‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 42 sur 197 · M""^ DE VERTEUIL · texte numérisé non relu

M""^ DE VERTEUIL

Pourrais-tu me

dire , Pauline, ce que tu fis hier chez ta tante?

PAULINE. — Oui bien, maman; nous

allâmes, avant le dîner, visiter les pigeons, les poules et la volière ; et laprès-midi , nous couriimes dans une jolie carriole tout le long du bosquet.

m"^ DE VERTEUIL. — Pourrais-tu aussi me dire ce que tu fis la semaine dernière

LE LIVRE DE FAMILLE

chez ta grand'maman , le jour que ton oncle et ta tante y étaient allés dîner?

PAULINE. — Oh! oui, maman; nous fûmes nous promener sur la rivière dans un petit bateau. Oh! ce fut un grand plaisir !

m""* de vertedil. — Fort bien , Pauline , tu as retenu tout cela à merveille. Tu vois par-là que ton ame a la faculté de pouvoir se représenter tout ce que tu as fait. Et qu'arriva-t-il lorsque nous voguions dans le petit bateau , et qu'il nous fallut passer sous un pont?

PAULINE. — La poulie où passait la corde qui tenait la voile vint à tomber dans l'eau. Mon papa, mon oncle et mon cousin la cherchèrent long-temps , mais ils ne purent pas la trouver ; et alors il fallut retourner vers la maison , parce que l'on ne pouvait plus hisser la voile.

M™^ DE VERTEUIL. — Tou récit cst fort exact. Voilà bien toutes les circonstances de cet accident. Tu vois encore par-là, ma fille , que ton ame a la faculté de pouvoir se représenter tout ce qui s'est passé sous tes yeux, comme ce que tu as fait toi-même.

PAULINE. — Il est vrai , maman.

m"* ue viîrteuil. — Et sais-tu comment s'appelle cette faculté de notre ame?

PAULINE. — N'est-ce pas, maman, ce qu'on nomme la mémoire ?

M™° DE VERTEUIL. — Oui , Pauliue.

PAULINE. — N'est-ce pas elle aussi qui fait que je me souviens de ce qu'on m'a dit ou de ce que j'ai lu ?

jjme jjg VERTEUIL. — C'cst elle-même.

Mais, Pauline, te rappelles-tu tout ce qui se dit à la table de ta grand'maman ? Te souviens-tu , par exemple , de ce que ta tante raconta au sujet d'un certain petit garçon ?

PAULINE. — Non, maman j je ne m'en souviens plus.

M™^ DE VERTEUIL. — Tu élais Cependant présente lorsque ta tante fit ce récit; tu le compris même fort bien , puisque tu te rais à rire. 11 y a mieux , c'est que le soir , à ton retour , tu racontas celle histoire à Nanette. Elle était donc alors dans ta mémoire ?

PAULINE. — Cela peut être, maman ; mais à présent je ne m'en souviens plus du tout ; il faut que je l'aie oubliée.

jjme pg VERTEUIL. — Essayons si je pourrai parvenir à rendre à ton ame la faculté de se représenter cette histoire , comme elle l'avait le soir où tu racontas l'histoire à Nanette.

PAULINE. — Oh ! voyons , voyons , maman !

m"* de VERTEUIL. — Ta tautc ne ditelle pas que le petit garçon était allé se promener dans une prairie , et qu'il courait après des papillons? Pense-s-y bien : que lui arriva-t-il alors ?

PAULINE. — Alors alors Oh !

maman, je me rappelle à présent le reste de l'histoire. Comme il ne regardait pas à ses pieds , il arriva au bord d'un fossé , et il roula jusqu'au fond. Son papa eut toutes les peines du monde à le retirer ; il ne le reconnaissait plus sous le masque de boue qu'il avait sur le visage.

m"" DE VERTEUIL. — Voilà précisément toute l'histoire. Je n'ai pas eu de peine à remettre ton ame en état de se la représenter , parce qu'il n'y a pas longtemps que tu l'as entendue. Mais si dans quelques années je cherchais à te la rappeler, tu ne t'en souviendrais peut-être plus , ou je l'aurais oubliée moi-même.

PAULINE. — Cela peut être, maman ; mais au moins suis-je bien sûre de n'oublier de ma vie la bonté que vous avez de m'instruire.

Si

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