L’Astrale, tragédie de Quinault
SATIRE III
Et déjà tout bouillant de vin et de colère.
« Peut-être, a dit l’auteur pâlissant de courroux :
Mais vous , pour en parler , vous y connoissez-vous ?
— Mieux que vous mille fois , dit le noble en furie.
— Vous? mon Dieul mêlez-vous de boire, je vous prie, » A l’auteur sur-le-champ aigrement reparti.
« Je suis donc un sot, moi? vous en avez menti, » Reprend le campagnard ; et , sans plus de langage ,
Lui jette pour défi son assiette au visage.
L’autre esquive le coup; et l’assiette volant S’en va frapper le mur, et revient en roulant.
A cet affront l’auteur , se levant de la table ,
Lance à mon campagnard un regard effroyable :
Et, chacun vainement se ruant entre deux,
Nos braves s’accrochant se prennent aux cheveux.
Aussitôt sous leurs pieds les tables renversées Font voir un long débris de bouteilles cassées :
En vain à lever tout les valets sont fort prompts,
Et les ruisseaux de vin coulent aux environs.
Enfin , pour arrêter cette lutte barbare ,
De nouveau l’on s’efforce , on crie , on les sépare ;
Et , leur première ardeur passant en un moment ,
On a parlé de paix et d’accommodement.
Mais , tandis qu’à l’envi tout le monde y conspire ,
J’ai gagné doucement la porte sans rien dire ,
Avec un bon serment que , si pour l’avenir En pareille cohue on me peut retenir ,
Je consens de bon cœur , pour punir ma folie ,
Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie ,
Qu’à Paris le gibier manque tous les hivers ,
Et qu’à peine au mois d’août l’on mange des pois verts.
SATIRE IY.