‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 85 sur 102 · A UN MYRTE · texte numérisé non relu

A UN MYRTE

Croissez, rhonneur de mon bocage , JeuDc arbrisseau que j'ai planté ; La déesse de la beauté Attend votre premier feuillage.

Croissez , ô myrte plus chéri Que ces ormeaux qui m'ont vu naître :

Un jour,^votre rameau fleuri Dans les airs s'étendra peut-être.

Sous votre abri voluptueux, Zirphé veut qu*on lui dresse un trône ; Zirpbé vous devra la couronne Qui doit parer ses beaux cheveux Que la fraîcheur de votre ombrage Nous plaira sur la fin du jour !

Croissez : des fleurs l'amant volage Frémit dans les bois d'alentour.

Phébus se couche sans nuage; Et si demain un sombre orage

A UN MYRTE. aaJ

S'élève et gronde à son retour, Que l'oiseau qui lance la foudre.

En réduisant le cliéne en poudre , Respecte Tarbre de FAmour !

A MONSIEUR

LE CHEVALIER DE PARNY

Feuillancoor, 3o juin 1774.

Aa cap de Bonne-Espérance, Est-ce bien toi qui m'écris , Entre la bière et le riz, Le fromage et le Constance , D'aussi jolis vers qu'en France Et dans les murs de Paris ?

Quel est donc ce bon génie Qui t'accompagne en tous lieux , Et qui sur l'onde en furie.

Hélas I et loin de nos yeux.

Promenant sous divers cieux Et ta fortune et ta vie Dans le plus triste séjour, ^ Près du peuple à face noire.

Maudit du beau dieu du jour Et des filles de mémoire , Te fait rencontrer la gloire Et le plaisir et l'amour ?

Je remarque, mon cher ami, que tu es le pre»

mier poëte, depuis le Gamoëos, qui ait doublé ce fameux cap des Tempêtes , regardé si long-temps comme la dernière borne du monde vers le pôle austral. Mais le Camoëns ne dansa point de menuet à Rio-Janéiro avec la plus belle personne du Brésil. Trente ursulincs charmantes ne soulevèrent point un coin de leur voile pour le voir passer : enfin on ne lui jeta point le soir des bouquets par la fenêtre. H fuyait sa patrie , et tu vas revoir les lieux qui font vu naître. Il fut bientôt oublié sur les bords du Tage, et ton absence est sur les rives de la Seine Téternel objet de nos entretiens, de nos regrets et de nos craintes. La seule ressemblance que je trouve entre le Portugais et toi, c'est que vous fîtes tous deux , à quatre mille lieues de TEurope, vos plus aimables vers, et que tous deux vous vivrez toujours.

Ne fumant point et buvant peu , je sens que la société du Cap et la tournure de ses habitans doivent avoir très-peu d'attraits pour toi. Je leur passe d'avoir rassemblé dans leur magnifique jardin de la Compagnie les fleurs et les fruits des quatre parties du monde , et surtout de s'être procuré de l'ombrage sur un sol aride où il est si

nécessaire et si rare; mais je suis fort scandalisé (^es mœurs de ce pays: je ne conçois pas que les Hollandais attachent si peu d^importance à un baiser, qui parmi nous vaut la dernière faveur. Les malheureux ! en ne le défendant point, ils ont détruit tout son charme. Us ont anéanti les douces prémices de Tamour et son langage le plus passionné. Et conunent donc les femmes font-elles dans ce pays pour avouer qu*elles aiment, ou qu*eUes se sont assez défendues.^ Il est bien dur d'être obligé de tout décliner.

Nous sommes depuis trois semaines à Feuillancour, et tels à peu près que tu nous as laissés, si ce n'est que ton frère est devenu encore plus gourmand, et moi plus paresseux, depuis que nous avons été inoculés. Le soleil est à peu près au tiers de son cours lorsqu'on se lève; et pour remplir alors ce que nous nommons bravement la matinée, pn s'occupe de vers, de prose, de musique, et d'autres semblables bagatelles. Le soleil baisse; nos dames montent dans des calèches découvertes que nous conduisons nous-mêmes avec assez d'adresse; nous courons jouir, sur cette longue et superbe teiTasse de Saint-Germain , d'un des plus beaux aspects qui soient au monde , et nous nous

égarons dans les mille et une routes de cette forêt,

où fuyant la foule indiscrète Des invalides da canton »

Et tenant en main la musette Qu'à toi seul il légua, dit -on.

Le vif y le piquant Hamilton , Jadis sur un si nouveau ton, Clianta le Brochet et Nanette.

La soirée est terminée par un souper fort gai, et par des chants qui se prolongent fort avant dans la nuit.

Ainsi du nectar qui ruisselle

Des pressoirs de Beaune et d'Ârbois,

Nous humectons les petits pois

Que donne la saison nouveUe 1

Tandis que vers l'astre brillant

Qui se lève sur notre France,

Et qui par un don éclatant

D'abord signale sa puissance.

Après une longue soufi&ance.

Tous les coeurs remplis d'espérance

Se tournent en le bénissant:

Que plus loin vers la mer Baltique

On s'empresse de partager

Les deux tiers d'une république ,

Et le tout , pour la protéger :

23o A M. DE PARNY.

Qu'enfin les soldats de Russie En foule inondant la Tm-quie, Jurent de tondre Mustapha, Et de rendre à la Circassie Cent beautés qui , sur leur sopha , Passent bien tristement leur rie.

Et qui dans cet afireux séjour.

Si cher aux tyrans de l'Asie , Hélas ! n'ont point connu l'amour,.

Et connaissent la jalousie.

Adieu : je m'aperçois trop tard Que ma muse fort indiscrète.

Mettant toute fleur à l'écart. T'écrit une froide g-azette , Où de la ville et du rempart»

L'histoire amusante et secrète N'a pas même un article à paît.

Mais ma plume court ati hasard :

La gêner n'est pas mon système ; Entre nous, je ne veux point d'art;.

On est toujours un peu bavard Lorsqu'on écrit à ce qu'on aime.

A M. DE BONNARD. aSi

A MONSIEUR

LE CHEVALIER DE BONNARD

SUR soir ÉPÎTRE A LA RAÏS017.

Rival aimable de Boufflers, L'Amour, comme lai, vous inspire ; Vous faites d'aussi jolis vers , Et vous n'avez que le travers ^ De ne point assez les redire.

Qu'il doit être doux et charmant Le prix des chansons que vous faites !

Sans doute, aujourd'hui vingt coquettes Jugent de près votre talent.

Toujours volage, et toujours tendre, Chantez et trompez tour-à-tour Un sexe qui sait nous le rendre ; La raison ne vaut pas l'amour :

S'il faut finir par elle un jour, Du moins faites-la bien attendre !

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