DU MÉRITE DES OEUVRES
Sun le mérite des œuvres, l'Eglise catholique croit que la vie éternelle doit être proposée aux enfants de Dieu , et comme une grâce qui leur est miséricordieusement promise par Notre Seigneur Jésus-Christ, et comme une récompense qui leur est fidèlement rendue en vertu de cette promesse-.
1 . Paul Ferry, celui même dont Bussuet a réfuté le Catéchisme.
2. Ce sont les propres paroles du concile de Trente. Sess. v, cap. 16.
Elle croit que le mérite des œu\Tes chrétiennes provient de la grâce sanctifiante, qui nous est donnée gratuitement par Jésus-Christ , et que c'est un etïet de l'intluence continuelle de ce divin chef sur ses membres.
Comme c'est le Saint-Esprit qui fait en nous , par sa grâce, tout ce que nous faisons de bien, l'Eglise catholique ne peut croire que les bonnes œuvres des fidèles ne soient très-agréables à Dieu, et de grande considération devant lui ; et elle se sert du mot de mérite pour signifier la valeur , le prix et la dignité de ces œuvres, que nous faisons par la grâce du Saint-Esprit. Mais comme toute leur sainteté vient de Dieu, qui fait les bonnes œuvres en nous, elle enseigne, qu'en couronnant les mérites de ses serviteurs, il couronne ses dons^.
Enfin elle enseigne, que nous qui ne pouvons rien de nous-mêmes, pouvons tout avec celui qui nous fortifie; en telle sorte, que l'homme n'a rien de quoi se glorifier ni de quoi se confier en luimême, mais que toute sa confiance et toute sa gloire est en Jésus-Christ, en qui nous vivons, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons, faisant des fruits dignes de pénitence, qui ont de lui toute leur force, par lui sont offerts au Père, et en lui sont acceptés par le Père^. C'est pourquoi nous demandons tout, nous espérons tout, nous rendons grâces de tout par Notre Seigneur Jésus-Christ, etc. Nous ne comprenons pas qu'on puisse nous attribuer une autre pensée.
DE l'eucharistie ET DU SACRIFICE.
Sur la sainte Eucharistie, l'Eglise distingue deux choses; savoir, la consécration, et la manducation ou participation actuelle de cette viande céleste'.
1. Absit ut christianus homo in se ipso vel confidat vel glorietur, et non in Doniiuo; cujus tanta est erga omnes homines bonitas, ul eorum velit esse mérita quai sunt ipsius dona. Idem.
2. Nam qui ex nobis tanquam ex nobis nihil possumus , eo coopérante qui nos confortât omnia possumus : ita non habet homo uode glorietur ; sed omnis gloriatio nostra in Christo est, in quo viviraus, in quo raerenmr, in quo satisfacinius , f^ieientes fructus di^nos pœnitentiae , qui ex ï\u> vim habent,ab illo offernntur Patri, per illum aoceptantur à Pâtre. Sess. xiv, cap. 8.
3. Notez , par ce qui suit , que la doctrine du sacritice de l'Eucharistie est une dépendance de celle de la réalité. {Edit. de Déforis.)
PROJET UE REUNION DES PROTESTANTS DE FRANCE
Par la consi'cralion , nous croyons que le pain et le vin sont changés réellement au corps et au sang de Jésus-Clirisl.
Par la manducation, nous croyons recevoir ce corps et ce sang aussi réellement et aussi subslanticlleinenl qu'ils ont été donnés pour nous à la croix.
Nous croyons que ces deux actions distinctes , c'est-à-dire, tant la consécration que la manducation, sont trcs-agréables à Dieu.
C'est en la consôcralion iiue consiste principalement l'action du sacrilico i]ue nous reconnaissons dans l'Eucliarislie , en tant que la mort de Jésus- Christ y est représentée , et que son corps et son sang y sont mystiquement séparés par ces divines paroles : Ceci esl mon corps ; ceci est mon sang.
Nous croyons donc que, par ces paroles, nonseulement Jésus-Christ se met lui-même actuellement sur la sainte table, mais encore qu'il s'y met revêtu des signes représentatifs de sa mort. Ce qui nous fait voir que son intention est de s'y mettre comme immolé; et c'est pourquoi nous disons que celle table est aussi un autel.
Nous croyons que cette action , par laquelle le Fils de Dieu est posé sur la sainte table sous les signes représentatifs de sa mort, c'est-à-dire, la consécration , porte avec soi la reconnaissance de la haute souveraineté de Dieu , en tant que Jésus- Christ présent y renouvelle la mémoire de son obéissance jusqu'à la mort de la croix, et l'y perpétue en quel(]ue sorte.
Nous croyons aussi que celte môme action nous rend Dieu propice, parce qu'elle lui remet devant les yeux la mort volontaire de son Fils pour les pécheurs, ou plutôt son Fils môme revêtu, comme il a été dit, des signes représentatifs de cette mort par laquelle il a élé apaisé.
C'est pour cela que nous disons que Jésus-Christ s'ofl're encore dans l'Eucharistie : car, s'étant une fois dévoué pour être notre victime , il ne cesse de se présenter pour nous à son Père , selon ce que dit l'Apôtre', qu'il parait pour nous devant la face de Dieu.
Il ne faut point disputer du mot. Si l'on entend par offrir, l'oblation qui se fait par la mort de la victime, il est vrai que Jésus-Christ ne s'offre plus. Mais il s'offre, en tant qu'il parait pour nous, qu'il se présente pour nous à Dieu, qu'il lui remet devant les yeux sa mort et son obéissance, en la ma nière qui est expliquée ici.
Nous croyons donc que sa présence sur les saints autels, en cette figure de mort, est une oblation continuée qu'il fait de lui-même, et de sa mort et de ses mérites pour le genre humain. Nous nous unissons à lui en cet état, et nous l'offrons, ainsi qu'il s'offre lui-môme, protestant que nous n'avons rien à présenter à Dieu que son Fils et ses mérites. Si bien que le voyant par la foi présent sur l'autel, nous le présentons à Dieu comme notre unique propitiateur par son sang; et tout ensemble nous nous offrons avec lui, comme des hosties vivantes, à la majesté divine^.
Ce n'est pas bien raisonner que de dire que l'oblation de la croix n'est pas suffisante, supposé
1. //«ôr., IX. 21. — 2. Nutez que c'est Jésus-Chri&t qui offrj, et nuus par uuioo uvec lui.
que Jésus-Christ s'offre encore dans l'Eucharistie; de même ((u'il ne s'ensuit pas qu'à cause qu'il continue d'intercéder pour nous dans le ciel , son inter cession sur la croix soit imparfaite et insuffisante pour notre salut.
Tout cela n'empêche donc pas qu'il ne soit trèsvéritable que Jésus-Christ n'est offert qu'une fois; parce que encore qu'il se soit offert en entrant au monde pour être notre victime, ainsi que l'Apôtre le remarque'; encore que nous croyions qu'il ne cesse de se présenter pour nous à Dieu, non-seulement dans le ciel , mais encore sur la sainte table; néanmoins tout se rapporte à celte grande oblation, par laquelle il s'est olfert une fois à la croix, pour être mis en noire place, et souffrir la mort qui nous était due. El nous savons que tout le mérite de notre rédemption est tellement attaché à ce grand sacrifice de la croix, qu'il ne nous reste plus rien à faire dans celui de l'Eucharistie, que d'en célébrer la mémoire et de nous en appliquer la vertu.
Aussi ne pensons-nous pas que la victime que nous présentons dans l'Eucharistie, y doive être de nouveau effectivement délruile; parce que le Fils de Dieu a satisfait une fois très-abondamment à cette obligation par le sacrifice de la croix , comme l'apôtre saint Paul le prouve divinement dans son Epitre aux Hébreux^. Tellement que le sacrifice de l'Eucharistie étant établi en commémoration , il n'y faut chercher qu'une mort et une destruction mystique , en laquelle la mort effective que le Fils de Dieu a soufferte pour nous soit représenlée.
Tel esl le sacrifice de l'Eglise, sacrifice spirituel, où le sang n'est répandu qu'en mystère , où la mort n'intervint que par représentation ; sacrifice néanmoins très-véritable, en ce que Jésus-Christ, qui en est l'hostie, y est réellement contenu sous cette figure de mort; mais sacrifice commémoralif , qui ne subsiste que par sa relation au sacrifice de la croix', et en lire toute sa vertu.