AUX HABITAIS DE LA CAMPAGNE
UIvS CllilKS AMIS;
Tous les hommes répandus sur la surface de la terre ne forment qu'une grande famille . puisque la religion nous dit qu'ils sont nés des mêmes parens. Ainsi, quoiqu'ils soient divisés en plusieurs peuplades, séparées les unes des autres par des montagnes , des déserts ou des mers immenses, ils doivent toujours se souvenir qu'ils ont eu une origine commune, et nourrir entre eux des sentimens de bienveillance et de fraternité. Mais ceux qui vivent dans le même pays se tiennent encore de plus près les uns aux autres , qu'ils ne tiennent à ceux qui vivent dans des pays étrangers. La conformité de leurs lois, de leurs coutumes et de leur langage, les relations continuelles qu'ils ont ensemble , leur réunion dans la même enceinte ou sous le même toit, tout leur fournit un plus grand nombre de moyens de se rendre heureux par des secours mutuels, ce qui est l'objet de toute société qui se forme entre les hommes.
Sans ordre, aucune société ne peut subsisfer long temps. Cet ordre est établi par
les lois , qui veulent que chacun respecte les droits de tous les autres , et remplisse envers eux tous les devoirs dont il est chargé, comme je vous l'expliquerai dans la suite. Ce n'est que dans cet accord universel , que tous les membres dune société jouissent des avantages qu'ils ont recherchés en se réunissant. Plus la société est tranquille et heureuse , plus chacun de ceux qui la composent goûte en particulier de' repos et de félicité. L'intérêt de chacun, pris séparément , est donc de contribuer, autant qu'il lui est possible, au bien commun, puisqu'en échange de sa contribution personnelle à la félicité publique , il reçoit a la fois sa part de la contribution de tous les autres.
Mon dessein est de vous développer ce grand principe, en vous montrant son application et ses effets dans ce qui se passe au sein d'une famille champêtre bien administrée par la prudence de ses chefs, dans un village heureux par la bonne intelligence de ses habitans, et enfin dans un vaste empire, qui fleurit par la sagesse et la force des lois.
L'HEURÇUX 9UHAGE.
Une jeune famille qui commence à s'élever dans un village, n'est d'abord composée que des parens et des enfans.
Les parens sont les chefs de celle petite société. C'est à eux que la loi conûe le soin d'y établir le bon ordre, parce qu'ils sont les plus âgés , qu'ils ont le plus d'expérience, et qu'ils ont un plus grand intérêt que tous les autres à la prospérité de leur maison.
Dans une famille bien réglée , les parens doivent commander avec bonté , et les enfans obéir avec soumission. Les parens n'ordonnent rien dont ils ne connaissent l'utilité pour leurs enfans. Ils les
accoutument de bonne heure à les aiçler dans leur travail. N'est-il pas juste qu'ils exigent d'eux quelques secours en retour des soins que ceux-ci leur ont coûtés depuis le berceau? Les plus grands s'empressent déjà de se rendre utiles. Les uns suivent leur père à la charrue, les autres prennent soin des plus petits. Us les soutiennent par leurs lisières, pour leur apprendre à former leurs premiers pas. Ils les aident à s'habiller et à se déshabiller, pour en épargner la peine à leur nière. Ils leur montrent ensuite à connaître leurs lettres et a épeler, pour qu'ils soient plutôt en étal d'aller a l'école. L'aîné des
BiBLIOrULQLE DES VILLAGES.
gaiçoris instruit ses jeunes frères à manier la serpette et le ràleau . a bôcher la terre dans leur petit jardin, à se fannliariser avec le nom des diverses plantes. L'aînée j des filles apprend a ses jeunes sœurs à filer , à coudre , à tricoter , et à prêter leurs petites maius au ménage. Ils s'aiment tous de la plus sincère amitié. La mère voit avec joie cette tendre union de se* eufaas ; elle les encourage par ses caresses ; elle se plaît à en rendre un bon téinoigoage à son mari , lorsqu'il revient de son travail. L'un et l'autre se félicitent de voir les douces vertus qni commencent a éclore dans leur jeune famille. Tous ceux qui la composent leur sont également chers. Il semble à la vérité qu'ils aiment toujours davantage le plus petit; mais il n'est plus souvent dans leurs bras que parce qu'il est plus faible, et qu'il a plus constamment besoin de leurs secours.
Les parens, malgré leur tendresse, ne se laissent point gouverner par les fantaisies de leurs eufans. Us remarquent to'js leurs défauts , les en avertissent avec douceur, et travaillent à les en corriger. Les enfans reçoivent avec respect leurs inslruc'.ions, et profitent avec ardeur de leurs sages avis. Ils ne se permettent jamais de trouver rien de mal dans la conduite de leurs parens. Tout ce que les méchaas pourraient leur dire à ce sujet, ne fait sur eux aucune impression. Sans doute les parens peuvent avoir quelque faiblesse ; mais do quel droit les enfans oseraient-ils leur en faire un reproche, même au fond de leur cœur? Tout ne doit-il pas être sacré pour eux dans ceux doiit ils tiennent la vie?
Les parens ne peuvent pas quelquefois suffire avec leurs enfans à tous les travaux que demandent le soin de leur ménage et l'exploitation de leurs terres. Ils ont besoin de prendre des servantes et des valets pour les seconder. Ceux-ci doivent se regarder comme des enfans de la fa-
mille où on les appelle, et en considérer les chefs comme de nouveaux parens auxquels ils sont tenus dobéir.
La famille, dans cet état, ressemble au corps humain. Les parens en sont la tête, les enfans et les serviteurs en sont les membres. Tous les membres de noire corps ont leur place propre et leur destination particulière. Quelques-uns sont plus utiles, mais aucun n'est superflu.
Chacun sert aux autres, et aucun ne leur est nuisible. Tous contribuent au bienêtre général". Leurs mouvemens s'accordent si bien les uns avec les autres , qu'aussi long-temps que subsiste celte union générale de toutes les actions particulières, le corps se maintient dans la vigueur de sa constitution. Mais aussitôt que cet ordre est troublé dans quelqu'une de ses parties , toutes les autres en souffrent. Leur liaison est relâchée, leur mouvement commun s'embarrasse; et lorsqu'il vient à s'arrêter, le corps entier est détruit.
Les chefs de famille prudens ne laissent jamais les choses en venir à ce point. Us tempèrent par leur modération les mouvemens désordonnés; ils animent parleur activité les mouvemens lâches et paresseux. Us savent faire succéder le repos à la fatigue, et le plaisir au travail. Us mesurent les occupations de chacun a ses forces, et ses fonctions à son intelligence. Us éveillent l'émulation sans exciter la jalousie. Ils distribuent avec justice les reproches et les encouragemens , les récompenses et les peines. Rien n'échappe à leur vigilance. Aucun n'est étranger à leurs affections. Tous ceux qui les servent s'intéressent h leur prospérité, parce qu'ils savent que leurs bous maîtres peuvent leur procurer un heureux établissement, et qu'ils en ont le désir dans le cœur. La considération dont ces chefs jouissent dans leur ménage, leur attire les respects de leurs voisin.s Dès qu'ils
lUJiLlU'JHKgtE UkS VILLAGES.
oui jïoùlé celle jouissance flaltcusc , ils évilenl avec uu nouveau soin loiit ce qui pourrait la troubler, ils s'affermissent davantage dans leur droiture et dans lei;r ardeur pour le travail. Leur bonne renommée commence k s'étendre de toutes paris. On les cherche déj'a de préférence dans les marchés, parce que l'on est sûr (jîie leurs fruits sont d'une qualité supérieure. On aime mieux traiter avec eux qu'avec les autres dans toutes soites d'affaires, parce que l'on connaît leur conscience et leur probité. Leurs enfans ont é;é élevés dans de si bons principes que tous les parens voudraient trouver une bru dans leur maison, ou y faire entrer leurs fdles. Lu valet qui les quitte pour s'établir , au bout de quelques années d un service fidèle, est assuré de s'établir avantageusement. Un bon ceriilicat et la caution de ses maîtres, lui procurent les premiers fonds dont il a besoin. L'école dont il sort, garantit ses talens et son boiinêteté. C'est 'a qui lui vendra quelques pièces de terre avec les plus grandes facilités pour le paiement, ou qui lui donnera SCS biens à ferme ou 'a réiiie, aux conditions les plus favorables. 11 n'est embarrassé que de choisir ; et son choix lui réussit, parce qu'il se décide par ies conseils de ses sages bienfaiteurs.
On sent combien ceux-ci doivent conlinueliementéprouverdesentimensagréables. Heureux dans l'iulérieur de leur maison par Taisance dont ils jouissent, par Tamour de leurs enfans, par l'Sltadiement de leurs serviteurs : heureux audehors par la reconnaissance des malheureux qu'ils soutiennent, par l'estime et ]\ bienveillance de tous les gens de bien ; qu'est-ce qui pourrait manquer à leur félicité? Ils voient prospérer de plus en plus leurs affaires, à mesure que la famille s'accroît ; ils voient leurs bons exemples frucliDer autour d'eux. Ils jouissent du bien qu'ils font eux-mêmes, et de celui que font
les autres instruits par leurs leçons. Leurs vertus fondent la réputation de leur village et y attirent de nouveaux babilans. On les distingue dans toutes les fêtes, on les comble de tous les bonneurs. Leurs manières douces et affables désarment l'envie. Les plus médians n'oseraient chercher 'a leur nuire de peur de s'attirer l'indignation universelle. Le calme de leur vie et l'innocence de leurs pensées prolongent la durée de leurs beaux jours; une constante activité en bannit l'ennui; la tempérance, enfin, couronne tous ces biens, en y joignant les plus précieux de tous , la force et la santé.
Cependant , par la loi commune de la nature , ces braves gens commencent à prendre un certain âge. Avant do tomber dans la vieillesse, ils voudraient voir leurs enfans heureusement établis. Le fils aîné , nourri de bonne heure dans le travail, entend parfaitement la culture, el s'est formé dans toutes les connaissances nécessaires 'a son étal. Pourle commencer, il a besoin d'une compagne ; il sent combien il lui importe de faire un bon choix, lia vu. dès son enfance, ses parens vivre si heureux dans leur mariage, il ne voudrait pas être moins heureux dans le sien. Sa mère a jeté depuis long-temps les yeux sur une fille du voisinage , née d'une famille honnête et pourvue de toutes les qualités qu'il peut souhaiter dans sa femme : il Ta déj'a distinguée lui-même. Ce qui le touche le plus en elle, c'est sa bonne conduite et sa verlu. Elle lui inspire bientôt la plus vive tendresse; mais ce n'est pas seulement pour les attraits qui brillent dans sa personne, car une maladie peut les flétrir. Elle ne doit pas toujours être jeune ni belle, et il doit l'aimer toujours. Elle a une humeur douce et uu caractère gai qui lui prouieltent le calme et la joie dans l'imion de leurs âmes : elle est active, intelligente, elle aime l'économie et la propreté,
BiBLÎOTHliOL'E DES VILLAGES.
ce qui lui annonce de l'oidre et de l'aisance dans sa maiswi : elle n'est enfin ni orgueilleuse, ni intéressée, ni indiscrète, ni médisante, ce qui lui assure la paix avec ses voisins.
Les parens font part de leur projet au bon curé, qu'ils ont soin de consulter dans toutes les affaires essentielles. Cette union , si bien assortie, ne peut manquer de lui plaire. Le jeune couple est fiancé en présence des parens , des alliés et des amis des deux familles. On prend jour pour la célébration publique du mariage. Ce jour venu, tous les conviés accompagnent les fiancés à l'église. Le curé leur fait un discours pour les pénétrer de la sainteté du nœud qu'ils vont former ; il leur trace la conduite qu'ils doivent suivre pour vivre toujours satisfaits l'un de l'autre , et remplir en commun tous leurs devoirs. 11 leur fait mutuellement promettre, en présence de Dieu et des hommes , un amour pur et constant , une fidélité inviolable, des secours réciproques et u!i partage égal des peines et des plaisirs de la vie. Cette promesse est confirmée par la jonction des mains et l'échange des anneaux. Le prêtre alors les unit et les présente à l'assemblée, comme un coupîe dont l'union vientd'être approuvée dans le ciel. Tous les assistans se joignent h ses prières pour attirer les bénédictions de Dieu sur les jeunes époux. Ils sortent ensuite de l'église et se rendent à la maison où le repas de noce les attend. Ce festin est préparé avec tant de sagesse, qu'on a su également éviter une lésine honteuse, et une vaine profusion , si imprudente pour de jeunes gens qui ont tant de besoins en commençant à s'établir. Les convives sont gais sans être emportés dans leur joie. Tout se passe dans l'ordre et la décence. Une danse vive et légère succède au repas. On fait ouvrir le bal aux deux époux; les jeunes filles et les jeunes garçons du village en font ensuite
lornement, en attendant leur tour d'en faire les honneurs. On n'entend dans l'assemblée ni clameurs bruyantes , ni propos licencieux. Les pauvres du village reçoivent aussi leur part de la fclc nuptiale, et mêlent les bénédictions de la reconnaissance aux vœux du sang et de l'amitié. La nuit arrive enfin , chacun se retire en paix, après avoir renouvelé ses complimens aux jeunes époux, et formé les souhaits les plus tendres pour leur prospérité.
Le jeune homme et la jeune femme commencent dès ce jour a prendre possession de leur petit ménage. L'un a reçu de ses parens quelques pièces de terre , l'autre a reçu des siens une certaine somme d'argent. Tous deux sont inlelligens, sobres et laborieux, et rien ne manque à leurs besoins. Us s'aiment d'un amour tendre , et se font chérir et considérer de tous ceux qui les connaissent. Satisfaits de leur état, et rcconnaissans envers le Ciel pour ce qu'ils tiennent de sa bonté, ils ne murmurent point des petites contrariétés qui leur arrivent, et n'en sont que plus soumis aux lois éternelles de la Providence.
Pour se plaire de plus en plus l'un à l'autre, chacun honore son beau-père et sa helle-mère comme les auteurs mêmes de ses jours. Ils partagent également entre eux les instans que leur laissent les travaux de leurs terres et le soin de leur maison. Ils se font gloire de prendre conseil de leur expérience pour se gouverner par les principes qui leur ont [)rocuré tant de bonheur. Ils leur amènent leurs enfans pour réjouir leur vieillesse; ils les soignent dans leurs maladies; ils les aident à pourvoir au sort de leurs frères et de leurs sœurs, qui s'établissent comme eux , à la grande satisfaction de ces dignes parens. Plus ils les voient avancer en âge, plus ils redoublent tous 'a l'envi de soins et d'attentions envers eux. Les vieillards ont quelquefois de l'humeur, et croient
BIBi.lUTHBOI^B DES VILLAGES.
ne devoir pas se couliaiiidro devanl leurs enfans. Ceux-ci siipporleiil toul avec patience, en se souvenant de ce que leur enfance a coulé de soins à leurs parens. Ce qu'ils leur doivent de tendresse et de respect, ils le paient comme tine dellc sacrée. Ils recherchent tout ce qui peut servir a les soulager dans leurs inlirmités, et rendre leur vieillesse heureuse autant qu'elle peut l'être. Aussi, quand la mort vient enfin les arracher a leur amour, ils en reçoivent des béuédictions qui montent jusqu'au ciel, et en font descendre dans leur ame l'espérance d'en voir un jour mériter d'aussi justes à leurs enfans.
Le tableau (jue je viens de vous peindre , mes chers amis , n'est point une chimère. On en trouve de fréquens modèles dans les pays où régnent une liberté sage , de bonnes mœurs et de bonnes lois. Avec le secours de l'instruction la plus simple, chacun peut y connaître ses devoirs, et combien il lui importe de les remplir pour son bonheur, qui tient esseniiellcment au bonheur des autres.
Nous venons de voir, par exemple, dans la peinture d'un bon ménage, combien chacun a gagné à s'acquitter de ses obligations. Les chefs de cotte famille, après avoir joui de toule la félicité que l'on peut goûter sur la terre , ont mis c-bacuQ de leurs serviteurs et de leurs en-
fans en étal d'en goûter une pareille 'a leur tour, parce qu'ils en ont été bien secondés. 11 est aisé de sentir que si tous eu particulier n'avaient contribué au bien général de la maison, il n'y aurait eu de bonheur pour personne. Je n'ai pas besoin de vous le prouver par des exemples : il s'en présente chaque jour un assez grand nombre à vos regards. J'avoue que j'ai peine à concevoir comment des leçons si frappantes produisent si peu d'effet. Ce n'est qu'en répétant mille et mille fois aux hommes que leur intérêt est d'être justes, sages et bons, que l'on pont espérer de voir ce principe se graver dans tous les cœurs , éclairer tous les esprits , et régler toutes les actions et tous les sentimens. Que je serais heureux, si mes faibles efforts pouvaient avancer l'époque fortunée de cet empire universel de la raison !
Après vous avoir peint les avantages qui résultent pour une famille de l'union parfaite de tous ses membres, il ne me reste plus qu'à vous faciliter les moyens de faire naître ce bonheur dans la vôtre, en vous indiquant les règles que vous devez suivre dans votre conduite à l'égard de vos enfans et de vos serviteurs. Je les séparerai les unes des autres, pour vous les rendre plus sensibles et plus aisées a retenir.
LCS ENFANS.
MBS CHERS AMIS ,
La plupart des malheurs qui affligent les hommes, comme je vous le ferai voir dans la suite par mille exemplesfrappans, prennent leur source dans la mauvaise éducation qu'on leur a donnée. Une bonne éducation est donc un des plus grands
bienfaits que les hommes puissent recevoir.
On va bientôt établir des écoles dans tous les villages pour instruire vos enfans ; mais il est beaucoup de choses que vous pourrez leur apprendre vous-mêmes , et qui auront un grand effet dans voire bouche , parce que vous pourrez
BIBI.iOTHEQUE DES VILLAGES
leur en donner, à chaque instant, l'exemple avec la leçon.
Toiis les principes d'une bonne éducation peuvent se renfermer dans la connaissance de ce que nous devons a Dieu, et de ce que nous devons aux hommes.
Je vais vous exposer les règles que vous aurez a suivre dans les instruclions que vous pourrez donner sur ces doux poinis àvosenfans.
La première idée que vous devez leur faire prendre de Dieu , est celle de sa puissance , parce qu'elle est la plus propre à les frapper. Pour cet effet, ne manquez jamais de leur faire observer tout ce qu'il y a de plus imposant dans le spectacle de la nature , comme la lumière éclatante du soleil dans un beau jour , et la magnificence des cieux dans une belle nuit. Mais dites-leur aussitôt que celui qui a créé ces grandes merveilles , est aussi celui qui a fait naître le blé dont ils se nourrissent , et les fruits qu'ils mangent avec tant de plaisir. Lorsque vous les verrez se réjouir du chant des oiseaux, s'extasier à la vue d'une belle campagne , respirer avec délices le doux parfum des fleurs , dites-leur que c'est a Dieu qu'ils doivent ces jouissances. C'est ainsi qu'ils prendront l'habitude do lui rapporter toutes les émotions agréables dont ils seront saisis ; et leurs premiers sentimens seront des sentimens d'amour envers le Créateur.
Ne vous abstenez point de leur parler de bonne heure de Dieu , par la crainte qu'ils ne soient pas en état de s'en former une juste idée. Où sont les hommes qui
finissent se le représenter dignement dans a maturité même de leur raison ? Ce qu'il importe le plus d'en connaître , c'est ce qu'il révèle à tous les regards par les actes de sa puissance , de sa sagesse et de sa bonté. Ils éclatent chaque jour aux yeux de vos enfans , et leur avide curiosité ne demande qu'à s'en instruire. Pro-
ûtez de celte ardeur empressée, pour leur rendre sensibles , autant que vous le pourrez , les faveurs infinies que nous lui devons. 11 est d'une extrême importance que ces impressions se lient aux premières idées qui se forment dans leur esprit , et aux premiers sentimens qui s'élèvent dans leur cœur. C'est à cet âge heureux , où tous les objets se peignent sous un aspect aimable, et avec toutes les couleurs de la joie et de l'espérance , qu'il convient de faire connaître un Dieu , l'ami des hommes , qui ne les a créés que pour être heureux , en leur rendant l'amour qu'il leur témoigne par ses bienfaits. On peut donner quelque idée du pouvoir filial à celui qui n'a.jamais joui du bonheur de voir les auteurs de ses jours ; mais en aura-t-il jamais le sentiment, comme celui qui a reçu dans son berceau les caresses de son père et de sa mère , qui a vu son enfance couler entre leurs bras, qui leur doit ses premières paroles , ses premières pensées et ses premiers plaisirs ? Ah I qu'il en soit ensuite séparé pendant une longue suite d'années , qu'il ait même le malheur de les perdre 'a jamais , leur mémoire est gravée pour toujours au fond de son cœur. Dans chaque situation de sa vie , qui lui rappelle quelque circonstance des heureux jours passés auprès de ses parens , leur image chérie vient se retracer vivement à son souvenir. Il entend encore leur voix ; il sent encore sur ses lèvres leur bouche caressante ; il les appelle dans ses plaisirs, il les appelle dans ses peines ; et il craint surtout de troubler par quelque action digne de reproche la paix dont ils jouissent dans leur tombeau.
C'est ainsi que si vous savez de bonne heure présenter Dieu à vos enfans sous l'image d'un père bon et sensible , ils s'accoutumeront à le regarder comme leur guide le plus siir et leur protecteur le plus puissant. Dans toutes les circon-
lilliUOllil.iJUU Uta MLL.VUbS.
stances dirûcilesdc leur vie, ils leconsulit'ioiU dovaot leur conscience , avec le inciiie ciupressenienl que Ion va consulter lin ami de cœur. Ils lui adresseront leurs prières dans l'affliction ; ils feront monter vers lui dans la prospérité les vives actions de grâces d'une ame reconnaissante. Si les passions les entraînent quel que fois liors du sentier de la vertu, ils ne tarderont pas a ouvrir l'oreille à cette voix céleste (]ui les y rappelle. La crainte de trouver Dieu inflexible , n'étouffera point en eux le désir de se rejeter dans Sc's bras. Sans doute il est offensé de la mauvaise conduite des liommes ; mais un père n'est-il pas aussi offensé de la mauvaise conduite de ses enfans? et cesse-t-il pour cela de les chérir? Ils ne se formeront donc pas des idées effrayantes de Dieu , comme un enfant ne s'effraie point de son père , parce '.în'il le punit de ses fautes. Ils regarderont même les rigueurs passagèr.^s de sa justice comme de nouvelles preuves de son amour.
Ln autre avantage des douces impressions de 1.1 bonté divine, que vous aurez fait prendre à vos enfans, c'est qu'elles sont les plus propres à les conduire au bonheur par l'exercice de la bienfaisance et detoules les vertus. En rendant grâce à Dieu chaque jour des bienfaits qu'il répand sur les hommes , il est tout naturel qu'ils attachent un grand prix à cette bonté , et qu'ils brûlent aussi de l'imiter envers leurs semblables. Ce sentiment ne peut éclore et se développer dans leurs âmes , sans les rendre heureux. Il est un si grand charme attaché à toutes les inclinati(ms généreuses ! Le plaisir de les satisfaire s'accroît par l'idée d'en être plus agréable aux yeux de la Divinilé. La vertu consacrée par la religion , devient à i épreuve de tout par cette alliance. Elle sait résister à l'injustice des hommes, et même à leur ingratitude.
Dien qui est Tarai delà vertu, est aussi
l'ennemi du vice. Il est bieu vrai qii il punit les méchans de leur désobéissance il ses lois; mais ne vous hâtez point de menacer vos enfans de sa colère. Lïdée de la Divinité, représentée sous un a|)par eil vengeur , ne peut produire que de fâcheuses impressions sur un enfant. Elle n'est propre qu'à faire naître une vile superstition dans un esprit faible, ou une révolte criminelle dans un esprit audacieux. Je frémis encore du funeste égarement où je l'ai vu entraîner, il y a (pielqîies années, un jeune habitant de la campagne. Accoutumé a entendre nommer tour à tour l'être suprême le Dieu bon et le Dieu terrible, il se méprenait sur ces différens attributs de la justice divine, pour lui prêter Tinjustice de ses passions. Il se croyait le triste objet de son indifférence et de sa haine, tandis qu'il regardait les habitans des villes comme les objets de sa tendresse et de ses soins (I). Devenu insensible aux marques d'amour que le Créateur fait éclater si indistinctement envers toutes ses créar tures , la magnificence de ses œuvres , l'ordre de l'univers, la fécondité de la nature , tout cela ne lui paraissait établi que pour les riches et les puissans de la terre. S'il participait comme eux à ces bienfaits , il croyait n'eu user qu'à l'ombre de leurs jouissances. H comparait sa misère avec leurs richesses , ses peines avec leurs plaisirs, ses rudes travaux avec leur molle oisiveté. Il ue voyait plus en Dieu qu'un père injuste et barbare, qui déshéritait la plus grande partie de ses enfans pour l'intérêt de quelques favoris. Tantôt il éclatait contre lui en blasphèmes , tantôt il se prostituait à toutes les bassesses par lesquelles il imaginait désarmer sa rigueur. Accablé du présent,
( I ) J'espère , mes i Ir-rs amis , vous faire ronvciir voui- mêmes, d^ns la suite d^ cet ou vrge, combien ceae idé? est i-ijaste et fiusse.
BIBLIOniIiOUE DIvS VILLAGES.
tourmenté de l'aveuir, sou esprit était la jiîoie (les plus incroyables superstitions. Il recevait avec avidité toutes i<?s craintes et toutes les espérances. 11 passait sans cesse de lagitatiou la plus violente au plus stupide abattement, et il mauJissùt la vie en s'épouvantant de la mort , quil se donna bientôt dans un accès de désespoir.
Ah ! lorsque mon esprit ne peut se délivrer de cette horrible image , pardonnez, mes amis, si j'en reviens encore a vous conjurer avec les instances les plus vives, de ne jamais effaroucher vos enfans des terreurs d'un Dieu courroucé. C'est en se formant une fausse idée de ses vengeances , que les hommes ont eu l'impiété d'oser se charger pour lui de les remplir, en tourmentant leurs frères. Si je vous disais tous les maux affreux que cette erreur fatale a répandus sur la terre ! Dès que l'on prête à Dieu des seutimens de cruauté, qui peut arrêter les homiios dans leur barbarie? Souvenez- vous toujours que c'est pour vous avoir représentés vous-mêmes aux yeux des rois comme naturellement cruels et méchans , qu'on leur a fait croire que vous ne pouviez être gouvernés que par le despotisme le plus intolérable. Montrez -vous dignes de la liberté par les sentimens qui doivent honorer les hommes. Périsse à jamais l'exécrable fanatisme ! Faites aimer à vos enfans la religion pour la douceur de ses lois. Qu'ils la préfèrent sans doute à toutes les autres, mais qu'ils pensent aussi que tous les gens de bien sont agréables ;i l'Être suprême , quelle que soit leur croyance. La religion la plus vraie est celle qui s'accorde avec l'humanité , pour faire régner sur la terre la paix et l'ordre qui nous viennent aussi de Dieu.
Il ne m'appartient pas de vous en dire davantage sur la religion. Ce soin regarde vos respectables pasteurs, dont le zèle est toujours prêt a vous instruire.
La première chose que vous devez ensuite apprendre à vos enfans sur leurs devoirs envers les hommes, est ce qu'ils vous doivent à vous-mêmes , c'est-a-diro l'amour, le respect et l'obéissance.
11 n'est rien qui paraisse d'abord si étrange dans le monde, que de voir ce grand nombre d'enfans qui n'ont aucune tendresse pour ceux dont ils ont reçu la vie. Mais ou cesse bientôt de s'en étonner, lorsqu'on examine la manière dont ces parens agissent envers leurs enfans. On dirait a leur humeur sévère et à leur dureté , qu'ils ont résolu d'étouffer en eux les sentimens les plus doux de la nature. Si vous voulez porter vos enfans à vous chérir jusque dans la vieillesse la plus avancée , traitez-les avec douceur, laissezleur la liberté de se réjouir devant vous, prenez même part a leurs plaisirs . et ne craignez point de leur montrer votre tendresse. Par ce moyen , vous exciterez leur conflance, ils viendront porter dans votre sein leurs moindres secrets, ils voudront vous associer à toutes leurs joies ; et j'ose vous promettre que vous en trouverez une bien vive dans ces épanchemens mutuels de vos affections.
11 est des parens qui réservant tout leur amour pour ceux de leurs enfaus qui sont les plus beaux et les plus robustes, ou qui montrent le plus d'esprit et de vivacité , ne regardent qu'avec indifférence ceux qui ont reçu dans leur conformation quelque disgrâce de la nature, ou dont lintelligence est moins étendue, l'imagination plus paresseuse. Pourquoi traiter ainsi ces pauvres enfans? ne sont-ils pas votre sang comme les autres V sont-ils coupables pour avoir été moins bien partagés? ne devez-vous pas au contraire chercher à les dédommager par une pitié généreuse, de ce qui leur manque? vous le devez d'autant plus , que non-seulement eux-mêmes, mais encore leurs frères, leurs sœurs et tous les gens de bien vous
B1BLIU1UEQU£ DES VILLAGES.
lieiidiont ceuipte de ce que vous ferez do plus eu leur faveur. Celle prédileclioa daus vos soins ne fera naître aucune jalousie, au lieu que si vos préférences sonl fondées sur des motifs contraires , vous exciterez l'envie et la liaine contre vos favoris, et vous porterez vous-mêmes la division dans votre famille, où vous deviez entretenir la bonne intelligence et ratlacliement.
Je sais qu'il est difficile à des parens vertueux de se défendre d'une inclination plus marquée pour ceux de leurs enfans qui se distinguent par une sage conduite et de bonnes mœurs. Silest quelque partialité excusable , c'est assurément celle qui tient à des motifs aussi justes; elle doit cependant avoir des bornes, et voici le conseil que je puis vous donner à ce sujet : Si vous voyez que vos témoignages particuliers de considération pour les bons enfans , fassent naître dans les autres le désir de la mériter à leur tour, continuez d'entretenir en eux ce principe d'émulation , surtout en encourageant leurs efforts, et en leur montrant chaque jour plus de tendresse a mesure qu'ils avancent vers le bien , afin de les convaincre que vos préférences pour leurs frères n'étaient qu'une justice rendue à leurs bonnes qualités. Si vous voyez au contraire qu'au lieu de produire un effet aussi heureux , votre prédilection n'excite dans ceux qui n'en sont pas l'objet , que de l'aigreur et de l'animosité , et ne sert qu'a les rendre plus méchans , gardez-vous de laisser éclater plus long-lemps 'a leurs yeux des sentimens qui peuvent achever de les perdre. Redoublez même de soins et d'attention à leur égard; qu'ils ne puissent jamais se croire étrangers à votre affection ; montrez-vous toujours prêts à les recevoir au même degré que les autres dans vos bonnes grâces. Quelle joie pour vous , si vous parvenez enfin à les en rendre dignes ! Si vous ne pouvez
y réussir, du moins aurez-vous la consolation d'avoir rempli vos devoirs envers eux , et de les avoir peut-être empêchés de devenir entièrement endurcis pour la vertu.
La plus intime familiarité avec vos enfans ne les détournera point du respect qu'ils vous doivent, tant qu'ils vous verront sans faiblesse dans les marques que vous leur donnez de votre amour. Plus vous leur montrez de complaisance pour leurs désirs innocens, plus il faut vous armer de fermeté pour réprimer leurs désirs injustes. Sans les traiter avec rudesse, il ne faut ménager aucun de leurs défauts. De bonnes paroles peuvent opérer un grand bien ; mais votre bon exemple sera toujours la meilleure de vos leçons. En voyant leur père et leur mère vivre ensemble dans une parfaite intelligence, se secourir dans leurs maladies , se consoler dans leurs chagrins , et chercher à se prévenir dans tous leurs vœux , les frères et les sœurs prennent naturellement entre eux les mêmes sentimens. Les actions dont la vue nous frappe tous les jours forment bientôt notre propre conduite ; celle de vos enfans sera donc toujours dans vos mains. Rendez-les témoins de votre constance dans les peines, de votre activité pour le travail, de votre piété pour les malheureux , de votre bienveillance envers tous les hommes , de votre indulgence pour leurs faiblesses, de votre droiture dans les affaires , de votre respect pour les lois et pour les bonnes mœurs, vous verrez les mêmes dispositions naître et se fortifier dans leurs jeunes âmes , et leur amour pour vous s'accroîtra de la vénération qu'ils porteront à vos vertus.
En exigeant l'obéissance de vos enfans , prenez garde qu'ils ne vous obéissent uniquement, par la crainte de quelque punition ou par l'espoir de quelque récompense. U faut leur persuader
BIBLIOTHEQUE DES VILLAGES
de bonne heure que tout ce que vous leur ordonnez est pour leur propre avantage , parce que vous les aimez et que vous savez beaucoup mieux qu'eux-mêmes ce qui leur convient. Vous ne laisserez passer aucune occasion de les en convaincre , lorsque la preuve sera de nature h leur faire une forte impression ; de cette manière , ils s'accoutumeront à vous obéir aveuglément , même lorsqu'ils ne verront pas du premier coup d'œil le motif de vos ordres* Cette considération doit vous engager à ne leur en donner que de justes. Mais alors faites-les exécuter dans toute leur étendue. Si au bout d'une heure vous retractez ce que vous venez de prescrire , ou si vos enfans , en s'adressant à leur mère, peuvent espérer d'être dispensés d'obéir , vous les rendrez nécessairement indociles et rebelles; et vous serez ensuite injustes envers eux toutes les fois que vous les punirez de leur désobéissance, puisque vous les y aurez vous-même encouragés.
Ne leur donnez aucun ordre sans le bien expliquer auparavant , et sans vous être assurés qu'ils le comprennent , pour ae leur laisser aucun prétexte d'y manquer.
N'en donnez Jamais par pure fantaisie; et lorsqu'ils seront justes , que ni prières, ni larmes ne vous les fassent révoquer.
Vos enfans doivent un jour obéir à la loi; donnez-leur lliabitude de cette soumission , en leur faisant plier leurs volontés à la vôtre. Mais, je vous le répète, que votre volonté soit toujours évidemment fondée sur la raison : vous leur rendrez ainsi la vertu aisée pour le reste de leur vie : car celui qui est instruit à faire céder ses penchans à la raison qu'il reconnaît dans les autres , saura un jour commander a ses passions par sa propre raison.
Après avoir instruit vos enfans de ce qu'ils vous doivent, vous les instruirez de ce qu'ils doivent aux autres.
Tous nos devoirs envers les hommes sont compris dans la justice et dans la bienfaisance ; et l'exercice de ces deux vertus porte également sur ce seul principe , de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fissent à nous-mêmes , et de faire pour eux ce que nous voudrions qu'ils fissent pour nous.
Cette maxime, qui nous vient de la bouche de Dieu , suffit pour vous guider dans toutes les instructions que vous pourrez donner sur ce point à vos enfans. Ramenez-les toujours à ce principe , pour les rendre juges eux-mêmes de leurs propres actions , comme aussi de la peine ou de la récompense qu'elles méritent.
Ainsi lorsqu'ils vous feront de mauvais rapports de leurs camarades ou de leurs frères et sœurs , qu'ils leur diront des injures , qu'ils leur reprocheront leurs défauts , qu'ils les troubleront dans leurs plaisirs, qu'ils voudront les battre ou leur enlever ce qui leur appartient , demandez-leur s'ils seraient bien aises qu'on en fit autant à leur égard : et pour rendre la chose plus sensible , traitez-les exactement de la môme manière qu'ils auront traité les autres. C'est le meilleur moyen de correction que vous puissiez employer.
lùigagez-les de même à consoler leurs amis dans leurs peines, à les aider dans leurs travaux , à les secourir dans leurs besoins , à les prévenir même dans leurs désirs; et toutes les fois qu'ils l'auront fait, faites-en autant à leur égard, en leur disant que vous suivez l'exemple qu'ils vous ont donné. S'ils ont refusé de le faire , qu'ils éprouvent de votre part les mêmes refus : il n'est point de leçon d'un usage plus universel , parce qu'elle touche à des sentimens qui sont dans tous les cœurs.
Ne laissez jamais prendre a vos enfans un ton impérieux envers vos domosli-
UlBl.lOTUEijLE DES MLLAGIvS.
i]ucs. S ils oiilbesoia de quelques-uns de leurs services , qu'ils les leur demandent ;ivec douceur , e( qu'ils les en renierfient, lorsqu'ils les auront obtenus : il faut surtout leur faire sentir à chaque instant , que loin de pouvoir commander à qui que ce soi! , leur faililesse les met dans la dépendance de tout ce qui les entoure, qu'ils ne peuvent être utiles à j)ersonne , et qu'ds ont besoin de tout le monde.
Inspirez-leur de bonne lieure des idées (le désintéressement cl de générosité.
Failes-leur partager avec leurs camarades, avec leurs frères et sœurs , les joujoux et les bonbons qu'on leur donne. Conduisezles même jusqu'à se priver d'une chose qui leur fait plaisir , pour eu faire présent à leurs amis. Qu'un témoignage de reconnaissance et d'affection leur paraisse une jouissance au-dessus de loutes celles de leur salisfaclion personnelle.
Accoutumez-les enfin à la pratique de la bienfaisance et de l'humanité. Si le mendiant qui se présente a la porte de votre ferme, vous parait un fainéant indigne de vos secours , ne lui exprimez jamais vos refus et vos reproches par la bouche de vos enfans , quoique vous les rendiez témoins de la leçon que vous donnez à ce malheureux. Il est bon qu'un acte de rigueur , même nécessaire , leur
soit étranger. Si ce pauvre au contraire est accablé d'années ou d'infirmités et hors délat de gagner sa vie, que vos enfans soient chargés de lui porter votre aumône ; mais que ce ne soit pas comme un soin dont vous rejetez la peine sur eux. 11 faut au contraire qu'ils le considèrent comme un plaisir dont vous vous privez en leur faveur , et que vous leur refuseriez , si vous étiez uiéconlens de leur conduite.
.N'instruisez pas seulement vos enfans h faire des charités passagères , apprenez-leur à se montrer toujours lunuains et compati.ssans. Pour exercer leur sensibilité naissante , faites-leur appliquer le premier exercice de leurs forces à des actions qui les rendent utiles aux hommes et agréables 'a leurs yeux. Accoutumez-les à des services prévenans , à des complaisances ofticieuses , à des attentions obligeantes. Lorsque vous serez parvenus par dégrés a leur faire éprouver que le speclaclele plus doux sur la terre , est celui d'un de nos semblables dont on vient de remplir le cœur d'un sentiment inespéré de joie , vous pourrez vous regarder vous-mêmes comme de véritables bienfaiteurs des hommes , puisque vous aurez transmis 'a la génération qui doit vous suivre les senlimens les plus précieux pour leur bonheur.