‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 392 sur 631 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du travail , ensemble du silence et de l'amour de la retraite.

I. C'est une vertu apostolique de travailler pour vivre; les sœurs la pratiqueront exactement, et ne craindront rien tant que l'oisiveté. Elles accoutumeront les nouvelles catholiques a. être appliquées au ménage et au travail, pour les rendre capables de gagner leur vie, soit dans le service, soit dans le mariage , selon que Dieu les appellera. Enfin elles seront persuadées que l'application au travail est comme le fondement de cette maison , et elles auront soin de ne l'interrompre jamais que pour les autres excercices nécessaires qui leur seront prescrits.

IL Le travail se commencera et se finira par une courte prière, par laquelle on rapportera tout à Dieu : quelque partie du temps qu'on y emploiera sera donné à la lecture, que chacune écoutera attentivement. Toutes les filles feront leur travail en esprit de pénitence, se souvenant de cette ancienne malédiction par laquelle l'homme pécheur fut justement condamné à gagner son pain à la sueur de son visage'. Elles s'accoutumeront en toutes choses à joindre à la vie agissante les sentiments de la piété, qui, selon l'Apôtre^, est utile à tout.

III. Comme celles qui parlent beaucoup aiment ordinairement la fainéantise', les sœurs et les nouvelles catholiques joindront le silence au travail. Elles ne parleront donc en travaillant que de choses qui regarderont leur ouvrage, si ce n'est que la supérieure juge à propos de mettre en avant quelque histoire pieuse, ou quelques discours tendant à l'édification , ou de faire chanter quelquefois quelque cantique spirituel et quelque air de dévotion. Les sœurs donneront aux nouvelles catholiques une honnête liberté d'esprit pendant le travail.

IV. Toutes les sœurs aimeront la retraite, et observeront autant qu'il se pourra le silence, qui est comme le gardien de l'àme , et qui empêche que la dévotion ne se dissipe; il ne leur sera pas permis de faire aucunes visites inutiles, mais seulement celles qui seront de nécessité ou de charité. Elles se mettront à genoux devant l'image du Fils de Dieu , pour se recueillir en lui avant que de sortir : elles ne mangeront pas dehors, et ne s'attacheront point au monde par des amitiés particulières.

V. Les hommes n'entreront point communément dans la maison ; on admettra plus facilement les femmes dont la conversation sera honnête, et qu'on saura ne devoir point troubler le silence ni le repos.

VI. Quand les sœurs iront au parloir, elles porteront en mains leur ouvrage , et n'interrompront point le travail : elles ne pourront y être qu'une heure ou environ avec même personne, et ne chercheront pas de longs entreliens avec leurs directeurs et confesseurs.

Page 1