CHAPITRE VII
Réflexion sur la doctrine précédente ; qu'elle relève la gloire de Jésus-Christ , et que nos adversaires la diminuent.
Cette belle, cette céleste doctrine nous est d'autant plus agréable, qu'elle relève merveilleusement la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ, le prix et l'eflîcace de sa passion , la force et la vertu de son Esprit-Saint , et la grandeur de sa charité dans la réparation de notre nature. Car au lieu que nos adversaires enseignent que nos péchés ne nous sont pas-imputés, c'est-à-dire, que Dieu ne les punit pas à cause du mérite de Jésus-Christ; nous disons que nos péchés ne sont plus à cause du mérite de Jésus-Christ. Ils disent que ce mérite est si grand , qu'il suflOl pour couvrir nos crimes; nous disons qu'il suffit même pour ôter nos crimes. Ils disent que la justice du Fils de Dieu mérite que les fidèles soient tenus pour justes; nous disons qu'elle leur mérite même d'être justes. Si nous errons en cette créance, notre erreur vient de notre amour : notre faute c'est que nous avons une idée plus haute de la sainte passion de notre Sauveur. Mais à Dieu ne plaise que ce soit errer, que de glorifier Jésus- Christ !
Que si nos adversaires estiment que nous voulons avoir la justice en nous, afin de nous glorifier en nous-mêmes, ils se trompent, ils s'abusent, ils nous calomnient. Ce n'est pas nous glorifier en nous-mêmes que de confesser qu'on nous donne : dire que le bienfait est plus grand, ce n'est pas diminuer l'obligation, mais honorer la magnificence. L'Apôtre nous apprend que la charité a été répandue en nos cœurs' : c'est en nous sans doute qu'elle est, puisque c'est en nos cœurs qu'elle est répandue. Toutefois, à Dieu ne plaise que nous prétendions nous glorifier en nous-mêmes d'un don si grand et si précieux; parce que, dit le même Apôtre, elle estrépandue en nous par le Saint-Esprit. Il en est de même de cette justice que nous appelons inhérente. Elle est à l'homme qui la reçoit ; elle est encore plus à Dieu qui la donne. « Cette justice est » nôtre, dit saint Augustin'', mais elle est appelée » dans les Ecritures, justice de Dieu et de Jésus- » Christ, parce qu'elle nous est donnée par sa lar- » gesse. » Ainsi l'homme qui se glorifie se doit glorifier en Notre Seigneur; puisque n'ayant rien de lui-même, toute sa gloire consiste en ce qu'il reçoit; et la gloire de celui qui reçoit se doit toute rappor-