Pfeilfinij-, Act. ver. amot., part. IV, quœst
pratique universellement reçues, se servirent de forts arguments? Non encore. Ils n'employèrent pour tout argument que ce passage de l'Evangile : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous' : passage, qui, de l'avis commun de tous les protestants, sans en excepter un seul qui ait du moins quelque nom, loin de regarder la communion sous les deux espèces , ne regarde pas môme le mystère de l'Eucharistie. Je n'en impose pas : la chose est constante : M. de la Roque en est encore demeuré d'accord dans sa Réponse : « Je reconnais, » dit-il ^, que le chapitre vi de saint Jean ne traite » pas du sacrement de l'Eucharistie , qui n'était » pas encore institué, et qu'ainsi Jacobel, qui vi- » vait dans un siècle obscur et ténébreux , se » trompa, lorsqu'il s'en servit pour appuyer la » communion sous les deux espèces. » L'anonyme n'en dit pas moins : « Les protestants, dil-iP, n'en- » tendent le chapitre vi de saint Jean, que de la » communion par la foi , et nullement du sacre- » ment. » Ainsi d'un commun accord et de l'avis des protestants, comme du noire, Jacobel el Pierre de Dresde se remuèrent contre l'Eglise sur un mauvais fondement; et tel est le commencement des troubles qu'on a excités sur la communion sous une espèce.
La suite n'en est pas plus heureuse. Ces deux hommes furent suivis de Jean IIus; encore ai-je rais en fait dans le Traite de la Communion'' , que Jean Hus n'osa pas dire d'abord , que la communion sous les deux espèces fût nécessaire. « Il lui suffi- » sait, dit Calixte^, qu'on lui avouât qu'il était per- » mis et expédient de la donner; mais il n'en déter- » minait pas la nécessité; » tant il trouva établi qu'en effet il n'y en avait aucune.
Tous ces faits, que j'ai avancés dans le Traité de la Communion , ont passé sans être repris. Seulement M. de la Roque m'a reproché d'avoir pris tout cela avec beaucoup d'aulres choses sur le même sujet, dans Calixte, célèbre luthérien , qui a écrit de toute sa force contre la communion sous une espèce. Tant pis pour les protestants , si les faits que j'établis sont si constants, que nos plus grands adversaires en conviennent avec nous. En efTel, Calixte est ici d'accord avec jEneas Sylvius , qui écrivit cette histoire dans le temps où la mémoire en était récente; el si j'ai mieux aimé citer Calixte que Sylvius, c'est afin que des faits de cette importance fussent confirmés aux protestants par le témoignage de leurs auteurs.
J'ajouterai encore un fait qui n'est pas moins assuré; c'est que ces ardents défenseurs de la communion sous les deux espèces, qui ont soutenu, non par de doctes écrits , mais par de sanglantes batailles, la doctrine de Pierre de Dresde, de Jacobel et de Jean Hus , croyaient comme eux la transsubstantiation, et tout ce que nos adversaires appellent ses suites. Il est constant que Jean Hus n'a jamais discontinué de dire la messe. M. de la Roque a prouvé, par ses écrits, qu'il a cru et professé jusqu'à la mort la présence réelle, la transsulislanliation , l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucha-
l.Joan., VI. 53. — 8. La Roque, p 292. — 3. Anon., p. 114. — 4. Traité de la Commun., p 253. — 5. Calixt., Traité de la Commun., n. 23, 26.
sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.
rislie, et en un mot, tout ce que croyait l'Eglise romaine*. Il en dit autant de Jérôme de Prague, disciple de Hus. Ainsi ces signalés défenseurs des deux espèces étaient des transsubstanliateurs, des sacrificateurs et des adorateurs de l'Eucharistie , c'est-à-dire, selon nos réformés, des sacrilèges , des impies et des idolâtres, quoique, par une merveille surprenante, ils fussent en même temps, non-seulement des fidèles , mais encore des saints et des martyrs. Tout cela s'accorde parfaitement dans la nouvelle Réforme; car il ne faut que combattre l'Eglise romaine pour mériter tous ces titres. On sait aussi que les sectateurs de Jean Hus faisaient porter en procession le corps de Notre Seigneur, et dans la coupe sacrée son sang précieux , qu'ils adoraient avec de profonds respects. Il n'est pas moins assuré qu'à l'exemple de Jean llus, ils rendaient les mêmes honneurs aux reliques de leurs faux martyrs, que nous rendons à celles des vrais martyrs, et qu'ils joignaient cette idolâtrie à toutes les autres dont nos réformés nous accusent. En même temps on est d'accord que c'étaient les plus inhumains et les plus sanguinaires de tous les hommes, qui ont le plus versé de sang, qui ont fait le plus de pillages; et voilà, si nous en croyons les protestants, ceux qui gardaient en ces leraps-là, avec le plus de zèle, le dépôt de la vérité.