‹ Œuvres complètes de Blaise PascalChapitre 22 sur 78 · AVEC CEUX D'AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

AVEC CEUX D'AUJOURD'HUI

laisse vieillir les chrétiens sans aucune connoissance de la grandeur de notre religion.

Quand l’instruction précédoit le baptême, tous étoient instruits; mais maintenant que le baptême précède l'instruction, l’enseignement qui étoit nécessaire est devenu volontaire, et ensuite négligé et presque aboli. La véritable raison de cette conduite est qu’on est persuadé de la nécessité du baptême, et on ne l’est pas de la nécessité de l’instruction. De sorte que quand l'instruction précédoit le baptême, la nécessité de lun faisoit que l’on avoit recours à l’autre nécessairement; au lieu que le baptême précédant aujourd'hui l'instruction, comme on a été fait chrétien sans avoir été instruit, on croit pouvoir demeurer chrétien sans SOUTONINSURULEE MR PER EE : PR ET ete Et qu’au lieu que les premiers chrétiens témoignoient tant de reconnoissance envers l’Église pour une grâce qu’elle n’accordoit qu’à leurs longues prières , ils témoignent aujourd’hui tant d’ingratitude pour cette même grâce, qu’elle leur accorde avant même qu'ils aient été en état de la demander. Et si elle détestoit si fort les chutes des premiers, quoique si rares, combien doit-elle avoir en abomination les chutes et rechutes continuelles des derniers. quoiqu’ils lui soient beaucoup plus redevables, puisqu'elle les a tirés bien plus tôt et bien plus libéralement de la damnation où ils étoient engagés par leur première naissance! Elle ne peut voir, sans gémir, abuser de la plus grande de ses grâces, et que ce qu’elle a fait pour assurer leur salut devienne l’occasion presque assurée dé leur/pertente ere MR ERP ER RS

SUR LA CONVERSION DU PÉCHEUR

La première chose que Dieu inspire à l’âme qu’il daigne toucher véritablement est une connoïissance et une vue toute extraordinaire par laquelle l'âme considère les choses et elle-même d’une façon toute nouvelle.

Cette nouvelle lumière lui donne de la crainte, et lui apporte un trouble qui traverse le repos qu’elle trouvoit dans les choses qui faisoient ses délices. Elle ne peut plus goûter avec tranquillité les choses qui la charmoient. Un scrupule continuel la combat dans cette jouissance, et cette vue intérieure ne lui fait plus trouver cette douceur accoutumée parmi les choses où elle s’abandonnoit avec une pleine effusion de cœur. Mais elle trouve encore plus d’amertume dans les exercices de piété que dans les vanités du monde. D'une part, la présence des objets visibles la touche plus que l’espérance des invisibles, et de l’autre la solidité des invisibles la touche plus que la vanité des visibles. Et ainsi la présence des uns et la solidité des autres disputent son affection, et la vanité des uns et l'absence des autres excitent son aversion ; de sorte qu'il naît dans elle un désordre et une confusion. . . . . . .

Elle considère les choses périssables comme périssantes et même déjà péries; et dans la vue certaine de l’anéantissement de tout ce qu’elle aime, elle s’effraye dans cette considération, en voyant que chaque

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instant lui arrache la jouissance de son bien, et que ce qui lui est le plus cher s'écoule à tout moment, et qu’enfin un jour certain viendra auquel elle se trouvera dénuée de toutes les choses auxquelles elle avoit mis son espérance. De sorte qu’elle comprend parfaitement que son cœur ne s'étant attaché qu’à des choses fragiles et vaines, son âme doit se trouver seule et abandonnée au sortir de cette vie, puisqu'elle n’a pas eu soin de se joindre à un bien véritable et subsistant par lui-même, qui püt la soutenir et durant et après cette vie.

De là vient qu’elle commence à considérer comme un néant tout ce qui doit retourner dans le néant, le ciel, la terre, son esprit, son corps, ses parens, ses amis, ses ennemis; les biens, la pauvreté; la disgrâce, la prospérité; l'honneur, l’ignominie; l'estime, le mépris; l'autorité, l’indigence; la santé, la maladie et la vie même. Enfin tout ce qui doit moins durer que son âme est incapable de satisfaire le désir de cette âme, qui recherche sérieusement à s'établir dans une félicité aussi durable qu’elle-même,

Elle commence à s'étonner de l’aveuglement où elle a vécu; et quand elle considère d’une part le long temps qu’elle a vécu sans faire ces réflexions, et le grand nombre de personnes qui vivent de la sorte, et de l’autre combien il est constant que l’âme, étant immortelle comme elle est, ne peut trouver sa félicité parmi des choses périssables, et qui lui seront ôtées au moins à la mort, elle entre dans une sainte confusion, et dans un étonnement qui lui porte un trouble bien salutaire. Car elle considère que quelque grand que soit le nombre de ceux qui vieillissent dans les maximes du monde, et quelque autorité que puisse avoir cette multitude d’exeniples de ceux qui posent leur félicité au monde, il est constant néanmoins que quand les choses du monde auroient quelque plaisir solide, ce qui est reconnu pour faux par un nombre infini d'expériences si funestes et si continuelles, il est inévitable que la perte de ces choses ou que la mort enfin nous en prive; de sortie que l’âme s’étant amassé des trésors de biens temporels, de quelque nature qu'ils soient, soit or, soit science, soit réputation, c’est une nécessité indispensable qu’elle se trouve dénuée de tous ces objets de sa félicité; et qu'ainsi, s'ils ont eu de quoi la satisfaire, ils n’auront pas de quoi la satisfaire toujours ; et que si c’est se procurer un bonheur véritable, ce n’est pas se proposer un bonheur bien durable, puisqu'il doit être borné avec le cours de cette vie. De sorte que par une sainte humilité, que Dieu relève au-dessus de la superbe, elle commence à s’élever au-dessus du commun des hommes; elle condamne leur conduite, elle déteste leurs maximes, elle pleure leur aveuglement; elle se porte à la recherche du véritable bien; elle comprend qu'il faut qu'il ait ces deux qualités : l’une qu’il dure autant qu’elle, et qu'il ne puisse lui être ôté que de son consentement, et l’autre qu’il n’y ait rien de plus aimable.

Elle voit que dans l’amour qu’elle a eu pour le monde elle trouvoit en lui cette seconde qualité dans son aveuglement; car elle ne reconnoissoit rien de plus aimable, Mais comme elle n'y voit pas la première, elle connoît que ce n’est pas le souverain bien. Elle le cherche donc ailleurs, et connoissant par une lumière toute pure qu’il n’est point dans

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les choses qui sont en elle, ni hors d’elle, ni devant elle (rien donc en elle ni à ses côtés), elle commence à le chercher au-dessus d’elle.

Cette élévation est si éminente et si transcendante, qu’elle ne s’arrête pas au ciel, il n’a pas de quoi la satisfaire; ni au-dessus du ciel, ni aux anges, ni aux êtres les plus parfaits. Elle traverse toutes les créatures, et ne peut arrêter son cœur qu’elle ne se soit rendue jusqu’au trône de Dieu, dans lequel elle commence à trouver son repos; et ce bien qui est tel qu’il n’y à rien de plus aimable, et qui ne peut lui être ôté que par son propre consentement. ‘Car encore qu'elle ne sente pas ces charmes dont Dieu récompense l'habitude dans la piété, elle comprend néanmoins que les créatures ne peuvent pas être plus aiïmables que le Créateur, et sa raison aidée des lurhières de la grâce lui fait connoître qu’il n’y à rien de plus aimable que Dieu, et qu’il ne peut être ôté qu’à ceux qui le rejettent, puisque c’est le posséder que de le désirer , et que le refuser C’est le perdre. Ainsi elle se réjouit d’avoir trouvé un bien qui ne peut pas lui être ravi tant qu’elle le désirera, et qui n’a rien au-dessus de soi.

Et dans ces réflexions nouvelles, elle entre dans la vue des grandeurs de son Créateur, et dans des humiliations et des adorations profondes. Elle s’anéantit en conséquence, et ne pouvant former d'elle-même une idée assez basse, ni en concevoir une assez relevée de ce bien souvefain, elle fait de nouveaux efforts pour se rabaisser jusqu'aux derniers abîmes du néant, en considérant Dieu dans des immensités qu’elle multiplie sans cesse. Enfin dans cette conception, qui épuise ses forces, elle l’adore en silence, elle se considère comme sa vile et inutile créature, et par ses respects réitérés l’adore et le bénit, et voudroit à jamais le bénir et l’adorer. Ensuite elle reconnoît la grâce qu’il lui a faite, de manifester son infinie majesté à un si chétif vermisseau; et après une ferme résolution d’en être éternellement reconnoissante, elle entre en confusion d’avoir préféré tant de vanités à ce divin maitre; et dans un esprit de componction et de pénitence elle a recours à sa pitié pour arrêter sa colère dont l’effet lui paroît épouvantable. Dans la vue de ces ARTE Te et 7 MODES one LAN ER EME Elle fait d’ardentes prières à Dieu pour obtenir de sa miséricorde que, comme il lui à plu de se découvrir à elle, il lui plaise de la conduire à lui ; et lui faire connoître les moyens dy arriver. Car comme c’est à Dieu qu'elle aspire, elle aspire encore à n’y arriver que par des moyens qui viennent de Dieu même, parce qu’elle veut qu’il soit lui-même son chemin, son objet et sa dernière fin. Ensuite de ces prières, elle commence d'agir, et cherche entre ceux. . 22 à 0 RONA Elle commence à connoître Dieu, et désire d’y arriver; mais comme elle ignore les moyens d’y parvenir, si son désir est sincère et véritable , elle fait la même chose qu’une personne qui désirant arriver en quelque lieu ; äyant perdu le Chemin, et connoissant son égarement, auroit recours à ceux qui sauroient parfaitement ce chemin. . . . . . ES Elle se résout de conformer à ses volontés le reste de sa vie; mais comme sa foiblesse naturelle, avec l'habitude qu'elle a aux péchés où elle à vécu, l'ont réduite dans Pimpuissance d'arriver à cette félicité

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elle implore de sa miséricorde les moyens d'arriver à lui, de s’attacher

Alui, d'yadhérer éternellements.0.# "ue Kane Li ue Ainsi elle reconnoît qu’elle doit adorer Dieu comme créature, lui rendre

grâce comme redevable, lui satisfaire comme coupable, le prier comme (GO EPS DRE RE LEE EL ere SEEN EUROS ASE

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