‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 44 sur 197 · LIBERTÉ, VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ, VOLONTÉ

Mad. DE VERTEUIL, PAULINE,

sa fille.

PAULINE. — Maman , je viens de serrer proprement toutes mes petites affaires , comme vous me l'aviez ordonné. Il n'y a plus rien qui traîne dans ma chambre.

Que vais-je faire à présent?

M*"^ DE VERTEUIL. — Tu peux aller travailler dans ton jardin , ou t'amuser h jouer avec ta grande poupée. Lequel de ces deux amusemens te plaît davantage? Je te laisse entièrement la liberté de choisir.

PAULINE . — Je crois , maman , que

j'aurai plus de plaisir à jouer avec ma poupée.

m""' DE VERTEUIL. — A la bounc heure.

Mais il y a long-temps , ce me semble , que tu n'as travaillé dans ton jardin. Je viens d'y jeter tout 'a l'heure un coup d'œil en passant, et j'ai cru voir qu'il y avait une quantité de mauvaises herbes.

Les fleurs me paraissent aussi languir sur leurs tiges. Sûrement tu auras laissé passer quelques jours sans les arroser.

PAULINE. — Il est vrai, maman, vous m'en faites souvenir.

LE LIVIIK UE FAMILLE

U"'* DE VERTELIL. — LeS flcUIS SOUf-

frent beaucoup de la chaleur et de la sécheresse. Ne serait-il pas à propos d'aller à leur secours?

PAULINE. — Oh! elles peuvent attendre encore ; au lieu que ma poupée meurt d'envie d'essayer son tablier neuf. Il faut que je voie s'il lui va bien.

M™^ DE VERTEuiL. — Tu cs la maîtresse, comme je te l'ai dit, de satisfaire là-dessus ta fantaisie; mais je ne te demande qu'un moment de réflexion. Si tu laisses épuiser ton jardin par les mauvaises herbes, si tu négliges de l'arroser, les fleurs seront demain encore plus languissantes qu'elles ne le sont aujourd'hui. Demain au matin , tu le sais , nous partons de bonne heure pour aller passer la journée chez ta graud'maman, nous n'en reviendrons que dans la nuit. Mais si tes fleurs manquent d'eau pendant deux jours encore, elles seront peut-être après-demain dans un état si triste, que toute l'eau du réservoir ne saurait plus les ranimer.

PAULiKE. — Oh ! ce serait bien dommage.

m""" de vEaTEUiL. — Et puis ton jardin restera dépouillé pendant six semaines , jusqu'au temps des fleurs de l'automne; car tu sais bien ce que ton papa vous a dit, en vous donnant à chacun un petit coin de terre : celui qui négligera son jardin, et qui laissera périr ses fleurs, n'en aura plus de toute la saison.

PAULINE. — Il est vrai, maman.

jjme pj. vERTEDiL. — Or, maintenant, qui vaut le mieux , à ton avis, ou d'avoir un moment de plaisir à jouer avec ta poupée, et d'éprouver ensuite, pendant six semaines, le chagrin de ne voir que de mauvaises herbes dans ton jardin , ou bien de laisser une heure ou deux ta poupée, avec laquelle tu peux jouer tous les jours, et d'aller travailler dans ton jardin , afin de Jouir, pendant ioxfi le reste .de l'été ,

du plaisir de le voir orné des plus belles fleurs ?

PAULINE. — De la manière dont vous me représentez les choses, maman , il me semble qu'il n'y a pas trop à balancer.

jyjme jj£ VERTEUIL. — Je le crois aussi.

p.\ULiNE. — Allons , mon parti est pris ; je vais descendre tout de suite dans mon jardin.

M°'^ DE VERTEUIL. —Cela scra fort bien fait. Mais attends encore un moment, Pauline. Il faut d'abord que tu remarques avec moi ce que nous venons de faire.

Prête-moi toute ton attention.

PAULINE. — Voyous j maman, je vous écoute.

M™^ DE VERTEUIL. — Ne venons-Hous pas de raisonner sur ta poupée et sur ton jardin , comme nous raisonnâmes hier sur la fenêtre et sur l'escalier? N'avons-nous pas examiné les avantages et les inconvéniens de jouer avec ta poupée, ou d'aller travailler dans le jardin , pour trouver lequel des deux était le meilleur à faire?

PAULINE. — Il est vrai , maman ; je n'y pensais pas.

j^me jjg VERTEUIL. Et qUC vicUS-tU

de faire en disant qu'il était mieux d'aller travailler dans ton jardin, que de jouer avec ta poupée?

PAULINE. — Je m'en souviens , maman ; c'est un jugement que j'ai porté.

jyjme jjg VERTEUIL. — A mcrveille , ma fille; mais lorsque tu as dit ensuite : Allons, mon parti est pris , je vais descendre tout de suite dans mon jardin?

PAULINE. — Vous ne m'avez pas encore appris, maman, comment cela s'appelle.

j^me jjg VERTEUIL. — Jc tc Ic dirai tout à l'heure. Réponds-moi d'abord. N'est-ce pas de loi-même que tu t'es décidée à aller travailler dans ton jardin?

PAULINE. — Oui, maman.

jjine pg VERTEUIL. — Quoiquo tu aics pris ce parti , parce qu'il te semblait le meilleur à suivre, u'élais-tu pas libre de

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