I . L’abbé Jacques Boileau , frère de Detpréaux
CORRESPONDANCE
noissance et de celle de M. le doyen et de MM. Dongois'. Voilà, mon cher monsieur, où la chose en est. Le reste est entre les mains du bon Dieu, qui peut-être inspirera le roi en notre faveur. Nous en saurons demain davantage.
Quant à nos ordonnances , M. de Pontchartrain me promit qu’il nous les feroit payer aussitôt après le départ du roi. C’est à vous de faire vos sollicitations, soit par M. de Pontchartrain le fils, soit par M. l’abbé Bignon. Croyez-vous que vous fissiez mal d’aller vous-même une fois chez lui ? Il est bien intentionné ; la somme est petite : enfin , on m'assure qu’il faut presser , et qu’il n’y a pas un moment à perdre. Quand vous aurez arraché cela de lui, il ne vous en voudra que plus de bien. 11 faudrait aussi voir ou faire voir M. de Bie, qui est le meilleur homme du monde, et qui le feroit souvenir de vous quand il fera l’état de distribution.
Au reste, j’ai été oLligé de dire ici , le mieux que j’ai pu, quelques-uns des vers de votre satire à M. le Prince. Kosti hominem. Il ne parle plus d’autre chose , et il me les a redemandés plus de dix fois. M. le prince de Conti voudrait bien que vous m’envoyassiez l’histoire du lieutenant criminel, dont il est surtout charmé. M. le Prince et lui ne font que redire les deux vers : La mule et Us chevaux au marché, le vous conseille de m’envoyer tout cet endroit, et quelques autres morceaux détachés, si vous pouvez : assurez-vous qu’ils ne sortiront point de mes mains. M. le Prince n’est pas moins touché de ce que j’ai pu retenir de votre ode. Je ne suis point surpris de la prière que M. de Pontchartrain le fils vous a faite en faveur de Fontenelle. Je savois bien qu’il avoit beaucoup d’inclination pour lui, et c’est pour cela même que M. de La Loubère1 n’en a guère; mais enfin vous avez très-bien répondu , et pour peu que Fontenelle se reconnoisse , je vous conseillerais aussi de lui faire grâce : mais, à dire vrai, il est bien tard, et la stance a fait un furieux progrès1.
4. L’abbé Dongois, et Antoine Dongois, greffier de la grand 'chambre du Parlement de Paris, neveux de Boileau et frères de Mme de La Chapelle.
1. La Loubère, membre de l'Académie par la grâce de MM. de Pontchartrain.
3. Boileau se rendit aux instances de M. de Pontchartrain le Ois , et supprima de l’Ode sur la prise de Namur la strophe suivante qui devoit être la seconde •
Un torrent dans les prairies Roule à flots précipités;
Malherbe, dans ses furies,
Marche à pas trop concertés.
J’aime mieux, nouvel Icare,
Dans les airs suivre Pindare,
Tomber du ciel le plus haut ,
Que, loué de Fontenelle,
Raser, timide hirondelle,
. La terre comme Perrault.
DK BOILEAU ET DE RACINE. ÜM
Je n’ai pas le temps d’écrire ce matin à M. de La Chapelle. Ayez la bonté de lui dire que tout ce qu’il a imaginé, et vous aussi, sur Tordre de Saint-Louis, me paroît fort beau ; mais que pour moi je voudrois simplement mettre pour type la croix même de Saint-Louis, et la légende Ordo militaris' , etc. Chercherons-nous toujours de l’esprit dans les choses qui en demandent le moins? Je vous écris tout ceci avec une rapidité épouvantable, de peur que la poste ne soit partie.
Il fait le plus beau temps du monde. Le roi , qui a une fluiion sur la gorge, se porte bien : ainsi nous serons bientôt en campagne. Je vous écrirai plus à loisir avant que de sortir du Quesnoi.