‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 415 sur 631 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

d'une lettre de m. BEGNEGGHER , DE STRASBOURG, A M. BACHELLÉ , PASTEUR,

Sur les projets de réunion , dont il se moque. 27 janvier 16G7.

Me trouvant, il y a deux ans, à Ratisbonne , je rencontrai à la cour de Sa Majesté Impériale deux religieux espagnols qui y négociaient des affaires secrètes, lesquels parlaient de cette réunion (des religions) comme d'une affaire fort aisée, et à laquelle le roi" leur raaitre avait une inclination trèsforte, et môme leur avait donné commission d'en conférer avec les nôtres. A moins que Dieu ne fasse des miracles, ces choses ne me semblent désormais que de beaux songes. Et quelquefois la peau de lion ne servant plus de rien, on prend celle du renard.

Du même au même, du 3 février 16G1 .

Depuis que j'ai su qu'un des piliers de la religion protestante s'est amusé d'entretenir, plus de deux ans, un de ses ministres à la cour de Rome pour la llatler, je ne m'étonne plus de ce qu'il vous a plu me mander dernièrement d'une nouvelle espèce de syncrétisme.

Les grands se moquent de Dieu (\m se moquera

d'eux; à quoi il a ajouté ces paroles, ou semblables : mais bien que les choses changeraient en pis , Je ne cliangerai en rien la résolution que J'ai faite de demeurer, etc.

M. Ferry a ajouté de sa main, à cet extrait, l'observation suivante : « Peut-être qu'il entend parler de M. Spanhcim, qui a bien été en ce temps-là à Rome connu de tous pour caresser les grands, et où il a composé et fait imprimer un livre de médailles. »

RÉCIT FAIT PAR LE MINISTRE FERRY , Du ce qui s'est passé <iu sujet du Projet de réunion.

Le dimanche 9 janvier 1G67, sur le soir, MM. de Dampierre et de Batilly vinrent me trouver chez moi pour me dire, comme ils firent, que M. le lieutenant-général avait été chercher M. de Dampierre chez lui; et qu'ayant appris de madame sa femme qu'il était au catéchisme , il l'avait priée d'envoyer un laquais le prier de sa part, lorsqu'il en sortirait, de prendre avec lui M. de Batilly, et do le venir trouver pour quelque chose importante qu'il avait à leur communiquer. Eux étant arrivés, il leur avait dit avoir charge de ne leur parler qu'en présence de M. de la Voilgarde; qu'étant allés ensemble chez lui, et l'y ayant trouvé, il leur avait alors déclaré qu'il avait ordre, et faisait sourdement entendre que c'était du roi, de leur faire entendre que Sa Majesté désirait passionnément de voir tous ses sujets réunis en une même créance, que ce serait une couronne ajoutée à la sienne ; qu'ils en communiquassent donc avec les quatre pasteurs, et eux avec peu d'autres. Et au cas qu'ils y trouvassent les esprits disposés, on choisirait de part et d'autre, en pareil nombre, gens paisibles, qui conféreraient ensemble sans dispute des moyens de s'accorder. Sur lequel récit que ces messieurs me Firent, je leur fis connaître que Je trouvais cette proposition étrange , qu'assurément il n'y avait point d'ordre du roi, et je leur en dis mes raisons; et même que le sentiment de ceux qui m'avaient parlé était que cela ne se fit qu'en une assemblée générale du royaume , mais qu'auparavant il y aurait bien des préparations à faire; et je leur dis que j'en parlerais le mercredi suivant, après le prêche, à mes collègues, lesquels ayant tous prié de monter en notre chambre, M. de Batilly présent, nous Irouvâines bon, d'un commun accord, d'en parler à quelques autres que nous appellerions avec nous. Mais parce que M. de Comble qui était de semaine, ne put être induit à s'y trouver qu'après sa semaine, nous remimes à nous assembler le lundi suivant; et parce que ce Jour-là les diacres rendaient leurs comptes en la chambre ordinaire du conseil, je proposai que ce fût chez M. du liac , fort contraire à cette proposition comme sa femme, le plus ;\gé, et qui avait sa maison au milieu de la ville et à deux issues, et fut pris l'heure à trois après midi; et iiroposai d'y appeler M. lîachellé, le ministre, à cause de la matière, à qui fut aussi ajouté M. Jennct, s'il était en ville, avec inesdits sieurs Dampierre et Batilly, M. du Chat, conseiller, qui fut contre, M. Persod , conseiller, MM. Duclos, frères, M. Ancillon; tous

A L'ÉGLISE CATHOLIQUE

lesquels étant assemblés ledit jour, à ladite heure, excepté MM. Jennet et du Chat, la proposition étant ouverte par lesdits deux messieurs, et moi voulant prendre les voix comme étant de semaine, je fus prié par MM. mes collègues, les du Bac et autres de la compagnie, de commencer à opiner, à cause de l'importance de la matière : à quoi je crus ne devoir pas résister; et après avoir témoigné ma surprise de celte proposition, dit les raisons que je croyais avoir de ne croire pas que le roi eût donné charge de la faire, fait un succinct récit de ce que M. de Bossuet et les Jésuites avouaient, les avances qu'ils avaient faites, le sujet qu'il y avait de louer Dieu, de les voir nous avouer des articles pour lesquels on nous avait autrefois persécutés, que cela pouvait servir à faire voir aux raisonnables qu'il n'y avait pas tant de sujet de nous haïr qu'ils avaient cru ; je dis pourtant que je ne voyais pas grande espérance qu'ils fussent avoués, en tout cas que ce n'était pas à nous à entrer en ces discussions, que nous n'étions qu'une Eglise particulière et hors du royaume, qui avons pourtant une même confession de foi et même discipline signées avec les Eglises de France, sans lesquelles nous ne devions rien faire de cette nature; mais qu'il fallait faire une réponse honnête et modeste, parce que le roi en pourrait être averti. Toute ,1a compagnie ayant été de mon avis, je proposai, et M. du Bac aussi, de le mettre par écrit, ce qui fut trouvé bon, et du papier et de l'encre apportés à l'instant. Sur quoi je lus à la compagnie la minute que j'en avais toute dressée, laquelle sembla un peu trop longue; et après que la manière d'en faire une autre eût été fort contestée , que M. du Bac et MM. du Clos et Ancillon , avocats, se furent joints ensemble pour en faire une autre , et l'eurent lue , elle fut encore plus débattue : enfin il fallut se rapprocher de la mienne; et après que j'eus fort insisté à ce qu'on y mit quelques olïres d'y apporter en temps et lieu tout ce que nous pourrions, selon que la vérité et la conscience pourraient permettre , enfin toute la compagnie s'y réunit, l'ayant trouvée raisonnable, sans péril et sans conséquence, et qui pourrait satisfaire Sa Majesté, aussi bien que tous les autres qui la pourraient voir, et qu'il en fallait instruire. Et étant enfin dressée comme elle est ici , je proposai de la signer ; mais je fus suivi de peu. Les ayant remis au retour des deux messieurs, qui furent priés de la porter à M. le lieutenant-général; ce qu'ils firent dès le lendemain , car il était six heures et demie quand nous sortîmes; et les ayant ledit M. le lieutenant-général menés chez M. de la Voitgarde, là ils lui firent la réponse verbale, et enfin la lui laissèrent copiée; et parce qu'ils lui refusèrent de la signer avec lui, il refusa de leur donner copie de la proposition qu'il en avait faite, comme il avait olTert. Ce que M. de Batilly ayant rapporté à la môme compagnie, le mardi 25, chez M. du Bac, excepté M. de Dampierre , et M. Fibiel appelé, qui n'y avait pu èlre la première fois, il fut dit qu'on en demeurerait là; et M. du Clos fut prier M. Dampierre de dire à M. le lieutenant-général , s'il le trouvait à la rencontre, et s'il lui en tenait encore quelques propos , que la compagnie n'avait point trouvé devoir rien faire davantage, et de mettre entre les mains de M. Ancillon ledit avis.

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