SCÈNE VII ET DERNIÈRE
Mad. DOaSIGNT , LA GOUVERNANTE , MIMY.
M™^ DORSiGNY. — Pourquoi ne descendez-vous donc point, mademoiselle, depuis le temps qu'on vous appelle? Mais' qu'est-ce que c'est? vous voilà tout en désordre, décoiffée , le visage rouge, Ic-s
CUOIX DE LECTURES.
yeux hamides... Est-ce que vous auriez eu querelle avez votre bonne? vous savez bien que je n'aime pas cela.
MiMY. — Non, maman; c'est que...
c'est elle qui...
M"* DonsiG.NY. — Qui, elle? De qui parlez-vous , s'il vous plaît ?
MiMV. — C'est de ma bonne , qui veut me mettre aujourd'hui en pénitence sans sujet.
m""' dorsignt. — C'est votre bonne, qu'il faut l'appeler, ou bien mademoiselle; qu'il vous arrive de prendre de semblables tons! Quant à la pénitence, vous la méritez sûrement ; ainsi je prétends que vous la subissiez sans murmure.
LA GOUVERNANTE. — J'ai surpris ce matin mademoiselle se regardant dans le miroir, et tenant des discours d'une coquette consommée : j'ai pris le parti , pour rompre ce penchant, de lui défendre de mettre aujourd'hui son bonnet d'élrennes.
M™* DORSiGNY. — Vous avcz fort biea fait ; mais cette explication était inutile : on doit vous obéir sans examen.
LA GOUVERNANTE. — Point dU tOUt ;
je suis ici sur le pied de servante; j'y dois faire les volontés de tout le monde ; n'est-ce pas , mademoiselle Mimy ? Ne sont-ce pas la les leçons que vous ont données les demoiselles Durosoi?
M™^ DORsiGNY. — Mais voilà qui est horrible; comment, petite impertinente, vous avez tenu de pareils discours ?
LA GOUVERNANTE. — NoH , madame, il faut lui rendre justice; elle est trop l»ien née pour parler ainsi : elle s'est seulement laissé aller un instant aux mauvais propos des demoiselles Durosoi , qui sont bien les deux plus dangereuses pelites personnes , et les plus mal élevées que je connaisse.
M""^ DORSIGNY. — Je suis bien aise d'apprendre cela ; ah bien ! mademoiselle, je vous défends très expressément de voir
jamais les demoiselles Durosoi , si ce n'est en ma présence, et lorsque je serai à portée d'entendre tous vos discours, et de n'en pas perdre une seule parole.
MIMY. — Elles sont venues me chercher; maman, ce n'est pas moi, qui...
m"* DORSIGNY. — Cela suffit ; je prétends que vous respectiez voire gouvernante , que vous la regardiez comme une autre moi-môme , et que vous lui obéissiez sans hésiter.
mimy. — Oui, maman.
M™" DORSIGNY. — Preucz garde à ce que vous me promette* ; vous savez combien je vous aime I Eh bien , si vous manquez le moins du monde h ce que je viens de vous dire , vous perdrez sans ressource mon amitié. Allons, demandez excuse à votre bonne.
MIMY, d'un air honteux. — Ma bonne, je suis bien fâchée...
LA GOUVERNANTE. — Cela suffit , mademoiselle, j'oublie tout. J'espère que vous tiendrez parole à madame votre mère; car, je le disais à l'instant, vous avez un assez bon caractère : il serait bien fâcheux qu'il fût gâté par la mauvaise compagnie des demoiselles Durosoi.
m"* DORSIGNY. — C'est à quoi je vous prie de tenir la main ; j'aurai soin de mon côté qu'elles ne se voient que lorsque cela sera indispensable, mais toujours en ma présence.
LA GOUVERNANTE. — Madame, en faveur du repentir de mademoiselle , vous voudrez bien qu'elle mette aujourd'hui le bonnet dont vous lui avez fait présent?
m"^ DORSIGNY. — Elle ne le mérite guère; mais vous êtes la maîtresse.
MIMY. — Maman... ma bonne... que je vous embrasse... cela ne m'arrivera plus jamais.
M™* DORSIGNY, ttpres avoir embrassé sa fille. — C'est bien , ma tille ; achevez de vous coiffer, dépêchez-vous. Je vous mènerai avec moi faire quelques visites ;
il n'y a rien qui forme plus les enfans que cet usage; et, quelque gênant, quelque embarrassant même qu'il soit très-sous^ent, il sera toujours le mien. (.4 sa
fille.) Souvenez -vous bien de la leçon d'aujourd'hui, et du danger que l'on court lorsqu'on fréquente de mauvaises compagnies ; car dit le proverbe...