‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 381 sur 631 · LETTRE SUR L'ADURATION DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LETTRE SUR L'ADURATION DE LA CROIX

on est lionne do choses qui ont un sens si raisonnable. En vôrilt , cela fait pili6, et quand on songe que ces chicanes sont poussées jusqu'à rompre l'unité, cela fail horreur. ,

Ceux qui vous ont dit qu'on devait honorer ou adorer tout ce qui sortait du corps de Jésus-Chris*, n'ont pas pris de justes idées de ce qu'on honore , d'où il faut exclure tout ce qui a certaines indécences : mais qu'on ne doive honorer tout ce qui serait sorti du corps du Sauveur pour l'amour qu'il avait pour nous, et qui servirait par conséquent à nous faire souvenir de cet amour, comme les larmes et le sang qu'il a versés pour nos péchés, comme les sueurs que ses saints et continuels travaux lui ont causées , et les autres choses de celte nature , on ne le peut nier sans être insensible à ses bontés. Savoir s'il reste quelque part ou de ce sang , ou de ces larmes, c'est ce que l'Eglise ne décide pas : elle tolère même sur ce sujet là les traditions de certaines Eglises, sans qu'on doive se trop soucier de remonter à la source : tout cela est indifférent , et ne regarde pas le fond de la religion. Je dois seulement vous avertir que le sang et les larmes qu'on garde comme étant sorties de Jésus-Christ , ordinairement ne sont que des larmes et du sang qu'on prétend sortis de certains crucilix dans des occasions particulières, et que quelques Eglises ont conservés en mémoire du miracle : pensées pieuses, mais que l'Eglise laisse pour telles qu'elles sont, et qui ne font ni ne peuvent faire l'objet de la foi.

Je suis bien aise, mon cher frère, que vous receviez cette lettre avant le vendredi saint; non que je croie que vous hésitiez sur l'adoration de la croix : vous êtes en trop bonne école pour cela : mais afin que vous la pratiquiez avec de plus tendres sentiments , en regardant tout le mystère de Jésus-Christ ramassé dans la seule croix, et tous

les sentiments de la piété ramassés dans l'honneur que vous lui rendez.

C'est là , mon cher frère , que vous puiserez un invincible courage pour souffrir jusqu'à la lin le martyre où vous engage votre profession , vous contentant de la part que Jésus-Christ vous veut donner à ses souffrances et à sa couronne.

C'est là que vous formerez une sainte résolution de porter votre croix tous les jours; et ce joug que votre Sauveur a mis sur vos épaules vous sera doux.

C'est là enfin que vous serez embrasé d'un saint et immuable amour pour Jésus-Christ , qui a porté vos péchés sur le bois, qui vous a aimé, et qui a donné sa vie pour vous : et vous lui rendrez d'autant plus d'honneur, que l'état où vous le verrez sera plus humiliant.

Demandez à votre cher Père ma Lettre pastorale aux fidèles de mon diocèse : vous y trouverez beaucoup de difficultés sur le culte extérieur résolues, si je ne me trompe, assez nettement. J'aurai soin de vous envoyer tous mes ouvrages aussitôt qu'on le pourra, puisque vous le souhaitez.

J'adresse cette réponse au monastère de N., où je présume que vous pourrez être de retour, et d'où en tous cas votre cher Père voudra bien vous l'envoyer. Rendez-vous digne de porter son nom , et de la tendre amitié dont il vous honore : quand il trouvera à propos de vous élever aux ordres, nonobstant votre répugnance, je lui oITre de bon cœur ma main, et je réglerai volontiers sur cela les voyages que je ferai à N., qui est assurément le lieu du monde où je m'aime le mieux après celui auquel Dieu m'a attaché. A vous de tout mon cœur, et sans réserve, mon très-cher frère, et fidèle

■f J. Bénigne, Ev. de Meaux.

A Versailles, le 17 mars 1691.

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