselle, je n'ai point de composition à faire avec vous ; et si j'avais à faire grâce , vous vous y prendriez mal pour l'obtenir : sachez que, quand je punis, c'est que je le crois nécessaire , et que rien ne peut me faire changer. Vous mettrez votre bonnet de tous les jours, en tendez- vous? cela est décidé; prenez votre parti de bonne grâce : je reviens à l'instant, et je compte vous trouver coiffée , sinon , gare le bonnet de nuit.
MIMY. — Ma bonne , je vous en prie , pardonnez-moi, cela ne m'arrivera plus,
LA GOUVERNANTE. — Jc IC COmptC
bien : c'est inutilement que vous me priez , car vous ne porterez pas aujourd'hui ce bonnet-là ; mais soyez sage , modeste, et surtout point orgueilleuse... Si je n'ai point de sujet de me plaindre de vous pendant tout le reste de la semaine, c'est dimanche les Rois... je ne vous en dis pas davantage; je vous promets que vous serez contente de moi. Allons, dépêchez-vous. Madame Durozoi est avec ses filles auprès de madame votre mère; on vous a demandée plusieurs fois. (Elle sort.)