Pierre Daniel Huet, évêque d’Avranches, mort en
4. Jean Le Clerc, Génevois, né en 4 657, mort à Amsterdam en 4736 , auteur de la Bibliothèque universelle , de la Bibliothèque choisie, de la 'Bibliothèque ancienne et moderne. La lettre de Huet à Montausier est insérée dans le tome II de la Bibliothèque choisie , 4706.
aux instances de ses amis , et de plusieurs personnes distinguées par leur dignité , autant que par leur zèle pour la religion , qui le pressèrent de mettre par écrit ce qu’ils lui avoient ouï dire sur ce sujet, lorsqu’ils lui eurent représenté que c’étoit un grand scandale . qu’un homme fort décrié sur la religion s’appuyât de l’autorité d’un savant évêque, pour soutenir une critique qui paroissoit plutôt contre Moïse que contre Longin.
M. Despréaux se rendit enfin, et ce fut en déclarant qu’il ne vouloit point attaquer M. l’évêque d’Avranches, mais M. Le Clerc ; ce qui est religieusement observé dans cette dixième réflexion. M. d’Avranches étoit informé de tout ce détail , et il avoit témoigné en être content , comme en effet il avoit sujet de l’être.
Après cela , depuis la mort de M. Despréaux , cette lettre a été publiée dans un recueil de plusieurs pièces , avec une longue préface de M. l’abbé de T...’, qui les a ramassées et publiées, à ce qu’il assure , « sans la permission de ceux à qui appartenoit ce trésor. » On ne veut pas entrer dans le détail de ce fait : le public sait assez ce qui en est , et ces sortes de vols faits aux auteurs vivans ne trompent plus personne.
Mais supposant que M. l’abbé de T... qui parle dans la préface en est l’auteur , il ne trouvera pas mauvais qu’on l’avertisse qu’il n’a pas été bien informé sur plusieurs faits qu’elle contient. On ne parlera que de celui qui regarde M. Despréaux . duquel il est assez étonnant qu’il attaque la mémoire , n’ayant jamais reçu de lui que des honnêtetés et des marques d’amitié.
« M. Despréaux, dit-il, fit une sortie sur M. l’évêque d’Avranches avec beaucoup de hauteur et de confiance. Ce prélat se trouva obligé, pour sa justification , de lui répondre, et de faire voir que sa remarque étoit très-juste , et que celle de son adversaire n’étoit pas soutenable. Cet écrit fut adressé par l’auteur à M. le duc de Montausier, en l’année 1683, parce que ce fut chez lui que fut connue d’abord l’insulte qui lui avoit été faite par M. Despréaux; et ce fut aussi cher ce seigneur qu’on lut cet écrit en bonne compagnie , où les rieurs , suivant ce qui m’en est revenu , ne se trouvèrent pas favorables à un homme , dont la principale attention sembloit être de mettre les rieurs de son côté. »
On ne contestera pas que cette lettre ne soit adressée à feu M. le duc de Montausier, ni qu’elle lui ait été lue. Il faut cependant qu’elle ait été lue à petit bruit, puisque ceux qui étoient les plus familiers avec ce seigneur , et qui le voyoient tous les jours , ne l’en ont jamais ouï parler , et qu’on n’en a eu connoissance que plus de vingt ans après . par l’impression qui en a été faite en
t. Jean Mario de La Marque de Tilladet. né vers (660, mort à Paris en (7(5 , éditeur d'un Recueil de Dissertations sur diverses matières de religion et de philologie. Paris, 1712, 2 volumes in— 12.
SUR LONGIN
Hollande. On comprend encore moins quels pouvoisnt être les rieurs qui ne furent pas favorables à M. Despréaux, dans un point de critique aussi sérieux que celui-là. Car si l’on appelle ainsi les approbateurs de la pensée contraire à la sienne , ils 6 1 oient en si petit nombre , qu’on n’en peut pas nommer un seul de ceux qui de ce temps-là étaient à la cour en quelque réputation d’esprit ou de capacité dans les belles-lettres. Plusieurs personnes se souviennent encore que feu M. l’évêque de Meaux, feu M. l’abbé de Saint-Luc, M. de Court, M. de Labroüe, à présent évêque de Mirepoix, et plusieurs autres se déclarèrent hautement contre cette pensée , dès le temps que parut la Démonstration évangélique. On sait certainement et non pas par des oui-dire, que M. de Meaux et M. l’abbé de Saint-Luc en disoient beaucoup plus que n’en a dit M. Despréaux. Si on vouloit parler des personnes aussi distinguées par leur esprit que par leur naissance , outre le grand prince de Condé et les deux princes de Conti , ses neveux , il seroit aisé d’en nommer plusieurs qui n’approuvoient pas moins cette critique de M. Despréaux que ses autres ouvrages. Pour les hommes de lettres , ils ont été si peu persuadés que sa censure ' n’étoit pas soutenable, qu’il n’avoit paru encore aucun ouvrage sérieux pour soutenir l’avis contraire, sinon les additions de M. Le Clerc à la lettre qu’il a publiée sans la participation de l’auteur. Car Grotius 1 et ceux qui ont le mieux écrit de la vérité de la religion chrétienne, les plus savans commentateurs des livres de Moïse, et ceux qui ont traduit ou commenté Longin ont pensé et parlé comme M. Despréaux. Tollius’, qu’on n’accusera pas d’avoir été trop scrupuleux , a réfuté par une note ce qui se trouve sur ce sujet dans la Démonstration évangélique ; et les Anglois, dans leur dernière édition de Longin , ont adopté cette note. Le public n’en a pas jugé autrement depuis tant d’années , et une autorité telle que celle de M. Le Clerc ne le fera pas apparemment changer d’avis. Quand on est loué par des hommes de ce caractère , on doit penser à cette parole de Phocion, lorsqu’il entendit certains applaudissemens : « N’ai-je point dit quelque chose mal à propos? »
Les raisons solides de M. Despréaux feront assez voir que quoique M. Le Clerc se croie si habile dans la critique, qu’il en a osé donner des règles , il n’a pas été plus heureux dans celle qu’il a voulu faire de Longin que dans presque toutes les autres.
C’est aux lecteurs à juger de cette dixième réflexion de M. Despréaux , qui a un préjugé fort avantageux en sa faveur , puisqu'elle appuie l’opinion communément reçue parmi les savans, jusqu’à ce que M. d’Àvranches l’eût combattue. Le caractère épiscopal ne donne aucune autorité à la sienne , puisqu’il n’en étoit pas re-