CHAPITRE XIII
Premier ordre, ou première classe des controverses.
Elle comprend celles qui consistent dans des équivoques, ou dans des disputes de mots.
Premier exemple. — Si le sacrement de l'autel est un sacrifice. En ce point la dispute ne consiste pas à savoir si l'Eucharistie peut être nommée sa-
ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE
criPice; car tout le monde en est d'accord; mais si c'est un sacrifice proprement appelé ainsi. Or celte question se réduit aux termes; puisque les protestants, aussi bien que le cardinal Bellarmin, selon la phrase de l'Ancien Testament prennent le sacrifice proprement dit, dans l'occision d'un animal ou d'une substance animée , en l'honneur de Dieu et par son commandement : auquel sens l'Eglise romaine bien persuadée, aussi bien que la protestante, que Jésus-Christ ne meurt plus et ne répand point de nouveau son sang, ne prétend pas que l'Eucharistie soit un sacrifice. Elle veut donc seulement qu'elle soit un sacrifice proprement dit , par opposition aux autres sacrifices, qui sont nommés tels encore plus improprement, comme à celui des lèvres et de la prière, ou à cause que le même sacrifice ûfîert pour nous , et le même sang répandu pour nous à la croix, nous est donné très-réellement dans l'Eucharistie, pour y être pris, nonseulement par la foi , mais encore par la bouche du corps; auquel sens les protestants peuvent accorder que l'Eucharistie est un sacrifice proprement dit; ce qui montre , plus clair que le jour, que ce n'est ici qu'une dispute de mots; puisque les parties demeurent d'accord que Jésus-Christ ne meurt pas dans l'Eucharistie, que la manière réelle dont il y est présent et mangé , en mémoire et avec représentation du sacrifice une fois offert à la croix, et en ce sens irréitérable , peut être appelé un sacrifice proprement ou improprement dit , selon la diverse acception de ces termes. C'est ce que dit expressément Matthieu Gallien , auteur catholique, dans son Catéchisme {Caléch. xni, pag. 422). J'ajouterai que saint Gyprien et saint Cyrille appellent l'Eucharistie « un très-véritable et très-singulier » sacrifice, plein de Dieu, très-vénérable, très-re- » doutable, très-sacré et très-saint*. » On pourrait peut-être encore accorder que l'Eucharistie n'est pas seulement un sacrifice commémoratif, et en ce sens improprement appelé tel, selon la définition des protestants ; mais que c'est même une certaine oblation incompréhensible du corps de Jésus-Christ, immolé pour nous à la croix; et en ce sens un vrai sacrifice, Ou si l'on veut, proprement dit d'une certaine manière. Saint Grégoire de Nysse dit expressément-, « que Jésus-Christ, à la » fois sacrificateur et victime, s'est offert pour nous » comme une hostie, s'est immolé comme une vic- » time, lorsqu'il nous a donné sa chair et son sang; » parce que, comme on ne mange point une victime » animée , il fallaitque son corps et son sang , qu'il » donnait à manger et à boire, fussent immolés au- » paravant d'une manière secrète et invisible. » Et sai^nt Irénée' : « L'oblation de l'Eglise, que Jésus- » Christ lui a enseignée, est tenue pour un sacri- » fice très-pur et très-agréable à Dieu. On fait des » oblations dans le Nouveau Testament comme dans » l'Ancien, et il n'y a que la forme qui en est chan- '' gée; parce que l'une de ces oblations est offerte » par le peuple esclave , et l'autre par le peuple » libre. » Saint Augustin* : « Pour tout sacrifice et «pour toute oblation, » c'est-à-dire, au lieu de celles de l'Ancien Testament, « dans le Nouveau on
1. Cyril. ,Catech., xxiti; Cjpr , Ep.. Lxiti. — 2. Orat. i. <i.; Kesurr. Christi. — 3. Lih. iv. c. xxxiv. — 4. De Civil. Dci , lib. xvii, c. XX.
» offre le corps de Jésus-Christ, et on le donne à » ceux qui y participent. » Le second concile de Nicée' : « Jésus-Christ ni les apôtres n'ont jamais » dit que le sacrifice non sanglant fût une image; » mais ils ont dit que c'était le propre corps et le » propre sang. » Nicolas Cabasilas (l'un des plus doctes théologiens de l'Eglise grecque) écrit, dans YExposUion de la liturgie- : « Ce n'est point ici la » figure d'un sacrifice et l'image du sang, c'est » vraiment une immolation et un sacrifice. »