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I. Auteur de la Conjuration de f'eniie

Boileau 25

CORRESPONDANCE

commun : chacun en laisse le soin à son compagnon; ainsi personne n’y soigne, et il demeure au pillage.

Je vous mandois. le dernier jour, que j’ai travaillé à la Satire des femmes pendant huit jours; cela est véritable: mais il est vrai aussi que ma fougue poétique est passée presque aussi vite qu’elle est venue, et que je n’y pense plus à l’heure qu’il est. Je crois que lorsque j'aurai tout amassé , il y aura bien cent vers nouveaux d’ajoutés; mais je ne sais si je n’en ôterai pas bien vingt-cinq ou trente de la description du lieutenant et de la lieutenante criminelle C’est un ouvrage qui me tue par la multitude des transitions, qui sont, à mon sers, le plus difficile chef-d’œuvre de la poésie. Comme je m’imagine que vous avez quelque impatience d’en voir quelque chose, je veux bien vous en transcrire ici vingt ou trente vers; mais c’est à la charge que , foi d’honnête homme, vous ne les montrerez à âme vivante , parce que je veux être absolument maître d’en faire ce que je voudrai , et que d’ailleurs je ne sais s’ils sont encore en l’état où ils demeureront. Mais afin que vous en puissiez voir la suite, je vais vous mettre la fin de l’histoire de la lieutenante, de la manière que je l’ai achevée.

Mais peut-être j’invente une fable frivole.

Soutiens donc tout Paris, qui, prenant la parole,

Sur ce sujet encor de bons témoins pourvu,

Tout prêt à le prouver, te dira : Je l’ai vu.

Vingt ans j’ai vu ce couple , uni d’un même vice .

A tous mes habitâns montrer que l’avarice Peut faire dans les biens trouver la pauvreté ,

Et nous réduire à pis que la mendicité.

Deux voleurs qui chez eux. pleins d’espérance, entrèrent. Enfin un beau matin tous deux les massacrèrent :

Digne et funeste fruit du nœud le plus affreux Dont l’hymen ait uni jamais deux malheureux.

Ce récit passe un peu l’ordinaire mesure;

Mais un exemple enfin si digne de censure Peut-il dans lu satire occuper moins de mots?

Chacun sait son métier. Suivons notre propos.

Nouveau prédicateur, aujourd’hui . je l’avoue.

Vrai disciple, ou plutôt singe de Bourdaloue,

Je me plais à remplir mes sermons de portraits.

En voilà déjà trois peints d’assez heureux traits :

La louve , la coquette , et la parfaite avare.

11 faut y joindre encor la revêche bizarre,

Qui sans cesse, d’un ton par la colère aigri,

Gronde , choque , dément , contredit un mari ,

1 . Tardieu et sa femme, assassinés par des voleurs dans leur maison, quai des Orfèvres, le 2* août 1005.

Qui dans tous ses discours par quolibets s’exprime,

A toujours dans la bouche un proverbe, une rime.

Et d’un roulement d’yeux aussitôt applaudit Au mot aigrement fou qu’au hasard elle a dit.

Il n’est point de repos ni de paix avec elle :

Son mariage n’est qu’une longue querelle.

Laisse-t-elle un moment respirer son époux,

Ses valets sont d’abord l’objet de son courroux:

Et, sur le ton grondeur lorsqu’elle les harangue.

Il faut voir de quels mots elle enrichit la langue !

Ma plume ici, traçant ces mots par alphabet,

Pourroit d’un nouveau tome augmenter Richelet.

Tu crains peu d’essuyer cette étrange furie :

En trop bon lieu , dis-tu , ton épouse nourrie ,

Jamais de tels discours ne te rendra martyr.

Mais, eût-elle sucé la raison dans Saint-Cyr,

Crois-tu que d’une fille humble, honnête, charmante, L’hymen n’ait jamais fait de femme extravagante T Combien n’a-t-on point vu de Philts aux doux yeux,

Avant le mariage, anges si gracieux,

Tout à coup se changeant en bourgeoises sauvages,

Vrais démons, apporter l’enfer dans leurs ménages,

Et, découvrant l’orgueil de leurs rudes esprits,

Sous leur fontange altière asservir leurs maris?

En voilà plus que je ne vous avois promis. Mandez -moi ce que vous y aurez trouvé de fautes plus grossières.

J’ai envoyé des pêches à Mme de Caylus, qui les a reçues, m’a-t-on dit, avec de grandes marques de joie. Je vous donne le bonsoir, et suis tout à vous.

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