CHAPITRE XVIII
De la combinaison des pouls supérieurs.
Toutes les espèces de pouls supérieurs se trouvent quelquefois ensemble dans la même maladie , et même dans un seul redoublement , en se succédant à de plus ou moins grands intervalles.
On pourroit présumer, d’après beaucoup d’observations, que le mélange ou l’union de tous ces pouls , indique que dans certaines maladies le corps du tissu cellulaire et vasculeux qui se trouve depuis le diaphragme jusqu’à la tête, est généralement affecté y il résulteroit de là que les mouvemens critiques peuvent se déterminer successivement dans les différentes portions de ce tissu : c’est ce qui donne lieu de croire , en ne raisonnant que sur les apparences , que la maladie passe d’une partie à une autre.
Venons à la manière dont les pouls supérieurs se trouvent le plus ordinairement combinés dans les maladies légères ou peu graves : un pouls composé du pectoral et du nasal sera celui dont quelques pulsations auront le rebondissement et la mollesse propres au pectoral, et d’autres le rebondissement et la roideur propres au nasal. Qu’il y ait plusieurs pulsations propres au pouls pectoral , sur peu de celles qui appartiennent au pouls nasal, que ces pulsations particulières se répètent plus ou moins souvent , le pouls n’est pas moins réellement composé ; il s’en suivra seulement qu’une de ces excrétions sera plus décidée ou plus abondante que l’autre.
Il peut aussi arriver que le pouls se soutiendra pectoral , par exemple, -l’espace de vingt-quatre heures, ou de beaucoup moins, et qu’il deviendra ensuite nasal dans les mêmes proportions $ ces espèces de pouls n’en sont pas à moins juste titre dans la classe des composés.
Les compositions doivent être sujettes à beaucoup de variations , selon la disposition du sujet , la nature de la maladie et la méthode du traitement. Les observations suivantes fourniront plusieurs exemples de ces combinaisons.
Obs. XCII. Erysipèle au visage , avec fièvre continue , dans un jeune homme bien constitué : malgré deux saignées du pied , faites au deuxième et au troisième jour , le «pouls devient nasal vers le quatrième } il se déclare presque en même temps un saignement
SUR LE POULS. 3n
de nez , qui dure jusque vers le sixième; alors on trouve dans le pouls quelques dispositions à devenir pectoral; les pulsations sont plus pleines , les rebondissemens sont plus mollets ; le malade tousse du septième au dixième , et pendant ce temps-là il rend de la gorge et de la poitrine des crachats épais , et un peu de sang du nez. 11 ne faut pas omettre qu’on avoit donné l’émétique dans le septième, qui ,' comme on voit , n’avoit pas dérangé l’expectoration ; il n’en eût vraisemblablement pas été de même de l’effet d’un purgatif un peu fort.
Le pouls pectoral devient dominant depuis le dixième ; le nasal ne fait que se montrer de temps en temps , à peu près à chaque huitième pulsation ; ce dernier devient fréquent vers le treizième , le pectoral est moins apparent , le saignement de nez augmente ; il cesse enfin vers le vingtième , et alors le poüls reste fixé au pectoral, qui dure plusieurs jours, avec le guttural : il sort de la poitrine , de la gorge et du nez , une quantité prodigieuse de matière comme purulente ; et la maladie est terminée au moyen de quelques légers purgatifs , indiqués par les changemens du pouls.
Obs. XCIII. Fluxion de poitrine , point de côté , crachement de sang dans un homme de complexion sèche , et d’un âge avancé.
Le pouls est tendu , vif, convulsif dans les premiers jours ; on fait cinq saignées du bras pendant ce temps-là. Le pouls se développe vers le sixième, il devient pectoral , et le septième, les crachats sont cuits et viennent facilement : on donne ce jour-là un purgatif, à cause d’un redoublement orageux qu’il y avoit eu la veille ; le pouls se serre et se roidit , les crachats sont diminués ; le pouls devient rebondissant vers le neuvième , et du neuf au onze il est pectoral à peu près dans six ou huit pulsations , et nasal dans trois ou quatre ; il survient un léger saignement de nez ; au douzième , le point de côté se réveille , il y a beaucoup de chaleur et de sécheresse à la gorge , les crachats sont presque supprimés. Le pouls devient enfin bien pectoral vers le quatorzième , les crachats sont cuits , et sortent de la gorge et de la poitrine en grande abondance : la maladie fut heureusement terminée le vingtième.
Il faut remarquer que depuis le purgatif on avoit presque toujours tenu le majade dans l’usage d’une potion huileuse avec du kermès , qui avoit été suivie d’évacuations peu considérables.
Obs. XCIV 7 Fièvre maligne dans un jeune homme bilieux , de coinplexion vive et sèche : le pouls reste pendant les vingt premiers jours presque toujours convulsif: dans cet intervalle on fit neuf saignées du bras ou du pied , et on donna beaucoup d’emétnjue en lavage , avec peu de succès.
Le pouls parut quelquefois nasal , mais peu développé. Il y eut quelque léger saignement de nez , et un peu d’inflammation à la gorge. Vers le vingt , et dans les jours suivans , il sortit du nez et de l’arrière-narine quelques matières puriformes ; le pouls fut pectoral vers le vingt-cinq , avec de la toux et de l’enrouement ;
3l2 recherches
et du vingt-cinq au trente le malade rendit une assez grande quantité de crachats presque purulens : la maladie ne fut terminée qu’imparfaitement.
Obs. XCV. Mal de gorge avec peu de fièvre et un gonflement considérable des amygdales, dans un homme d’un âge un peu avancé. Au quatrième jour le pouls est tantôt nasal, tantôt pectoral ; il y a quatre ou cinq pulsations qui ont la roideur et le rebondissement propres au pouls nasal , d’autres sont molles souples , pleines , ainsi-que dans le pouls pectoral • il y a un peu de saignement de nez pendant tout le cours de la maladie : il sort aussi du nez beaucoup de sérosités et de matières muqueuses 5 les crachats qui viennent de la goyge sont presque puriformes ; le pouls devient pectoral plus décidé , il est bientôt suivi d’une expectoration abondante et bien conditionnée : la maladie finit par des excrétions presque continuelles , du nez , de la gorge et de la poitrine.
Ce malade fut saigné cinq fois dans les commencemens de la maladie , et purgé ensuite trois fois avec des purgatifs doux , dont l’effet fut assez médiocre. Les changemens que ces purgatifs produisirent dans le pouls furent peu considérables et de peu de durée.
Voyez le chapitre XXXIV , au sujet des remèdes qui ne changent presque point la marche du pouls.