RIEN N’EST BEAU QUE LE VRAI
Dangereux ennemi de tout mauvais flatteur,
Seignelay 1 , c’est en vain qu’un ridicule auteur ,
Prêt à porter ton nom de l’Èbre1 jusqu’au Gange1,
Croit te prendre aux filets d’une sotte louange.
Aussitôt ton esprit, prompt à se révolter,
S’échappe, et rompt le piège où l’on veut l’arrêter.
Il n’en est pas ainsi de ces esprits frivoles Que tout flatteur endort au son de ses paroles ;
Qui , dans un vain sonnet , placés au rang des dieux .
Se plaisent à fouler l’Olympe radieux ;
Et, fiers du haut étage où La Serre4 les loge,
Avalent sans dégoût le plus grossier éloge.
Tu ne te repais point d’encens à si bas prix.
Non que tu sois pourtant de ces rudes esprits Qui regimbent toujours, quelque main qui les flatte :
Tu souffres la louange adroite et délicate ,
Dont la trop forte odeur n’ébranle point le3 sens •
Mais un auteur novice à répandre l’encens Souvent à son héros , dans un bizarre ouvrage ,
Donne de l’encensoir au travers du visage ,
Va louer Monte rey1 d’Oudenarde forcé*,
Ou vante aux Electeurs Turenne repoussé ».
Tout éloge imposteur blesse une âme sincère.
Si , pour faire sa cour à ton illustre père ,
Seignelay , quelque auteur , d’un faux zèle emporté ,
Au lieu de peindre en lui la noble activité,
La solide vertu , la vaste intelligence ,
Le zèle pour son roi, l’ardeur, la vigilance,
4. Jean-Baptiste Colbert, ministre et secrétaire d’Etat, mort en (690, Dis de Jean-Baptiste Colbert, ministre et secrétaire d'État. (B.)