‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 153 sur 492 · XII. — A quoi j’ai répondu par ces vert. j · texte numérisé non relu

XII. — A quoi j’ai répondu par ces vert. j

Oui, Le Verrier, c’est là mon fidèle portrait;

Et le graveur en chaque trait A su très-finement tracer sur mon visage De tout faux bel esprit l’ennemi redouté.

Mais , dans les vers pompeux qu’au bas de cet ouvrage Tu me fais prononcer avec tant de fierté,

< . Brossette raconte qu’un graveur, désirant mettre quelques vers au bas d’un portrait de Boileau , pria ce pcëte de les composer luimême , et que celui-ci répondit : « Je ne suis ni assez fat pour dire du bien de moi, ni assez sot pour en dire du mal. » Cependant le même Brossette nous assure que Boileau est le véritable auteur des quatre vers n° xi : Au joug de la raison, etc.; et c’est d’ailleurs ce qu’on pourroit conclure d’une lettre écrite par le poète à son commentateur, le 6 mars <706. D'un autre côté , Boileau a fait semblant de se trouver trop loué dans ce quatrain : il va s’en plaindre dans la pièce n° xu.

POÉSIES DIVERSES

D’un ami de la vérité

Qui peut reconnoltre l’image?

XIII. — Sur le buste de marbre qu’a fait de moi M. Girardon, premier sculpteur du roi.

Grâce au Phidias 1 de notre âge ,

Me voilà sûr de vivre autant que l’univers;

Et ne connût-on plus ni mon nom ni mes vers,

Dans ce marbre fameux , taillé sur mon visage ,

De Girardon toujours on vantera l’ouvrage.

XIV. — Vers pour mettre au bas du portrait de Tavernier, le célèbre voyageur.

De Paris à Delhi*, du couchant à l’aurore,

Ce fameux voyageur courut plus d'une fois;

De l’Inde et de l’Hydaspe 5 il fréquenta les rois ,

Et sur les bords du Gange on le révère encore.

En tous lieux sa vertu fut son plus sûr appui ;

Et, bien qu’en nos climats .de retour aujourd’hui En foule à nos yeux il présente Les plus rares trésors que le soleil enfante ‘ ,

Il n’a rien rapporté de si rare que lui.

XV. — Vers pour mettre au bas d’un portrait de monseigneur le duc du Maine, alors enfant, et dont on avoit imprimé un petit volume de lettres, au-devant desquelles ce prince étoit peint en Apollon, avec une couronne sur la tête.

Quel est cet Apollon nouveau ,

Qui presque au sortir du berceau Vient régner sur notre Parnasse ?

Qu’il est brillant ! QÎt'il a de grâce I Du plus grand des héros je reconnois le fils.

Il est déjà tout plein de l’esprit de son père;

Et le feu des yeux de sa mère A passé jusqu’en ses écrits.

1. François Girardon , sculpteur, né à Troyes en <630, mort à Paris le l,r septembre <7<5, le même jour que Louis XIV.

2. Ville et royaume des Indes. (B.) — 3. Fleuvesdu même pays. (B.l 4. Il étoit revenu des Indes avec près de 3 millions de pierreries. (B.)

POÉSIES DIVERSES

XVI. — - Vers pour mcltre au baa du portrait de Mlle de Lamoignon.

Aux sublimes vertus nourrie en sa famille ,

Cette admirable et sainte fille En tous lieux signala son humble piété;

Jusqu’aux climats 1 où naît et finit la clarté,

Fit ressentir l’effet de ses soins secourables ,

Et jour et nuit pour Dieu pleine d’activité ,

Consuma son repos , ses biens et sa santé ,

A soulager les maux de tous les misérables.

XVII. — Vers pour mettre au bas du portrait de défunt M. Hamon,

médecin de Port-Rojal.

Tout brillant de savoir, d’esprit et d’éloquence.

Il courut au désert chercher l’obscurité,

Aux pauvres consacra ses biens et sa science ,

Et trente ans dans le jeûne et dans l’obscurité ,

Fit son unique volupté Des travaux de la pénitence.

XVIII. — Vers pour mettre sous le buste du roi, fait par Girardon, l'année que les Allemands prirent Belgrade.

C’est ce roi si fameux dans la paix , dans la guerre ,

Qui seul fait à son gré le destin de la terre.

Tout reconnoît ses lois , ou brigue son appui.

De ses nombreux combats le Rhin frémit encore;

Et l’Europe en cent lieux a vu fuir devant lui Tous ces héros si fiers , que l’on voit aujourd’hui Faire fuir l’Ottoman au delà du Bosphore.

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