‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 306 sur 631 · La Roq., p. 167. — 2. Première Réponse, p. 163, 179, etc · texte numérisé non relu

La Roq., p. 167. — 2. Première Réponse, p. 163, 179, etc

comme les traduit M. de la Roque' : « Comment » pourrait-on prouver qu'il ail été permis aux laï- » ques de porter l'Eucharistie dans leurs maisons « sous l'espèce du pain, et qu'il ne leur eût pas » été permis de la porter sous l'espèce du vin? » Mais que fait cela contre nous? Ce docte évèque a raison de dire qu'en soi il n'est pas plus défendu d'emporter le sang que le corps; mais qu'on l'ait toujours fait ainsi, et qu'on pût également réserver les deux symboles, qui est précisément notre question, ni cet évèque ne le dit, ni la chose n'est véritable; et dans ce lieu il ne s'agissait point d'entrer plus avant dans cet examen.

M. de la Roque m'oppose souvent Cassander^, savant auteur du siècle passé. Il me reproche d'avoir le malheur de n'être pas conforme à ses sentiments. Le malheur en tout cas ne sera pas grand , puisqu'il sait bien que cet auteur assez ambigu est parmi nous d'une médiocre autorité. Mais pour n'y plus revenir, je suis bien aise de lui rapporter une bonne fois le sentiment de cet homme, afin qu'il voie s'il s'en accommode. « Il faut confesser, dit-iP, » que les anciens n'ont pas estimé l'union des deux » espèces si fort nécessaire , que si on les séparait, » pour quelque nécessité ou quelque grave raison, » ils pensassent que la vraie raison et essence du » sacrement ne pût consister dans une seule espèce. » Ils pensaient au contraire que pour recevoir l'ef- » ficace du sacrement, si le temps le demandait » ainsi, une seule espèce était suffisante, principa- » lement si cela se faisait extraordinairement, lors- » qu'on prenait le sacrement , non pour la repré- » sentation , mais pour l'efficace ; comme il est », constant qu'on le faisait dans la communion do- » mestique et dans celle des malades , encore qu'il » soit certain que quelquefois on les communiait » sous les deux espèces. Ceux donc qui pressent de I) telle sorte l'usage des deux espèces, qu'ils rejet- » tent comme un sacrilège la dislribution d'une » seule, pour quelque cause que ce soit, et qui » disent que ce n'est pas un sacrement, n'ont pas » assez d'égard à l'autorité de l'Eglise et à la paix.» Sur ce fondement, il ne permet pas de « condamner » la coutume de communier le peuple sous une es- » pèce, introduite en Occident depuis quelques siè- » clés, ni d'accuser d'impiété ceux ^ui s'en conten- » tent; mais il veut qu'on enseigne au peuple que » le fruit de ce sacrement ne consiste pas à recevoir » une espèce ou deux, mais à communier digne- » ment. »

Plût à Dieu que nos adversaires fussent capables d'entrer dans des sentiments si équitables! Il ajoute « qu'il faut suivre ici le conseil de l'Apôtre : » Que celui qui boit ne méprise pas celui qui ne » boit pas; et que celui qui ne boit pas ne juge pas » celui qui boit. » C'est aussi ce qu'on pratique parmi nous. Nous laissons aux Eglises orientales , qui se réunissent à nous, leur usage de communier sous les deux espèces, comme elles ne nous chicanent pas sur le nôtre; et si l'on n'a pas usé toujours de la mèqie condescendance, nous en dirons ailleurs les raisons. En attendant, il parait que ce Gassander, tant vanté par nos adversaires, traite la

1. Observ., Ub. i; Observ. lih. iv, de Comm. Lalcor. — 2. La Roq., p. 180, 1S7, 194, 268, 2S9. — 3. Consult-, art. xxii , de Corn, sub. utr. spec.

DÉFENSE DE EA THADITION DE LA COMMUNION

chose d'indilTérenle. Voilà ce qu'a fail dire une grande cniinaissance de l'antiquilé , .à un homme qui a lanl voulu rétablir la communion sous les deux espèces , qu'il s'en est rendu suspect. Et néanmoins à la tin, et dans le dernier ouvrage où il a parlé de cette matière, il revient en substance à notre doctrine; en quoi il est d'autant plus croyable qu'il écrit ce que nous venons de voir dans une occasion où il était expressément consulté par l'empereur Ferdinand , et aigres y avoir autant pensé qu'une si grande occasion le méritait.

Venons au cardinal Baronius. Il est vrai que, dans le cours de son histoire, à l'occasion du désordre arrivé à Constantinople, quand on y déposa si violemment saint Chrysoslome, il dit qu'autrefois, « on avait coutume de garder l'Eucharistie, » non-seulement sous l'espèce du pain, mais en- » core sous les deux espèces'. » Il avait dit dans un autre endroit, où il traite expressément celte matière^, « qu'encore que les fidèles reçussent au- » trefois l'Eucharistie sous deux espèces dans le » temps du sacrillce, toutefois, lorsqu'ils commu- » niaient, ou dans leur maison, ou même dans » l'église hors de ce temps, ils recevaient la seule » espèce qu'on réservait, qui était celle du pain; )) et, poursuit-il , on ne lit nulle part qu'on en ait » jamais réservé une autre. » Ces deux passages sont assez contraires. Que si ce savant cardinal, dans un travail aussi grand que celui des Annales de l'Eglise, n'a pas pu examiner toutes les choses avec une égale exactitude, et que, pour n'avoir pas pris des principes assez fermes en cette matière , 11 ne soit pas bien d'accord avec lui-môme, ou que dans un ouvrage si vaste, il lui arrive quelquefois d'oublier en un endroit ce qu'il aura étalili en un autre; c'est à nous à ne déférer à ses sentiments, qu'autant que nous les trouverons soutenus par de bonnes raisons.

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