‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 5 sur 102 · LIVRE I. ir · texte numérisé non relu

LIVRE I. ir

Je Tavoùrai, j'oubliai mon serment.

Oh ! qui pourrait dans ces inatans d'ivresse Se refîiser un si léger larcin?

Quel cœur glacé peut revoir sa maîtresse, Ou la quitter» sans baiser son beau sein?

Non, je n'ai point ce courage barbare; L'amant aimé doit donner des plaisirs :

L'enfer attend ce possesseur avare, Toujours brûlé d'inutiles désirs.

Puisse souvent la beauté que j'adore Nue à mes yeux imprudemment s'offrir!

Je veux encor de baisers la couvrir, Quand je devrais la réveiller encore.

Dieux I quel réveil! mon cœur bat d'y songer. Son œil troublé n'avait rien de foroucbe; Elle semblait quelquefois s'affliger, Et le reproche expirait sur sa bouche.

Déjà l'Amour avait su nous unir; J'essaie encor de me détacher d'elle, De ses deux bras je me sens retenir :

On crie, on pleure, on me nomme infidèle; A ce seul mot , il fallut revenir.

Ah! qu'as-tu fait, lui dis-je alors, mon ame? Je meurs d'amour : cruelle, qa*aa>tu faiti^ De tes beaux yeux , de ces yeux pleins de flamme

Voilà pourtant l'inévitable effet.

Pounpioi poser ta tête languissante Contre ce cœur ému de tes accens ?

Pounpioi cent fois, de ta main caressante, Au doux plaisir solliciter mes sens ?

Un seul baiser, quand ta boucbe vermeille

' Le poserait avec plus de douceur Que ne le donne et le frère et la sœur, Et l'époux tendre à son fils qui sommeille ; Un seul baiser de ta bouche vermeille Suffit, bêlas! pour troubler ma raison.

Pourquoi mêler à son &tal poison Ce trait brûlant qui de mes sens dispose , Les feit renaître et mourir tour-à-tour.

Ce trait caché dans tes lèvres de rose , Et sur tes dents aiguisé par l'amour ?

Oui , je succombe à ma langueur extrême, Je suis contraint de hâter mon bonheur ; Mais à tes pieds ton modeste vainqueur Veut t'obtenir aujourd'hui de toi-même.

Viens , Eucharis , au nom de tous nos dieux , A ton amant livre-toi tout entière.

Dans ton alcôve un jour délicieux Répand sur nous et l'ombre et la lumière :

Si tu rougis de céder la piemière.

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