Anon.,pa{j. 109. — a. Par/ âl
aussi ancienne que l'Eglise. La communion domestique, que personne ne révoque en doute, rend celle vérité incontestable; et nous avons remarqué qu'après une réserve si universelle pour ceux qui se portaient bien, c'est trop abuser le monde, que de vouloir chicaner sur celle qu'on faisait pour les malades. Il est pourtant véritable que nos adversaires ont porté leur chicane jusque-là. (Juoique la Communion de Sérapion et de saint Ambroisc, où la réserve est si manifeste, nous soient montrées comme des choses usitées, et auxquelles tout le monde était accoutumé, ces messieurs les veulent faire passer pour extraordinaires. Il est vrai qu'ils n'ont pu nier que les canons de Nicée et de Carthage n'ordonnassent la communion pour les mar lades, comme une chose ordinaire; mais plutôt que d'admettre la réserve, M. de la Roque a prétendu , malgré toute l'antiquité, qu'autant de fois qu'on donnait l'Eucharistie aux malades on la consacrait dans leur maison; et enfin, après avoir parcouru tous les siècles l'un après l'autre, pour chercher le commencement de la réserve pour les malades, il ne trouve de point où la fixer, que peut-être à la fin du septième siècle'.
Nous avons déjà montré qu'une telle prétention est une illusion manifeste, et la suite découvrira davantage combien ce ministre abuse le monde par une recherche apparente de l'antiquité. Mais alin que la vérité paraisse en toute manière et en toute supposition, on suppose avec lui que la réserve, qu'il a voulu nous contester dans les premiers siècles, a commencé à la fin du septième. Si je prouve que dans ces temps, et dans les suivants, on ne la trouve que sous la seule espèce du pain , ce sera une conviction que le vrai esprit de l'Egiise était de la faire de celle sorte; et cette preuve, jointe à celle qu'on lire de la communion domestique, et de celle de Sérapion et de saint Ambroisc, où l'on ne voit pareillement que le pain sacré, achèvera la démonstration de la pratique de tous les siècles , et fera voir la chaîne entière de la Tradition. Or, la chose me sera facile, en suivant M. de la Itoque dans la recherche qu'il a faite de cette matière.
Il dit donc que ce qu'il n'a pu trouver dans les six premiers siècles, nous le trouvons infailliblenients dans les suivants'-; et qu'en ell'et , vers la lin du septième siècle, il lui parait quelques acheminements à la réserve de l'Eucharistie, quoiqu'il n'y ail rien de formel ni de positif pour les malades. Il en allègue deux exemples, l'un dans l'inslitulion de l'office des présanctiliés, qu'il attribue faussement, comme nous verrons ailleurs , au concile tenu à Conslantinople in Trullo , dans le dôme du |)alais impérial, en 09?; l'autre en l'an 0'J3, dans le concile XVI de Tolède'.
Notre auteur remet à parler de l'office des présanctifiés, à un lieu plus propre*, où nous en traiterons aussi avec lui. Pour le concile de Tolède, le ministre avoue qu'il y est réglé que le pain sacré sera d'une moyenne grandeur, « alin que ce qui en » restera puisse être gardé plus facilement, sans » qu'il y soit fait aucun tort, ausque aliqua injuria,
l. La Roq.,}j. 64.-2. La Roq., p. 61. — 3. Coiic. Tolet.is.vi, can. 6: Vid. Conc. Lahb., tom. vi. col. 310. — 1. Li Roii p. 62, 63.
sous UNE ESPÈCE. — SECONDE PARTIE.
» en quelque petit endroit, ou dans quelque sachet )) moyen. » Vuilà comment ce ministre traduit le mot, modico loculo, qui se trouve dans le canon; et il omet ce qu'on y trouve aussi, absque aliqud injuria, ce qui est mis pour exclure toute négligence et toute irrévérence.
Ce ministre remarque qu'il n'est point dit dans ce canon à quelle lin on gardait ces restes sacrés, et qu'on n'y parle non plus ni de boite, ni d'autre vaisseau destiné à le garder. Je ne sais s'il ne voudrait pas insiuuer qu'on ne faisait pas grand cas de ces restes du pain consacré , puisqu'on les mettait dans un sachet ou dans un petit endroit. Mais pour ce qui est du petit endroit, il pouvait être très-orné; et l'on ne peut douter qu'il ne fût très-propre; puisque le concile explique si bien , que le corps de Notre Seigneur y doit être gardé sans irrétérence , ABsyuE INJURIA. Pour les sachets, ils sont employés dans l'Ordre romain, à rompre dedans, l'oblation sainte, ou le pain sacré qu'on allait distribuer au peuple. On empêchait, par ce moyen, les particules de tomber à terre; et puisque c'était par respect qu'on se servait de ces sachets, on voit bien (ju'on les faisait dignes d'un si saint usage. Enfin, de quelque manière qu'on veuille traduire le mot loculus , soit un sachet, soit une bourse, ou quelque autre réceptacle que ce soit, on ne peut douter qu'on n'y désirât toute la bienséance requise.
Que si le concile n'exprime pas à quel usage devaient servir ces restes si soigneusement conservés, ce ministre devait entendre, que c'est qu'il n'y avait là rien de nouveau , et qu'on savait dans l'Eglise à quoi il fallait employer l'Eucharistie réservée. Ainsi, loin de s'imaginer que c'était là un commencement, ou quelque acheminement vers la réserve, il devait juger au contraire que c'en était une suite. Et en efTet, le concile ne se propose pas ici d'ordonner quelque chose de nouveau touchant l'usage des oblations moyennes , mais de faire observer l'ancienne coutume de l'Eglise, sicut Ecdesiaslica retentât consuetudo. Il fallait juger de même de la réserve, et ne se pas imaginer des nouveautés, comme notre ministre fait, sans fondement. Au surplus, il est aisé de juger, sans faire de grandes recherches, que ces restes étaient gardés pour les malades. La coutume de les communier était si constante , qu'on ne peut en imaginer un usage plus naturel. M. de la Roque ne s'y oppose pas; et puisqu'il consent lui-même à mettre la réserve de l'Eucharistie pour les malades, vers la fin du septième siècle, il nous indique tacitement le canon de ce concile de Tolède , tenu à l'extrémité du même siècle en G93.
Que si c'est par là que commence, selon M. de la Roque, la réserve pour les malades, on ne peut assez remarquer qu'on ne réserve que le pain seul. D'où vient cela, je vous prie, si ce n'est de l'ancien esprit de l'Eglise, qui de tout temps n'avait réservé que le pain sacré? C'est ce pain que l'on reçoit dans la communion domestique : c'est ce pain que Sérapion et saint Ambroise mourants reçoivent des mains de l'Eglise : c'est ce pain qu'on a vu partout dans la réserve. Ce que font les Pères de Tolède, lorsqu'ils commencent à faire garder, par un soin public, le pain sacré tout seul , vient du même esprit; et à vrai dire, ce n'est pas là un commence-
ment, c'est une suite du même dessein qu'on a toujours vu dans l'Eglise , et de cet inviolable respect qui lui a fait conserver toujours l'Eucharistie sous l'espèce où elle pouvait la conserver avec plus de sûreté et de décence.
On voit clairement le même dessein dans les décrets du pape Léon IV, au neuvième siècle, répétés par le célèbre Rathicr de Vérone , dans le dixième. On « y ordonne aux prêtres de célébrer dévotement » la messe , de prendre avec crainte le corps et le » sang de Notre Seigneur. » Voilà les deux espèces à l'endroit où il s'agissait du sacrifice; mais quelques lignes après, où il s'agit de la réserve de l'Eucharistie pour les malades, on ne parle plus que du corps : « Qu'on ne mette rien sur l'autel, si ce » n'est les coffrets avec les reliques des saints, cap- » SJE (le mot de châsses est venu de là); on peut y » mettre les quatre Evangiles, ou la boite avec le » corps de Notre Seigneur, pyxis, pour le Viatique » des malades'. » Qui ne voit que c'est de dessein, et pour dire ce qui se faisait effectivement , qu'on exprime ici le corps? C'est pourquoi le reste suit de même , et la boile nous détermine au même sens. Osera-t-on persister à dire , qu'on ait gardé le vin consacré dans une boite, in pijxide-? Etaitce dans de tels vaisseaux qu'on conservait les liqueurs? J'y vois l'encens, j'y vois les reliques, j'y vois le corps de Notre Seigneur, je n'y vois jamais le sang; et si l'on veut s'imaginer quelque fiole qu'on y renfermât, il serait parlé de la fiole comme de la boite, ce qui ne se trouve nulle part; au contraire, on trouve toujours ce mot avec le corps, et jamais une seule fois avec la liqueur sacrée; et sans sortir du siècle de Léon IV, on y trouve encore la boite dans les Capitulaires d'Hincmar, mais on n'y trouve que la sainte oblation; c'est-à-dire , manifestement le corps de Notre Seigneur. Il faut, dit Ilincmar', « demander au prêtre, s'il a une boite » où il puisse renfermer décemment l'oblation sainte » pour le viatique des malades, s
C'est une chose surprenante que l'anonyme, qui examine avec soin les passages que l'on vient de voir de Léon IV, et d'Hincmar, auteurs du neuvième siècle, où la boite de la réserve est si clairement exprimée", ne laisse pas de dire au même chapitre , que le premier qui parle de ces boîtes est Burchard, auteur latin du onzième siècle^ ; tant il avait de penchant à reculer, autant qu'il le pouvait, la mention d'un vaisseau, où, quelque semblant qu'il fasse, il reconnaît trop distinctement la réserve sous une seule espèce.
Quant à ce mot, oblation sacrée, je pensais que d'habiles gens ne me contesteraient pas que, dans le langage ecclésiastique, il signifie en particulier le pain que l'on offre et que l'on consacre à l'autel; mais puisqu'ils n'ont pas pris garde à cet usage, et qu'ils m'en demandent des exemples', je leur ai marqué les endroits où ils les peuvent trouver en très-grand nombre. S'ils en veulent du siècle d'Hincmar même, le docte du Gange leur en fournira'. Ils pouvaient, sans aller plus loin, en trou-
l.Tr, de ta Communion, p. 250; Décret, Lcon IV, lom. viii ; Conc. Labb., col. 35; Spicil., lom. ii , p. 2t58. —2. La Roq., Réf., p. 80, 81; Alton., p. 165. — 3. Capit. Hincm. ad Presb., c. vin, lom. VIII Conc, p. 573. — 4. Anon.,p. 164, 165. — 5. Pag. 177. — 6. La Roq., pag. 102; Aiioii., pog. 161, 165. — 7. Du Cange verbo, Oblatio , Oblata , etc.
nr-FENSE DE LA THADITION SUR LA COMMUNION
ver dans les cinlroils mêmes qu'ils examinaient. On trouve parmi les précejites de Léon IV, cette ordonnance adressée aux prêtres : Faites un signe de croix bien droit, c'est-à-dire, bien formé, selon l'usage ecclésiastique, sur le calice et sur l'oblation', c'est-à-dire, sur le calice et sur le pain. On voit ici l'oblation distinguée manifestement du calice, encore qu'il fût aussi olTerl; mais l'usage l'avait emporté, comme en d'autres passages, on appelle hostie le seul pain sacré; usage qui dure encore parmi nous , encore que le saint calice fasse partie du sacritice. On entendait donc par le mot d'oidation, ce qu'on entend encore à présent par celui d'hostie. M. de la Roque produit le canon vi du concile xvi de Tolède^, où l'on voit la même chose. Le tilre porte : Qu'il faut offrir une ohlation entière, et préparée avec soin'; c'est-à-dire, non pas un morceau de pain à sa fantaisie, mais un pain préparé exprès d'une certaine ligure, et d'une moyenne grandeur, comme il parait par les termes du canon, qui l'appellent, pour cette raison, une ablation moijenne, comme ce ministre le reconnaît. Nous en trouverons bien d'autres naturellement, et sans les chercher dans la suite de ce discours, que nos messieurs ont cité sans y faire de réflexion. Mais à présent, c'est perdre trop de temps à prouver une chose évidente, dont aussi tous ceux qui ont tant soit peu considéré ces matières sont d'accord.
On ne peut donc plus douter, qu'on ne voie dans le temps d'Hincmar, la réserve sous une seule espèce. On la voit dans l'Ordre romain qu'il faut bien mettre, quoi qu'en puisse dire l'anonyme', au-dessus du onzième siècle; puisqu'il est interprélé et suivi par des auteurs de huit à neuf cents ans. Cet auteur demeure d'accord sur ce vénérable cérémoniaP; Amalarius", qui l'interprète au neuvième siècle, et le Micrologue', qui fait la môme chose dans le onzième, parlent tous deux d'une troisième partie de l'hostie que l'on réservait pour les malades ; mais l'anonyme ajoute, qu'on réservait aussi du rin sacré. Si cela était, il le trouverait quelque part dans ces livres , où tout ce qui se fait, tant à l'égard du corps qu'à l'égard du sang, est marqué jusque dans le plus petit détail. Ce ne sera qu'en ce qui regarde la réserve, qu'il faut sous-entendre le sang, sans qu'il en soit dit un seul mot, et la figure synecdoche a le privilège qu'on la peut niellre partout où l'on veut. Amalarius dit expressément, au lieu cité par l'auteur*, que par « la par- » ticule de l'oblation que l'on met dans le calice, il » faut entendre le corps de Jésus-Christ ressuscité; » par celle qui est mangée par le prêtre et par le » peuple, on entend Jcsus-Christ marchant sur la » terre, et conversant avec les hommes; parcelle » qu'on laisse sur l'autel, on entend Jésus-Christ » enseveli, et la sainte Eglise l'appelle le Viatique » des mourants. » Il n'est pas ilil un seul mot du sang réservé. L'auteur objecte que le Micrologue dit que celte troisième partie se donnait à ceux qui devaient communier, et aux infirmes^ : Je le veux. Donc, poursuit-il, on communiait encore publiquement sous les deux espèces : oui, ceux qui étaient présents, je le veux encore. Donc on communiait
1. Décret. Léon. IV, sup. — 2. La Roq.,pag. 62. — 3. Conr. Tolet. XVI, can. 6, ann. 693; (. vi Conc, col. 1340. — 4. Anon., png. 166. — 5. Pag. 167. — 6. .\mal.. lib. m. 35. — 7. .Microl. 17. — 8. Amal , lib. v. 3.">. — 9. Mûroi. 17.
aussi les infirmes qui n'y étaient pas. Pour tirer cette conséquence, il faudrait trouver dans le cérémonial l'endroit où l'on réservât le sang pour eux, comme on y trouve partout l'endroit où on leur réserve le corps. Que s'il ne jiarait nulle pari, on voit bien qu'il n'y en avait aucun.
Mais, dit-on, dans l'Ordre romain de saint Grégoire, au rapport du docte Ménard , on communie les malades sous les deux espèces. Qui doute qu'on ne le fit dans les cas dont nous avons vu tant d'exemples? La question est de la réserve du sang précieux, qu'on trouverait dans l'Ordre romain, dans Amalarius, dans le Micrologue, aussi bien que celle du corps , si elle eût été en pratique.
On peut rapporter au même temps le chapitre : Pervenit, de consecratione , distinction, ii, qui est un canon d'un concile de Reims, où il est porté que « quelques prêtres font si peu d'état des divins » mystères, qu'ils donnent à des laïques, ou à des » femmes, le sacré corps de Notre Seigneur pour » le porter aux malades'; » ce que le concile défend sous de grandes peines, et ordonne que le prêtre communie lui-môme le malade. On ne reprend pas ces prêtres de n'avoir envoyé aux malades qu'une seule espèce , mais de ce qu'ils ne la donnaient pas eux-mêmes, comme leur charge les y obligeait; et l'on voit clairement dans ce canon la coutume de la réserve et de la communion des malades sous la seule espèce du pain.