‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 95 sur 492 · RIEN N’EST BEAU QUE LE VRAI · texte numérisé non relu

RIEN N’EST BEAU QUE LE VRAI

Dangereux ennemi de tout mauvais flatteur,

Seignelay 1 , c’est en vain qu’un ridicule auteur ,

Prêt à porter ton nom de l’Èbre1 jusqu’au Gange1,

Croit te prendre aux filets d’une sotte louange.

Aussitôt ton esprit, prompt à se révolter,

S’échappe, et rompt le piège où l’on veut l’arrêter.

Il n’en est pas ainsi de ces esprits frivoles Que tout flatteur endort au son de ses paroles ;

Qui , dans un vain sonnet , placés au rang des dieux .

Se plaisent à fouler l’Olympe radieux ;

Et, fiers du haut étage où La Serre4 les loge,

Avalent sans dégoût le plus grossier éloge.

Tu ne te repais point d’encens à si bas prix.

Non que tu sois pourtant de ces rudes esprits Qui regimbent toujours, quelque main qui les flatte :

Tu souffres la louange adroite et délicate ,

Dont la trop forte odeur n’ébranle point le3 sens •

Mais un auteur novice à répandre l’encens Souvent à son héros , dans un bizarre ouvrage ,

Donne de l’encensoir au travers du visage ,

Va louer Monte rey1 d’Oudenarde forcé*,

Ou vante aux Electeurs Turenne repoussé ».

Tout éloge imposteur blesse une âme sincère.

Si , pour faire sa cour à ton illustre père ,

Seignelay , quelque auteur , d’un faux zèle emporté ,

Au lieu de peindre en lui la noble activité,

La solide vertu , la vaste intelligence ,

Le zèle pour son roi, l’ardeur, la vigilance,

4. Jean-Baptiste Colbert, ministre et secrétaire d’Etat, mort en (690, Dis de Jean-Baptiste Colbert, ministre et secrétaire d'État. (B.)

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