T. IV
à nos adversaires qu'il l'a défendue jusqu'à la mort, produisons un des derniers livres qu'il a composés, et dans lequel il a ramassé tout ce qu'il y a de fort et de concluant pour faire plier l'arrogance humaine sous l'aimable joug de la grâce. C'est de là que je veux tirer un témoignage authentique pour notre créance, afin qu'il demeure certain que jamais cet admirable docteur n'a prêché plus hautement le mérite, que lorsqu'il entreprend d'établir la sainte humilité du christianisme, a Puisque la » vie éternelle , dit saint Augustin *, laquelle cer- » taln'e.ment est rendue aux bonnes oeuvres , comme » chose qui leur est due , est appelée grâce par le » grand Apôtre, quoique la grâce soit donnée gra- I) tuilement et non point rendue à nos bonnes » œuvres : il faut confesser sans aucun doute que 1) la vie éternelle est appelée grâce , parce qu'elle » est rendue aux mérites qui nous sont donnés » par la grâce. » Donc , selon la doctrine de saint Augustin, Dieu ne donne pas seulement, mais il rend la vie éternelle aux mérites de cette vie; et il ne la rend pas seulement, mais il la rend comme chose due. Que les ministres murmurent tant qu'il leur plaira, qu'ils déclament contre les mérites, qu'ils disent que c'est l'orgueil qui les a produits : à Dieu ne plaise que nous croyions que les seuls calvinistes soient humbles , et que saint Augustin ait été superbe; qu'eux seuls établissent la grâce , et que ce soit saint Augustin qui l'ait renversée; qu'eux seuls mettent leur confiance en Notre Sauveur, et que saint Augustin ait perdu cette bienheureuse espérance !
Ce qui me semble ici le plus remarquable, c'est que l'Eglise toujours constante n'a jamais vu les pélagiens s'élever contre la grâce de Dieu qu'elle ne les ait défaits par les mêmes armes. Car il y a prés de douze cents ans que les restes de cette hérésie infectant la France , nos pères assemblés à Orange, les condamnèrent par ce beau chapitre ^ : « La récompense est due aux bonnes œuvres, si » l'on en fait; mais la grâce, qui n'est point due, n précède, afin qu'on les fasse. » Tant il est véritable que l'ancienne Eglise ne croyait pas honorer la grâce, si elle n'enseignait les mérites. Et en eflfet, on pourra connaître, par la suite de ce discours, qu'il n'y a rien qui relève plus le prix et la dignité de la grâce, que les mérites fidèlement expliqués selon les sentiments de l'Eglise.
Toutes ces choses bien considérées doivent faire comprendre à nos adversaires qu'il est impossible que cette doctrine ne fiit reçue très-constamment par toute l'Eglise; puisque, ainsi que j'ai déjà observé, dans un temps où les hérétiques abusaient si arrogamment du mérite, elle se croit obligée de le soutenir en termes si clairs et si décisifs : d'où je tire deux conséquences notables- contre le Catéchisme du sieur Ferry. Je dis premièrement, qu'il a tort de rapporter l'établissement du mérite entre ces autres grands changements qu'il prétend avoir
1. Quia et ipsa vita œterna, quani certum est bonis operibus debitain reddi , A tanto apostoîo gratia Dei dicitur, cù'/l gralia non operibus reddatur, sed gratis detur ; sine ullâ dubitatione con/ttenduin est, ideo gratiain vitam, œternam vocari , quia his meritis redditur quœ gratia contulit fiomini. De Corrocl. et Grat.,c. 13, d. 41, ton), x, col. 773.
2. Debctur merces bonis operibus, si fiant; sed gratia , quœ non debetur, prœcedit ut fiant. Conc. Araus. n, c. 18; Labbe ,
i tom. IV, col. 1670.
REFUTATION DU CATECHISME
élè fails ;\ Trcnln*. Il y a do rinlidélité ou de l'ignorance do vonloir l'aire iiasscr pour nouveau ce qui a des fondements si certains dans l'antiquité , par le témoignage d'un si grand docteur, et par l'oracle d'un de nos conciles, approuvé universellement par toute l'Eglise. Do là, en second lieu , je conclus qu'il est ridicule de dire que le mérite des bonnes œuvres ruine celte confiance au Sauveur, sans laquelle il n'y a point de christianisme;' puisqu'on ne peut sans une extrême impudence charger l'Eglise ancienne d'un crime si noir, et que le catéchiste confesse lui-même^, qu'il n'y a rien dans la foi de saint Augustin qui détruise les vérités essentielles, et qui donne une juste cause de séparation.