‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 371 sur 492 · XXXI. — Au duc dh Noailles · texte numérisé non relu

XXXI. — Au duc dh Noailles

A Paris, 30 juillet <706.

Je ne sais pas, monseigneur, sur quoi fondé vous voulez qu’il y ait de l’équivoque dans le zèle et dans la sincère estime que j’ai toujours fait profession d’avoir pour vous. Avez-vous donc oublié que votre cher poète n’a jamais été accusé de dissimulation, et qu’enfin sa candeur (c’est lui-même qui le dit dans une de ses épîtres’) seule a fait tous ses vices ? Vous me faites concevoir que ce qui vous a donné cette mauvaise opinion de moi, c’est le peu de soin que j’ai eu depuis votre départ de vous mander des nouvelles de mon dernier ouvrage. Mais, tout de bon, monseigneur, croyez-vous qu’au milieu des grandes choses dont vous étiez occupé devant Barcelone, parmi le bruit des canons, des bombes et des carcasses, mes muses dussent vous aller demander audience , pour vous entretenir de mon démêlé avec l’Équivoque , et pour savoir de vous si je devois l’appeler maudit ou maudite? Je veux bien pourtant avoir failli; et puisque, même encore aujourd’hui , vous voulez résolûment que je vous rende compte de cette dernière pièce de ma façon , je vous dirai que je l’ai achevée immédiatement après votre départ, que je l’ai ensuite récitée à plusieurs personnes de mérite, qui lui ont donné des éloges auxquels je ne m’attendois pas; que Mgr le cardinal de Noailles surtout en a paru satisfait , et m’a même en quelque sorte offert son approbation pour la faire imprimer; mais que comme j’ai attaqué à force ouverte la morale des méchans casuistes . et que j’ai bien prévu l’éclat que cela alloit faire, je n’ai pas jugé à pro-

<• Adrien-Maurice de Noailles, mort en <7.66, h l'âge d’environ quatre-vingt-huit ans. C’est celui dont on a les Mémoires.

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