‹ Œuvres complètes de Bordeu, précédées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages. Tome premierChapitre 57 sur 75 · CHAPITRE XXX IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX IL

Observations détachées , qui confirment ce qui a été proposé sur les différentes espèces de pouls supérieur , inférieur , capital , pectoral , etc.

Les maladies par causes externes. L’histoire des plaies et des autres maladies par causes externes , peut 'fournir de grandes lumières sur l’usage des parties. Il est fâcheux qu’aucun des médecins qui ont suivi les armées n’ait tourné ses vues de ce côté-là. Ce seroit une anatomie bien précieuse que celle qui seroit appuyée par des observations faites sur le corps vivant , blessé en différentes parties.

Il survient quelquefois des saignemens de nez à la suite des coups et des contusions à la tête. Le pouls se trouve très -reôondissant et très -décisivement nasal dans plusieurs cas de cette espèce.

Le saignement de nez ne vient quelquefois que vers le troisième ou quatrième jour, le pouls ayanfeété convulsif et serré pendant les premiers jours. Il a paru que de tous les pouls le plus convulsif ou le plus serré a été celui des plaies et des contusions à la dure-mère.

Plaie et contusion considérable au cartilage thiroïde : le pouls est évidemment supérieur et rebondissant, avec un peu de mollesse pendant le temps de la suppuration j c’est-à-dire qu’il est fort approchant du pouls qui annonce les évacuations de la gorge.

On l’a trouvé à peu près de la même espèce dans plusieurs parotides qui suppuroient considérablement à la fin des maladies aiguës j mais il y a ordinairement dans ces cas un degré- d 'irritation qui rend le pouls plus ou moins compliqué ; pe à quoi il est important de faire attention.

Les plaies à la poitrine , surtout lorsqu’elles communiquent dans l’intérieur du poumon, sont souvent accompagnées, pendant le (i) Iustilutiones medicæ ex novo Med. con

ispectu.

temps de la suppuration, du pouls pec/oraZplus ou moins compliqué avec celui d 'irritation.

Un cancer ayant rongé les côtes et le poumon, et causé un crachement de sang et de pus, le pouls étoit fort approchant du ■pectoral.

Il a été trouvé presque dans le même état dans des cancers suppurés aux mamelles , lorsque la douleur ne causoit pas trop d’ irritation , e t que l’ulcère suppuroit abondamment.

Une nourrice forte et très-bien constituée , dans laquelle le lait montoit avec violence , jusqu’à s’évacuer abondamment par le mamelon , avoit le pouls approchant du pectoral lorsque le lait remontoit. Cette femme sentoit alors un trémoussement extraordinaire, qui des parties intérieures du ventre alloit aboutir aux mamelles. Voilà l’image d’une crise bien naturelle , ou d’une sorte de perturbation critique dans le département des mamelles.

Plaie au bas-ventre : les intestins grêles sont ouverts , la suppuration étant bien établie?; le pouls est irrégulier, inégal, inférieur, en un mot, fort approchant de Y intestinal ; il a été convulsif pendant les premiers jours.

Il étoit à peu près dans le même état, dans un abcès de la substance du foie , après que l’ouverture en eut été faite , et que la plaie fut en pleine suppuration.

La même remarque a été faite dans un sujet dont les entrailles avoient été meurtries par ipie roue de charette qui avoit passé sur le ventre , et dont tous les viscères tombèrent en suppuration et en putréfaction.

Un malade attaqué de la colique , s’étant livré à un charlatan , qui lui marcha sur le ventre et qui lui pétrit les entrailles pour le guérir de la colique , eut quelques jours après un dépôt inflaminatoire aux entrailles. Il avoit le pouls inférieur, redoublé , serré , intermittent, et il rendoit du pus et du sang avec des matières bilieuses très-fétides.

Uta soldat , dont une balle avoit percé le ventre au côté droit de l’ombilic , avoit une fistule dans l’endroit de la plaie. Il sortoit par cette fistule cinq ou six pouces d’intestin grêle : cet intestin étoit ordinaire .nent affaissé, blanchâtre, et sans mouvement ; mais deux ou trois heures après que le soldat avoit mangé , cette portion d’intestfn rougissoit , se gonfloit , entroit en mouvement , et faisoit plusieurs tours , comme une portion de serpent encore vivante (1) ; il sortoit ensuite par l’extrémité de cet intestin , des portions d’alimens à moitié digérés ; son pouls étoit pendant l’évacuation , irrégulier , assez fort.

Plusieurs personnes auxquelles on a fait l’opération de la taille , ont les premiers jours le pouls convulsif e t d ’ irritation ; il se développe ensuite, il est inférieur. On a vu des sujets qui avoiçnt le pouls irrégulier , et avec l’ irrégularité qui annonce les urines; c’est-à-dire que les pulsations alloient en diminuant d’une plus

(1) Erigcbatur. Voyei Recherches sur les glandes , au sujet des élections de ces organes. '

3 rr2 RECHERCHES

jorte à de plus petites , jusqu’à être presque insensibles. Ce pouls a été observé dans quelques-uns de ceux dont les plaies suppUroient beaucoup , et qui rendoient beaucoup d’urines.

Flueurs blanches. Cette évacuation est en partie critique , en

Sartie symptomatique , et plus ou moins , suivant la différence es tempéramens. Le pouls de ces sortes d’évacuations n’est donc pas toujours bien critique ; il n’a pas toujours le même caractère.

Une dame se plaignoit de la poitrine deux mois après ses couches : je lui tâtai le pouls , et je lui dis que je croyois qu’elle auroit ses règles le mois prochain , ce qui n’étoit pas arrivé depuis les couches : le pouls étoit irrégulier , assez fort ; il y avoit des rebondissemens marqués ; il étoit enfin , à peu de chose près , tel qu’il se trouve lorsqu’il annonce les règles : il y avoit quelques pulsations qui indiquoient Y irritation ; ce que j’attribuois à l’état de la poitrine.

Le temps auquel on attendoit les règles étant arrivé , la dame m’apprit qu’elle ne les avoit point. Je persistai dans mon avis , ayant trouvé le pouls dans le même état pendant trois mois consécutifs. Enfin la dame m’avoua qu’elle n’ avoit point de perte rouge , mais qu’elle avoit une perte blanche habituelle , qui augmentait dans le temps où l’on attendoit la perte rouge.

Il ne faut pourtant pas penser que le pouls des pertes blanches soit toujours aussi bien marqué que dans cette observation qui est isolée. Il est certain qu’on l’a souvent trouvé petit, irrégulier, avec des rebondissemens légers et fréquens ; mais il faut être bien circonspect sur des pronostics de cette nature, jusqu’à ce que la marque caractéristique du pouls des pertes blanches soit exactement déterminée.

Tumeur cancéreuse à la matrice. Le pouls dans une tumeur à la matrice , jointe à de vives douleurs comme périodiques , et à un écoulement de matières purulentes , a été pendant plus de trois mois, i°. très -convulsif, dans les accès de douleur ; 2°. dilaté, inégal, irrégulier , lorsque les matières purulentes couleient abondamment. Jamais ce pouls n’a été supérieur qu’un seul jour qu’il fut rebondissant , et il y eut le surlendemain un léger saignement de nez ; il 'ne paroissoit , pour ainsi dire , point fiévreux : il a toujours été inégal jusqu’à la fin de la maladie , qui s’est terminée par l’hydropisie.

Pulmonies au dernier degré. Le pouls a toujours paru convulsif dans ces sortes de maladies. Lorsqu’il se reldchoit et que les crachats étaient abondans , il étoit légèrement pectoral y et plus ou moins redoublé lorsqu’il y avoit du sang dans les crachats : mais lorsque le dévoiement se joignoit aux autres symptômes , le pouls devenoit inégal , irrégulier , et quelquefois intermittent.

Hjdropisie du ventre. Le pouls est toujours inférieur dans ces maladies, à moins qu’il n’y ait un saignement de nez ; le pouls est alors rebondissant , et évidemment pectoral lorsque la toux paroît , surtout s’il y a des crachats un peu cuits : il devient

irrégulier , et quelquefois intermittent lorsque le ventre coule. Au reste , le pouls conserve presque toujours un fond de convulsion clans cette maladie j il se rapetisse singulièrement, et se durcit ordinairement quelques jours avant l’agonie.

Un malade qui ne vouloit pas me déclarer sa maladie , m’ ayant demande de lui tâter le pouls, je le trouvai petit, concentré , irrégulier , foible , intermittent ; sur quoi je prononçai qu’il y avoit une disposition au dévoiement, et que ce dévoiement ne paroissoit pas critique , parce que le pouls avoit un fond de convulsion considérable , qui sembloit indiquer quelque embarras local dans les entrailles. Le malade me dit alors qu’il étoit hydropique, qu’il avoit pris il y avoit huit jours une drogue d’un charlatan , après laquelle il avoit eu un dévoiement qui duroit encore , et qui avoit été si abondant, que le ventre étoit totalement désempli. Je trouvai une tumeur douloureuse vers la région du foie , le ventre se remplit de nouveau, et le malade mourut quelque temps après.

Maladies convulsives du bas-ventre ; colique des peintres. C’est en suivant de près les maladies convulsives , qu’on parviendra à déterminer lès différens caractères du pouls qui leur est propre. Il n’est pas rare de trouver de ces espèces de convulsions d’entrailles dans lesquelles le pouls est plus ou moins ventral ; ce qu’on trouve aussi dans les différentes tumeurs du bas-ventre.

Cet état du pouls se manifeste principalement dans les coliquesdes peintres. Il a toujours paru plus ou moins serré , vif, inégal , et quelquefois intermittent dans les premiers temps de cette maladie y le pouls se développe ensuite légèrement , il reste souvent inégal et intermittent , et alors les évacuations sont très-abondantes à la suite des médicamens , qui jusque-là n’avoient presque point eu d’effet notable.

On a vu dans ces maladies le pouls devenir supérieur , rebondissant , bien pectoral , et il y avoit alors du saignement de nez ou des marques du transport des humeurs vers la tête , des tous et des crachats plus ou moins épais y ces maladies semblent suivre la marche de toutes les autres , et avoir leurs différens temps y chose qu’il est bon de remarquer, et qui concilieroit peut-être les idées des praticiens qui traitent ces maladies, les uns. par des purgatifs des plus violens, les autres par des caïmans , et même des saignées.

Du ver solitaire, et des vers dans les enfans. La présence des vers dans les intestins, rend le pouls irrégulier , vif, serralil , tremblotant, inégal.

Il a paru avoir tous ces caractères dans les sujets qui avoient le ver solitaire , avec ceci de singulier , que ces modifications du pouls étoient beaucoup plus sensibles dans les temps qui précédoient l’excrétion ou la sortie d’une portion de ce ver.

On a vu des sujets dans lesquels ces avant-coureurs de l’excrétion étoient accompagnés de lassitude , d’un découragement singulier , de sueurs , de dévoiement , de suffocation , de tremblement,

en un mot , de presque tous les symptômes propres aux maladies de la tête , de la poitrine et des extrémités.

Cette observation fournit un appui bien remarquable à ceux qui pensent que toutes les maladies viennent des entrailles , et que l’irritation de ces parties se fait sentir dans les différentes régions*, suivant son degré , ou selon l’endroit où elle se trouve.

Du scorbut. Eugalenus prétendoit que la petitesse, la fréquence, et surt out Y inégalité du pouls , étoient des signes certains du scor- , but. M. Lind , qui a pris à tâche de critiquer Eugalenus, ne l’a pas épargné à l’égard du pouls. Mais ce qu’il y a de certain , c’est que les caractères du pouls décrits par Eugalenus , dénotent une affection des entrailles , et que d’ailleurs les viscères sont souvent les premiers atteints de la corruption scorbutique. Il resté à décider jusqu’à quel point la petitesse , la fréquence et V inégalité , indiquées par Eugalenus , sont différentes des mêmes modifications qjii accompagnent les dispositions non scorbutiques des viscères , et s’il ne faut pas distinguer dans le scorbut un premier temps , pendant lequel il s’exerceroit principalement sur les entrailles , etc. Au reste , le pouls des scorbutiques décidés , prend les modifications particulières à chaque évacuation ÿ mais il est toujours compliqué avec un état d’ irritation , ce qui le rend fort approchant de la description d’Eugalenus -, cette seule remarque fait présumer que ce médecin n’a pas imaginé tout ce qu’il a dit.

Rhumatismes aux extrémités : la goutte. Le pouls des rhumatismes est ordinairement fort différent vers le milieu et à la fin de la maladie , suivant que les parties affectées sont au-dessus ou audessous du diaphragme j dans celle-ci , savoir , dans les douleurs aux reins , aux cuisses , aux genoux , aux pieds , le pouls est infé* rieur, c’est-à-dire, inégal, obscur, peu rebondissant ; au lieu que lorsque le rhumatisme est à la tête, au cou , aux épaules, et même au poignet , le pouls est supérieur , à moins qu’il n’y ait quelque complication particulière , et que la douleur rhumatismale ne soit un symptôme de l’affection de quelque viscère.

On a souvent trouvé le pouls pectoral à la suite des rhumatismes, surtout de ceux des parties supérieures j aussi sont-ils souvent suivis d’excrétions comme purulentes , par la voie des crachats j au lieu que les rhumatismes des parties situées au-dessous du diaphragme , finissent souvent par des évacuations du ventre.

.Le pouls est toujours inégal , dur , profond , dans les attaques de goutte bien décidée , surtout lorsque les pieds s’enflent : le pouls est différent , si la goutte est à la main ; il n’est pourtant jamais bien supérieur que dans les cas où , comme on dit, la goutte remonte : en général la nature du pouls de la goutte indique que les viscères du bâs-ventre sont plus ou moins affectés dans cette maladie : il y a des attaques de goutte dans lesquelles le pouls passe par plusieurs états qui annoncent les excrétions des différens viscères , avec lesquelles l’attaque finit.

Un goutteux naturellement fort et vigoureux , n’avoit jamais d attaque de goutte au pied ,*qui ne finît par un enchifrenement

.et par une sorte d’extinction de voix , suivie d’une abondante expectoration de matières muqueuses ; le pouls étoit inégal, dur , ■profond , assez lent et inférieur pendant les commencemens de l’attaque j il se développoit ensuite, il devenoit supérieur , et il étoit exactement pectoral pendant l’évacuation des crachats.

Plaies considérables et amputation des extrémités inférieures.

. Les dépôts critiques ou autrement qui se forment sur les extrémités inférieures , sont ordinairement accompagnés du pouls inférieur , c’est-à-dire , inégal, concentré ; il est intermittent lorsT qu’il y a un dévoiement critique.

Une vieille femme sujette à une sorte d’affection catarrheuse , jointe à une disposition à l’asthme, avoit le pouls dur, dilaté et rebondissant ou redoublé comme dans le pouls pectoral; ce pouls étoit donc évidemment supérieur : il changea tout d’un coup, et il survint un dépôt considérable à la jambe droite , qui fut trèsenflée pendant long-temps , et qui suppura abondamment •, la poitrine fut dégagée , le pouls resta pendant la durée de la suppuration de la jambe, fort différent de ce qu’il étoit pendant que la poitrine étoit prise ) il fut inégal, profond , assez dur , inférieur ,

Le pouls étoit ^pendant le temps qu’on faisoit l’amputation de la cuisse à un homme qui s’étoit fracturé la rotule , le tibia et le fémur, en tombant d’un lieu fort élevé , serré , petit, convulsif, étranglé, assez égal , fréquent et intermittent ; il ne s’étoit pas relevé, pendant deux jours qui suivirent l’ opération , et le malade mourut au quatrième , ayant toujours le pouls dans le même état.

Le pouls s e releva dès le deuxième jour dans un autre homme . auquel on avoit amputé la cuisse ; il se développa trois jours après , c’est-à-dire , vers le cinquième ; mais il resta toujours inférieur , inégal , assez dur , ce qui dura pendant tout le cours de la suppuration et de la cicatrisation , qui fut de plus de cent vingt jours: le pouls devint intermittent à la suite de quelques indigestions qui finirent par le dévoiement qui cessa bientôt , après quoi la plaie reprit son train de guérison.

On a trouvé des différences entre les pouls des deux côtés dans des gens auxquels on avoit fait l’amputation de la cuisse ) ces différence^ n’ont pas paru régulières , c’est-à-dire , les mêmes sur tous les sujets ; ainsi elles exigent des observations ultérieures.

L’action des bains, du kermès minéral , des lavemens , du mercure et des vésicatoires sur le pouls. Le bain , soit froid , soit chaud, cause une sorte d’accès de fièvre; le pouls est souvent ?;?/’ et resserré dans le bain , il se, dilate ensuite et se développe ordinairement , sans prendre les caractères propres à aucune excrétion.

On a quelquefois observé le pouls se développer singulièrement dans les bains chauds, et acquérir les inégalités des pulsations qui annoncent la sueur, c’est-à-dire que parmi les pulsations dilatées et ordinaires , il yen avoit une ou deux sensiblement plus élevées que les autres, avec la mollesse de F artère : ces bains eloîent suivis de sueurs très-abondantes.

Ce seroit là vraisemblablement un des moyens propires à juger

de l’action des bains. On sait qu’il y a des corps vivans qui perdent de leur poids dans le bain , d’autres qui ne perdent rien , et d’autres qui semblent y acquérir du poids. Il y a apparence que le pouls doit être différent dans ces différentes occasions , et il faut attendre à cet égard , des lumières de la part des observateurs attentifs.

L’action des bains n’est pas aussi aisée à expliquer , que le semble promettre une théorie trop légère et trop spécieuse.

On a vu le kermès minéral et les eaux minérales balsamiques élever sensiblement le pouls , et le rendre très -pectoral ; de copieuses évacuations par les crachats succédoient à ces révolutions.

Il est certain que la plupart des remèdes altérans changent le pouls à la longue ; ils le développent ou Y assouplissent ou Y adoucissent > suivant leur nature , et surtout suivant les dispositions particulières du sujet qui les prend ; ce qu’il est bien important de remarquer , pour déterminer dans les maladies et dans leurs suites

ce qui appartient à l’art ou à la nature.

Il seroit à souhaiter qu’on parvînt à juger par l’état du pouls , de la nature du médicament convenable dans les différentes mala¬

dies : il faudroit pour cela une suite d’observations bien circonstanciées.

On annonce ici aux observateurs attentifs , que l’histoire des révolutions causées dans le pouls par l’action des lavemens , ne mérite pas moins leur attention , que celle des effets des autres remèdes : il y a des choses fort importantes à remarquer dans l’action des lavemens j on leur a vu accélérer des redoublement , en arrêter d’autres , etc. Il seroit peut-être possible , en examinant et en suivant de près cette matière , d’épargner aux malades la boisson de beaucoup de médicamens désagréables , et de mettre en même temps des bornes à l’espèce de passion que bien des gens ont pour les lavemens-, passion qui est portée dans ces temps-ci à un point singulier , et qui est peu d’accord avec la modération et la circonspection des anciens médecins, au sujet des lavemens.

Il est fort ordinaire que le mercure rende le pouls supérieur et rebondissant , avec plus ou moins à’ irritation , lorsqu’il procure ■une salivation bien abondante : peut-être même la salivation accompagnée de cette espèce de pouls qui lui est propre , et qui est dans l’ordre de la nature , est-elle toujours , sinon nécessaire , du moins utile ) au lieu que celle dans laquelle le pouls ne prend pas le caractère propre à cette excrétion , ou qui demeure non critique , convulsif ou inférieur , est peut-être contre nature , symptomatique , inutile , nuisible , colliquative.

Les vésicatoires augmentent ordinairement le mouvement du pouls j ils augmentent la fièvre j les pulsations sont souvent plus développées après l’application de ce remède irritant, surtout lorsque la plaie qu’il fait est en train de suppuration.

On a vu les vésicatoires développer beaucoup plus le pouls du côté du corps sur lequel ils avoient été appliqués , ou sur lequel ils avoient beaucoup plus mordu , quoiqu’on les eût appliqués des deux côtés.

Il a quelquefois paru de la différence dans l’état di^pouls dû à

l’effet des vésicatoires, suivant qu’ils avoient été appliqués aux bra§, i la nuque , aux cuisses, ou au gras des jambes.

Ces différences ont fait naître des réflexions sur l’application des vésicatoires , et fait entrevoir qu’il n’est pas toujours indifférent de les appliquer aux mollets , ou aux bras , eu au cou : peutêtre même y a-t-il des cas dans lesquels il faudroit se contenter d’appliquer un seul vésicatoire , et d’autres dans lesquels il en faudroit deux , soit aux deux bras , soit aux deux jambes.

Des règles fondées sur l’observation au sujet de l’application des vésicatoires , éclairciroient bien des questions sur la pratique et sur la théorie 5 rien ne paroît tant appuyer la théorie des différens départemens des organes (1) , des liaisons diverses des parties internes et externes , et la séparation ou la division naturelle du corps en diverses régions ou en divers côtés, que les changemens produits par ce remède , si on les examine de bien près; rien n’est plus difficile à expliquer par les théories les plus répandues , que ces différens effets auxquels on ne fait pas communément assez d’attention.

Des fièvres d’accès. Ces maladies rentrent naturellement dans la classe des maladies compliquées, décrites au chapitre XXVII. Il ne seroit pas difficile de prouver que la plupart des fièvres intermittentes paroissent composées de deux maladies , d’une aiguë et d’une chronique , qu’il est bon de ne pas perdre de vue.

Ce qu’il y a de certain , c’est que ces sortes de fièvres ont leurs excrétions critiques , comme les fièvres continues 5 cette vérité a été démontrée par un auteur digne de foi (a).

Le pouls a quelque chose de particulier dans ces fièvres. Il reste plus ou moins compliqué , et ordinairement il tient beaucoup du ventral , jusqu’à ce que la maladie soit entièrement jugée. On a vu plusieurs fièvres tierces dans lesquelles le pouls , surtout celui du côté droit , étoit hépatique , ou approchant de celui dont il est question dans le Chapitre XVI $ aussi y avoit-il des jaunisse? plus ou moins décidées , et des évacuations de bile plus ou moins considérables.

Le quinquina suspend cette maladie, mais ne la juge pas toujours complètement. C’est encore une vérité qu’on doit à Albertinus , et qu’il est bon de faire connaître à ceux qui n’ont d’autre vue, dans les fièvres intermittentes, que de couper les accès et d’arrêter la fièvre.

Il est fort ordinaire de trouver à la fin des accès de toute sorte de fièvres intermittentes , des révolutions du pouls qui indiquent quelque évacuation : mais le pouls n’est jamais si développé , si souple, si plein, si critique en un mot, que lorsque les accès tirent à leur fin, c’est-à-dire lorsque la maladie a passé par tous ses temps.

L’usage du quinquina sagement administré , ne s’oppose pas tou-

(1) Voyez Recherches sur les glandes.

(2) Albertinus , Actes de l’Académie de Boulogne , année i73x. Voyez aussi les observations de M. Nihell sur le pouls.

jôurs à ces crises ; au contraire , il sert quelquefois cl’ une sorte cordial fort convenable pour animer le pouls, et pour préparer les évacuations.

Il en est une que ce remède prépare très-efficacement ; c’est l’expectoration. Tout le monde sait que le quinquina porte à la poitrine $ et il est certain qu’étant donné à petite dose , il rend souvent le pouls évidemment» pectoral , et prépare l’évacuation des crachats.

Des convalescences. La convalescence est une sorte de maladie. On peut la comparer au travail d’une grande cicatrice dans lé corps , lorsque tous les accidens de la plaie sont calmés. Le défaut de forces, la pâleur du visage , la fraîcheur de la peau, et la fièvre , ou un état fiévreux du pouls accompagnent cette révolution.

Le pouls prend toujours les modifications propres aux différentes excrétions qui arrivent dans ce temps-là. 11 a beaucoup de rapport avec le pouls des suppurations , et souvent avec le pouls intestinal ou ventral.

On a vu des malades qui , étant jugés d’une fluxion de poitrine , se troüvoient à merveille , jusqu’à ce que la quantité du sang étant augmentée à un certain point , il survenoit des crachemens de sang. Cette observation a été réitérée sur trois différens sujets , dont l’un cracha du sang à trois différentes reprises , et qui fut forcé de prendre un train de vie fort différent de celui qu’il suivoit avant sa maladie.

11 n’est pas rare de voir de jeunes personnes grandir très-promptement dans des convalescences , et acquérir beaucoup d’embonpoint : ces maladies tiennent aux révolutions de l’âge , que le peuple appelle croissances.

On a vu une jeune femme qui engraissa prodigieusement pendant le temps d’une fièvre continue ; elle avoit encore la fièvre et elle engraissoit : elle est restée dans cèt embonpoint.

On a vu des maladies dont la crise étoit un amas évident et sensible de suc muqueux dans quelqu’une des extrémités , qui avoit grossi dans toutes ses dimensions , sans nulle sorte de bouffissure ou d’enflure.

Le pouls avoit dans tous ces cas-là une marche particulière , et fort différente de celle qu’il a dans les maladies qui se terminent par les évacuations ordinaires.

Du pouls dans quelques agonies. Le pouls n’est pas de la même nature dans toutes les agonies. Il y en a dans lesquelles il passe très-promptement d’un état à l’autre ; il est capital, pectorale t •uentru/'presque en même temps. Les excrétions que ces pouls précèdent arrivent même quelquefois ; mais il y a tant de foiblessc et un dérangement si considérable, que la nature ne sauroit prendre le dessus. Il n’est pas rare de trouver dans toutes ces espèces de pouls une sorte de mollesse , ’@u de vide dans l’artère , qui annonce un affaissement mortel : Hippocrate avoit observé que le pouls qui frappe légèrement et languissamment , est un signe de mort prochaine.

On a trop craint, depuis Galien, le pouls intermittent, ainsi que M. Nihell l’a très-bien prouve ; mais les intermittences sont presque toujours mortelles lorsqu’elles sont jointes à une foiblesse , une inégalité , une petitesse , et surtout à un certain vide qu’on ne sauroit exprimer , et que la pratique apprend à connoître.

U y a un milieu à prendre entre l’opinion des anciens et celle de Solano au sujet du pouls intermittent. Ce n’est pas précisément aux pulsations qui manquent ou qui font Y intermittence , qu’il faut avoir égard pour juger Un pouls mortel ; mais il faut faire beaucoup d’attention à la force , à Y aisance et à la liberté des pulsations qui se font sentir.

Du pouls dans V état de grossesse. Le pouls est ordinairement fréquent, assez égal , fort et comme fiévreux dans les grossesses. 11 est au commencement , c’est-à-dire dans les deux ou trois pre* miérs mois , embarrassé , variable. Ces premiers temps sont souvent accompagnés , comme personne ne l’ignore , de crachemens fréquens , de vomissemens , et de plusieurs sortes de désordres dans les entrailles : aussi le pouls tient-il principalement de celui à’ irritation et du stomacal.

Il se développe à proportion' que la grossesse avance, il devient plus ou moins rebondissant ou nasal ; mais il ne se soutient pas toujours dans cet état , de manière à être suivi du saignement de nez.

Le pouls devient ensuite irrégulier , dur , brusque / et vers les derniers mois il tient ordinairement du pouls défia matrice j c’està-dire qu’il est irrégulier , plein, dur , et de temps en temps avec des rebondissemens .

Le pouls qui précède de peu de temps l’accouchement, devient, comme dans toute autre évacuation forcée , plus ou moins convulsif, serré , fréquent , intermittent.

Une chose importante à remarquer , c’est qu’il arrive souvent que le pouls des femmes grosses devient , vers le temps du mois qui répond à celui auquel elles avoient leurs règles, irrégulier , et plus ou moins rebondissant ; c’est-à-dire qu’il paroît annoncer les règles tous les mois : mais il se soutient peu dans cet état qui est ordinairement passager , sans quoi il pourroit toujours faire craindre une fausse couche. Cette crainte seroit encore doublement fondée au commencement du mois de la grossesse , qui répond à celui auquel les règles étoient ordinairement plus abondantes ; car l’observation démontre que la plupart des femmes voient plus abondamment de deux en deux mois.

En général, toutes les maladies, toutes les incommodités , méritent dans les femmes une attention scrupuleuse de la part du médecin , dans le tempÉdes règles; il est à craindre , par exemple , que les crachemens de sang habituels n’augmentent ou ne se montrent dans ces temps- là : l’effoi'tqui détermine les règles influe surtout le corps de manière à faire craindre quelque changement extraordinaire dans toutes les parties affoiblies.

U faut en dire autant de là révolution qui se passe dans les

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derniers jours de l’écoulement des règles : cette fin d’excrétion surtout paru plus à craindre dans les femmes d’un certain âe * et qui sont à la veille de perdre entièrement leurs règles , que ,Jan’ celles qui sont encore jeunes : celles-ci sont souvent plus éprou5 vées chaque mois du premier effort de l’apparition , que de celu' qui succède à la cessation.

L’histoire de ces variations du pouls dans les femmes grosses présentée ici en général , pourroit conduire , étant mieux circonl stanciée , à faire juger du bon ou du mauvais état des grossesses et à indiquer à temps les précautions convenables pour prévenir bien des accidens.

Au reste , toutes les observations comprises dans ce chapitre ne sont données que comme incomplètes et détachées -, elles appuient ce qui a été proposé dans les chapitres précédens ; mais elles ont besoin d’être réitérées , suivies, évaluées, mises à leur place, pour la perfection de l’histoire du pouls.

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