‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 98 sur 492 · J RO · texte numérisé non relu

J RO

les fera pas trouver mauvaises. Le public n’est pas un juge que l’on puisse corriger, ni qui se règle par les passions d’autrui. Tout ce bruit, tous ces écrits qui se font ordinairement contre des ouvrages où l’on court , ne servent qu’à y faire encore plus courir, et à en mieux marquer le mérite. Il est de l’essence d’un bon livre d’avoir des censeurs; et la plus grande disgrâce qui puisse arriver à un écrit qu’on met au jour, ce n’est pas que beaucoup de gens en disent du mal , c’est que personne n’en dise rien.

Je me garderai donc bien de trouver mauvais qu’on attaque mes trois épîtres. Ce qu’il y a de certain, c’est que je les ai fort travaillées, et principalement celle de l’amour de Dieu, que j’ai retouchée plus d’une fois, et où j’avoue que j’ai employé tout le peu que je puis avoir d'esprit et de lumières. J’avois dessein d’abord de la donner toute seule, les deux autres me paroissant trop frivoles pour être présentées au grand jour de l’impression avec un ouvrage si sérieux : mais des amis très-sensés m’ont fait comprendre que ces deux épîtres, quoique dans le style enjoué, étoient pourtant des épîtres morales , où il n’étoit rien enseigné que de vertueux; qu 'ainsi étant liées avec l’autre, bien loin de lui nuire, elles pourroient même faire une diversité agréable; et que d’ailleurs beaucoup d’honnêtes gens souhaitant de les avoir toutes trois ensemble, je ne pouvois pas avec bienséance me dispenser de leur donner une si légère satisfaction. Je me suis rendu à ce sentiment, et on les trouvera rassemblées ici dans un même cahier. Cependant comme il y a des gens de piété qui peut-être ne se soucieront guère de lire les entretiens que je puis avoir avec mon jardinier et avec mes vers , il est bon de les avertir qu’il y a ordre de leur distribuer à part la dernière, savoir celle qui traite de l’amour de Dieu ; et que non-seulement je ne trouverai pas étrange qu’ils ne lisent que celle-là, mais que je me sens quelquefois moi-même en des dispositions d’esprit où je voudrois de bon cœur n’avoir de ma vie composé que ce seul ouvrage, qui vraisemblablement sera la dernière pièce de poésie qu’on aura de moi ; mon génie pour les vers commençant à s’épuiser, et mes emplois historiques ne me laissant guère le temps de m’appliquer à chercher et à ramasser des rimes.

Voilà ce que j’avois à dire aux lecteurs. Avant néanmoins que de finir cette préface, il ne sera pas hors de propos, ce me semble, de rassurer des personnes timides, qui, n’ayant pas une fort grande idée de ma capacité en matière de théologie, douteront peut-être que tout ce que j’avance en mon épître soit fort infaillible, et appréhenderont qu’en voulant les conduire je ne les égare. Afin donc qu’elles marchent sûrement , je leur dirai , vanité à part , que j’ai lu plusieurs fois cette épître à un fort grand nombre de docteurs de Sorbonne , de pères de l’Oratoire et de jésuites très-célèbres, qui tous y ont applaudi, et en ont

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