CHAPITRE VI
Du pouls des excrétions critiques de la poitrine , ou pectoral simple.
Ce pouls est important à connoitre et fort commun , parce que les excrétions de la poitrine sont très-fréquentes , et que ces excrétions doiveïît être ménagées avec plus de précaution que toutes les autres.
Le pouls pectoral simple # annonce l’excrétion critique de la poitrine; il accompagne toujours cette excrétion lorsqu’elle est complète et bien critique , c’est-à-dire , qu’elle n’est dérangée par aucune autre excrétion qui fasse plus d’impression sur le pouls , °u par quelque autre modification dont il peut être susceptible :
(i) Voyez les chapitres XVII et XXIV.
27ô RECHERCHES
le pouls pectoral ne cesse pas toujours , quoique l’excrétion «oit déjà faite } et c’est alors , ordinairement , une marque que cette excrétion n’est pas complète ; c’est ce qu’il a de commun avec les autres pouls critiques.
Ces diverses circonstances du pouls pectoral , paraissent former trois états particuliers , qui dans le fond ne diffèrent entre eux que par le plus ou le moins de facilité de l’effort critique} ces différences sont assez aisées à comprendre et à observer , pour qu’il soit nécessaire d’en faire un examen plus particulier. Le point principal est de bien différencier le pouls pectoral d’avec les autres espèces de pouls critiques.
S’il en est quelqu’un avec lequel on puisse le confondre , c’est le pouls guttural , et ensuite le nasal ; mais cette méprise ne seroit pas d’une grande conséquence } elle pourrait être plus dangereuse si elle se faisoit avec les pouls inférieurs ; ce qui ne peut ordinairement arriver que par un défaut d’attention de la part de l’observateur.
Les caractères distinctifs et invariables du pouls pectoral simple • et bien déclaré , sont les suivans : il est mou, plein , dilaté ; ses , pulsations sont égales ; on sent dans chacune une espèce d’ondulation, c’ est-à-dire que la dilatation de l’artère se fait en deux fois , mais avec une aisance, une mollesse et une douce force d’ oscillations qui ne permettent pas de confondre cette espèce de pouls avec les autres.
Il s’agit à présent de constater ces caractères par les observations qui les ont fait connoître ; on se contentera , dans les observations où l’on n’aura pour objet que d’exposer les caractères distinctifs des pouls simples , de rapporter seulement les détails qui prouveront l’existence de ces pouls simples ; et ce ne sera qu’après avoir parlé des pouls compliqués , qu’on placera des observations propres à faire juger des avantages ou des inconvéniens des différentes méthodes de traitement.
Obs. I. Une jeune fille naturellement bien constituée , quiétoit vers le onzième jour d’une fièvre continue, avec des redoublemens , étoit dans l’usage du quinquina à petite dose, et on avoit fait précéder les remèdes convenables à la maladie} c’est dans ce temps-là que je fus appelé pour la premièrè fois : ayant trouve le pouls pectoral assez déclaré , je fus d’avis de supprimer l’usage du quinquina.
On m’objecta qu’il n’y avoit ni toux , ni point de coté , ni difficulté de respirer : le pouls , tâté à plusieurs reprises , m’ayant toujours paru décisivement pectoral, c’est-à-dire, mou, plein, fréquent, redoublé, se soutenant dans cet état, je persistai dans mon avis , et j’annonçai que bientôt ( i ) la malade cracherait » des matières cuites et comme purulentes , ce qui termineroit la maladie.
Deux jours après , c’étoit vers le quatorzième jour de la maladie , la malade eut une extinction de voix qui dura trois jours}
(i) On trouvera dans la suite de cet ouvrage , des remarques au sujet du temps auquel doivent arriver les excrétions annoncées par le pouls.
elle toussa beaucoup et cracha fort abondamment; la maladie fut terminée vers le vingt.
Obs. II. Fièvre continue , avec des redoublemens , dans un jeune homme assez bien constitué ; plusieurs saignées et purgations qui paroissoient avoir été placées à propos , n’avoient apporté aucun changement notable ; le pouls avoit été convulsif et non critique , pendant les treize premiers jours ; il se développa vers le quatorzième , et devint pectoral ; le ventre se bouffit un peu; des évacuations produites par des apozèmes purgatifs se supprimèrent.
J’annonçai que la maladie se termineroit par des crachats peutêtre purulens : trois jeunes médecins , témoins de ce pronostic , déclarèrent qu’ils en doutoient beaucoup , parce qu’il n’y avoit point de toux, et que rien n’indiquoit que la poitrine fût engagée. Trois jours se passèrent sans presque aucune évacuation du ventre , et avec peu d’urines; le pouls demeura pectoral, quoique avec de fréquentes interruptions, mais légères; vers le dix-huitième jour de la maladie il survint une toux violente ; les crachats furent très-abondans et un peu suspects pendant plusieurs jours : la maladie fut terminée , quoique imparfaitement.
Obs. II J. Le pouls étant plein, mou , redoublé , point trop fréquent, et par conséquent pectoral dès le quatrième jour d’une fièvre légère dans un sujet de moyen âge , je jugeai que la crise ne tarderoit pas à se faire par les crachats ; ils viennent en assez grande quantité dès le sixième jour; ils sont cuits , quoiqu’un peu sanguinolens ; le pouls sè soutient pectoral , quoique souvent compliqué avec le pouls inférieur, jusqu’au dixième jour; alors il devient inférieur décidé; la bile coule abondamment, et le malade entre en convalescence.
Obs. IV. Fluxion catarrheuse avec fièvre , et toux assez vive dans un vieillard : le pouls est convulsif et non critique pendant les quatre premiers jours; alors il se développe , il s étend , il se ramollit , il devient redoublé avec une égalité et une plénitude marquées ; il est pectoral : j’annonçai les crachats, qui furent trèsabondans , muqueux et presque puriformes , à commencer du cinquième et sixième jour jusque vers le onzième ; le ventre fut resserré pendant ce temps-jà; le pouls cessa d’être pectoral , le ventre devint libre , et la maladie fut terminée.
Obs. V. Fluxion de poitrine avec crachement de sang au cinquième jour , dans un homme de moyen âge ; des symptômes elfrayans dans le sixième ; du septième au huitième le pouls devient pectoral ; les crachats viennent ensuite fort épais , abondans , et ils sont rendus avec aisance ; le pouls cesse d’être pectoral , le ventre s’ouvre, les évacuations sont abondantes, les crachats semblent épuisés ; mais le pouls se relevant de nouveau , se développant davantage , et redevenant pectoral , ce qui arrive dans l’intervalle du quatorzième jour au vingtième , les crachats reparoissent , et la maladie se termine par là.
On pourroit rapporter beaucoup d’observations pareilles à celles- <*i , et faites dans des sujets de diffère ns ^ges et de différentes com-
plexions , par lesquelles on verroit que de pareils changemens du pouls ont été le symptôme le plus fixe : il est même essentiel de remarquer que cette marche du pouls s’est non - seulement sou, tenue dans des sujets différens d’âge et de complexion , mais même avec différentes méthodes de traitement , lorsque ces méthodes n’ont pas été trop actives.
Obs. VI. Le pouls est bien évidemment pectoral , plein , redoublé, mou , égal et ondulant avec liberté , du dixième au onzième jour d’une fièvre continue ; les crachats , qu’on avoit jugé devoir arriver vers le quatorzième , arrivent en effet ; il sont épais , cuits abondans , et ils terminent la maladie.
Obs. VII. Une femme dont les vidanges alloient très-bien trois jours après ses couches , avoit le pouls inférieur, comme cela est assez ordinaire (.1) ; les vidanges s’arrêtèrent, le pouls devint quelque temps après , redoublé dans chaque pulsation , souple, plein, égal , c’est-à-dire pectoral ; la malade cracha du onzième au quatorzième jour une prodigieuse quantité d’humeurs glaireuses , comme purulentes, et sa poitrine resta long-temps affectée : le pouls eut quelque chose de pectoral jusqu’à ce que les règles s’étant bien décidées , il redevint inférieur, et la maladie fut terminée.
Obs. VIII. Deux malades qui ont craché des vomiques , ont eu constamriient, pendant le cours de leurs maladies, le pouls redoublé, plein, pectoral , mais avec une dureté considérable. On voit bien que cette dureté a dû être la suite de l’état dé irritation essentielle à de pareilles maladies. ( Voyez les chapitres des pouls coin* pliqués.)'-',
Obs. IX. Le pouls pectoral pendant plusieurs jours dans des maladies graves , et dans des complexions et des âges différens; il arrive vers le onzième ou vers le quatorzième jour , que ce pouls se complique avec le pouls d’irritation ; les crachats mal conditionnés viennent quelquefois abondamment du vingt au ving-cinq ou environ , mais les malades sont morts après cette expectoration : ces exemples malheureusement ne sont pas rares , et sont allégués ici pour prouver que les crachats sont presque toujours précédés du pouls pectoral.
Obs. X. Un enfant auquel on avoit fait l’ opération de la taille, et dpnt le pouls fut d’abord convulsif, comme cela est ordinaire , eut , vers le sixième jour de l’opération , le pouls dilaté , redoublé , pectoral ; il cracha les jours suivans beaucoup de matières épaisses , et il guérit : au lieu qu’un adulte qui avoit aussi souffert l’opération de la taille , et dont le pouls devint pectoral , mais compliqué avec un pouls très -convulsif, mourut en crachant des matières purulentes.
Obs. XI. Un soldat reçut un coup d’épée qui lui blessa le poumon droit ; le pouls fut , pendant quelque temps , dans l’état d’irritation , il se ramollit, ensuite il devint plein , redoublé ,
(i) Voyez chapitre XII.
SUR LE POULS. a73
comme ondulant ; il fut pectoral décidé , et les crachats , qui avoient été sanguinolens pendant les premiers temps , furent bien liés et bien cuits j le pouls redevint convulsif , les crachats furent purulens , et le malade mourut vers le trentième jour.
Obs. XII. Un hydropique dans lequel tout le tissu cellulaire étoit engorgé , sans qu’il y eût des signes d’épanchement dans aucune des cavités , avoit le pouls vif , petit , fréquent , peu régulier , c’est-à-dire convulsif ; le malade eut un point de côté et cracha du sang ) le pouls se développa , devint pectoral, et fut suivi de l’expectoration d’une grande quantité de matières muqueuses, pu ri formes , le malade mourut long-temps après , hydropique de poitrine.
Obs. XIII. Le pouls est tâté à différentes reprises à plus de trente malades, devant des personnes curieuses de vérifier l’existence du pouls pectoral ; ces malades sont la plupart vers la fin de la maladie , du quatorze au vingt-cinq j leur'pouls est bien pectoral, plein, moelleux , redoublé avec souplesse, aisé ou libre dans ses xnouvemens , constant, égal dans toutes ses. pulsations ; leurs crachoirs sont pleins de matière grasse , cuite , comme purulente ; la plupart de ces malades ont le Centre serré.,
Les observations qu’on vient de lire , suffisent pour établir l’existence et le caractère distinctif du pouls pectoral ; on voit comment ce pouls , lorsqu’il est bien déclaré , est constamment suivi de l’excrétion des crachats : mais il est bon de remarquer qu’il ne faut pas s’attendre à trouver ces espèces d’observations les mêmes dans toutes lengs circonstances que celles qu’on vient de rapporter.
D’ailleurs , on ne sauroit espérer de saisir exactement toutes ces circonstances dans les premières tentatives qu’on fera de cette manière d’observer j ce n’est qu’après s’en être formé l’habitude qu’on parvient à distinguer heureusement les cas simples et les compliqués , ainsi que toutes les nuances ou les différences qui seront exposées dans cet ouvrage.