‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 181 sur 492 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CHAPELAIN

Oui l’a gagné sur toi l’avoit mieui mérité.

LA SERRE

Qui sait mieux composer en est bien le plus digne.

CHAPELAIN

En être refusé n’en est pas un bon signe.

LA SERRE

Tu l’as gagné par brigue étant vieux courtisan.

CHAPELAIN

L’éclat de mes grands vers fut mon seul partisan.

LA SERRE

Parlons-en mieux : le roi fait honneur à ton âge.

CHAPELAIN

Le roi, quand il en fait, le mesure à l’ouvrage.

LA SERRE

Et par là je devois emporter ces ducats.

CHAPELAIN

Qui ne les obtient point ne les mérite pas.

LA SERRE

Ne les mérite pas , moi ?

CHAPELAIN

Toi.

LA SERRE

Ton insolence ,

Téméraire vieillard, aura sa récompense.

(Il lui arrache sa perruque .\

CHAPELAIN

Achève , et prends ma tête après un tel affront ,

Le premier dont ma muse a vu rougir son front.

LA SERRE

Et que penses-tu faire avec tant de foiblesse ?

CHAPELAIN

O dieux I mon Apollon en ce besoin me laisse.

LA SERRE

Ta perruque est à moi , mais tu serois trop vain ,

Si ce sale trophée avoit souillé ma main.

Adieu ; fais lire au peuple , en dépit de Linière ,

De tes fameux travaux l’histoire toute entière :

D’un insolent discours ce juste châtiment Ne lui servira pas d’un petit ornement.

CHAPELAIN

Rends-moi donc ma perruque.

LA SERRE

Elle est trop malhonnête.

De tes lauriers sacrés va te couvrir la tète.

CHAPELAIN

Rends la calotte au moins.

CHAPELAIN DÉCOIFFÉ

LA SERRE

Va, va, tes cheveux d’ours Ne pourroient sur ta tête encor durer trois jours.

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