‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 70 sur 492 · Le Tanaïs est un fleuve du pays des Scythes. (B · texte numérisé non relu

Le Tanaïs est un fleuve du pays des Scythes. (B

3. Composé en 0)0 , lorsque Boileau préparoit une nouvelle édition de ses ouvrages.

quoiqu’à mes heures perdues , il y a environ cinq ans 1 , j'eusse encore fait contre Y équivoque une satire que tous ceux à qui je l’ai communiquée ne jugeoient pas inférieure à mes autres écrits, bien loin de la publier, je la tenois soigneusement cachée, et je ne croyois pas que, moi vivant, elle dût jamais voir le jour. Ainsi donc , aussi soigneux désormais de me faire oublier , que j’avois été autrefois curieux de faire parler de moi , je jouissois , à mes infirmités près , d’une assez grande tranquillité , lorsque tout d’un coup j’ai appris qu’on débitoit dans le monde , sous mon nom , quantité de méchans écrits, et entre autres une pièce en vers contre les jésuites , également odieuse et insipide , et où l’on me faisoit, en mon propre nom, dire à toute leur société les injures les plus atroces et les plus grossières. J’avoue qne cela m’a donné un très-grand chagrin : car, bien que tous les gens sensés aient connu sans peine que la pièce n’étoit point de moi, et qu’il n’y ait eu que de très-petits esprits qui aient présumé que j’en pouvois être l’auteur , la vérité est pourtant que je n’ai pas regardé comme un médiocre affront de me voir soupçonné , même par des ridicules , d’avoir fait un ouvrage si ridicule.

J’ai donc cherché les moyens les plus propres pour me laver de cette infamie ; et , tout bien considéré , je n’ai point trouvé de meilleur expédient que de faire imprimer ma satire contre l’j£qutvoque; parce qu’en la lisant, les moins éclairés même de ces petits esprits , ouvriraient peut-être les yeux , et verraient manifestement le peu de rapport qu’il y a de mon style , même en l’àge où je suis , au style bas et rampant de l’auteur de ce pitoyable écrit. Ajoutez à cela que je pouvois mettre à la tête de ma satire en la donnant au public un avertissement en manière de préface, où je me justifierais pleinement et tirerais tout le monde d’erreur. C’est ce que je fais aujourd’hui ; et j’espère que le peu que je viens de dire produira l’effet que je me suis proposé. Il ne me reste donc plus maintenant qu’à parler de la satire pour laquelle est fait ce discours.

Je l’ai composée par le caprice du monde le plus bizarre , et par une espèce de dépit et de colère poétique , s’il faut ainsi dire , qui me saisit à l’occasion de ce que je vais raconter. Je me promenois dans mon jardin à Auteuil , et rêvois en marchant à un poème que je voulois faire contre les mauvais critiques de notre siècle. J’en avois même déjà composé quelques vers , dont j’étois assez content. Mais voulant continuer , je m’aperçus qu’il y avoit dans ces vers une équivoque de langue ; et m’étant sur-le-champ mis en devoir de la oorriger , je n’en pus jamais venir à bout. Cela m’irrita de telle manière, qu’au lieu de m’appliquer davantage à réformer cette équivoque , et de poursuivre mon poème contre les faux critiques , la folle pensée me vint de faire contre l’équivoque même une sa-

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