SUR L'ADORATION DE LA CROIX
J'ai trop tardé, mon très-cher frère, à faire réponse à vos deux lettres et à votre écrit. La volonté pourtant ne m'a pas manqué , et je vous ai eu continuellement présent; mais je n'ai trouvé qu'à présent le loisir où j'eusse l'esprit tout à fait libre pour vous répondre. Je commencerai par vous dire que l'ardeur que vous ressentez pour le martyre est un grand don de Dieu , mais ne s'en présentant point d'occasion, il ne faut pas tant s'occuper de cette pensée, qui pourrait faire une diversion aux occupations véritables que votre état demande de vous. Songez que la paix de l'Eglise a son martyre. La vie que vous menez vous donnera un rang honorable parmi ceux qui ont combattu pour le nom de Jésus-Christ; et tout ce que vous aurez soulTcrt dans les exercices de la pénitence vous prépare une couronne qui approche fort de celle du martyre. Saint Paul vous a marqué quelque chose de plus excellent que le martyre même, lorsqu'il a fait voir en elTet quelque chose de plus grand dans la charité. Je vous montrerai , dit-il', une voie plus excellente; c'est celle de la charité, dont vous tirerez plus de fruit que vous n'en auriez quand vous auriez livré tous vos membres les uns après les autres à un feu consumant. Prenez donc cette couronne, mon cher frère, et consolez-vous en goûtant