‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 98 sur 197 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

THIBAUT, MARGUERITE, GERVAIS

GERVAis, qui est entré dans les derniers moniens de la scène précédente , se précipitant vers Thibaut. — Et moi, Thibaut, vas-tu m'en repousser?

THIBAUT , le regardant avec indignation. — Encore ici , malheureux ! N'estce donc pas assez de m'avoir trahi?

Pourquoi venir troubler de ta présence la joie que je goiite en ce moment?

GERVAIS. — Ne m'accable pas davantage. Je ne suis que trop cruellement tourmenté par mon repentir. Tu peux me ramener à l'honneur , ou me faire trouver le plus indigne des hommes aux yeux des autres et aux miens.

THIBAUT. — Que veux-tu donc de moi?

GERVAIS. — Que tu me rendes ton amitié. Garde-toi de penser, Thibaut, que je fusse capable d'y renoncer pour un vil intérêt; mais tu sais les pertes que je viens d'essuyer. J'étais aveuglé par la crainte de voir manquer mes eufans.

C'était bien mal les servir. J'ai senti déjà que je n'allais plus tant les aimer, après avoir commis pour eux une noirceur.

Délivre-moi de ma honte. Rends-moi mon amour pour mon sang, rends-moi mon ami.

BiBLlOTHEQli E DES VILLAGES.

THIBAUT. — Ah! Gervais! qu'il est difficile de guérir la plaie que tu m'as faite! Cependant je suis touché d'un si prompt retour ; et je veux oublier ton offense.

GERVAIS. — Fais-la-moi donc oublier à moi-même , en recevant ce qui allait me rendre si coupable.

THIBAUT. — Qu'oses-tu me proposer !

Moi , que je mette à prix notre réconciliation ! Non , Gervais , garde ce qui t'appartient , si tu veux de mon amitié.

GERVAIS. — Je n'en veux point , si tu me refuses. N'as-tu pas assez d'avantages? Il n'est que ce moyen d'être généreux envers moi. Ne me laisse point sous les

yeux un reproche continuel de moù indignité.

THIBAUT. — Si c'est ainsi , j'accepte tes offres ; mais promets-moi qu'au premier retour de fortune , tu me laisseras libre de me satisfaire à mon tour.

GERVAIS. — Je n'ai plus de volonté que la tienne. Que les biens et les maux, tout soit désormais commun entre nous.

THIBAUT. — Je reprends pour toi mes premiers sentimens. {Il lui tend la main cl l'embrasse.) Allons, Marguerite, quelque malheur qui puisse m'arriver dans la journée , j'aurai toujours un ! grand sujet de me consoler, puisque je i conserve un fils et que je retrouve un ami.

BIBLIOTHEQUE DES VILLAGES

Page 1