XXII. — Épitaphe de M. Araauld, docteur de Sorbonne
Au pied de cet autel de structure grossière 1 ,
Gît sans pompe , enfermé dans une vile bière ,
Le plus savant mortel qui jamais ait écrit ;
Amauld , qui , sur la grâce instruit par Jésus-Christ ,
Combattant pour l’Église , a , dans l’Église même ,
Souffert plus d’un outrage et plus d’un anathème.
Plein du feu qu’en son cœur souffla l'esprit divin ,
11 terrassa Pélage , il foudroya Calvin ,
De tous les faux docteurs confondit la morale.
Mais , pour fruit de son zèle , on l’a vu rebuté ,
En cent lieux opprimé par leur noire cabale ,
Errant, pauvre, banni, proscrit, persécuté;
Et même par sa mort leur fureur mal éteinte N’auroit jamais laissé ses cendres en repos ,
Si Dieu lui-même ici de son ouaille sainte A ces loups dévorans n’avoit caché les os.
XX111. — A Mme la présidente de Lamoignon, sur le portrait du père Bourdaloue qu’elle m’avoit envoyé.
Du plus grand orateur dont la chaire se vante,
M’envoyer le portrait, illustre présidente,
4 . Antoine Amauld , mort en Flandre le 8 aeût 1694, dans sa quatrevingt-troisième année , est enterré dans un faubourg de Bruxelles , sous l’autel d’une petite chapelle.
POÉSIES DIVERSES
C’est me faire un présent qui vaut mille présens.
J’ai connu Bourdaloue, et dès mes jeunes ans Je fis de ses sermons mes plus chères délices.
Mais lui , de son côté lisant mes vains caprices ,
Des censeurs de Trévoux n’eut point pour moi les yeux.
Ma franchise surtout gagna sa bienveillance.
Enfin après Àrnauld, ce fut l’illustre en France Que j’admirai le plus et qui m’aima le mieux.