SCÈNE I
CHAPELAIN
Oui l’a gagné sur toi l’avoit mieui mérité.
LA SERRE
Qui sait mieux composer en est bien le plus digne.
CHAPELAIN
En être refusé n’en est pas un bon signe.
LA SERRE
Tu l’as gagné par brigue étant vieux courtisan.
CHAPELAIN
L’éclat de mes grands vers fut mon seul partisan.
LA SERRE
Parlons-en mieux : le roi fait honneur à ton âge.
CHAPELAIN
Le roi, quand il en fait, le mesure à l’ouvrage.
LA SERRE
Et par là je devois emporter ces ducats.
CHAPELAIN
Qui ne les obtient point ne les mérite pas.
LA SERRE
Ne les mérite pas , moi ?
CHAPELAIN
Toi.
LA SERRE
Ton insolence ,
Téméraire vieillard, aura sa récompense.
(Il lui arrache sa perruque .\
CHAPELAIN
Achève , et prends ma tête après un tel affront ,
Le premier dont ma muse a vu rougir son front.
LA SERRE
Et que penses-tu faire avec tant de foiblesse ?
CHAPELAIN
O dieux I mon Apollon en ce besoin me laisse.
LA SERRE
Ta perruque est à moi , mais tu serois trop vain ,
Si ce sale trophée avoit souillé ma main.
Adieu ; fais lire au peuple , en dépit de Linière ,
De tes fameux travaux l’histoire toute entière :
D’un insolent discours ce juste châtiment Ne lui servira pas d’un petit ornement.
CHAPELAIN
Rends-moi donc ma perruque.
LA SERRE
Elle est trop malhonnête.
De tes lauriers sacrés va te couvrir la tète.
CHAPELAIN
Rends la calotte au moins.
CHAPELAIN DÉCOIFFÉ
LA SERRE
Va, va, tes cheveux d’ours Ne pourroient sur ta tête encor durer trois jours.