CHAPITRE XXVI
Troisième exemple. — Sur le mérite des bonnes œuvres, il y a deux opinions célèbres dans l'Eglise romaine. Scot enseigne que les œuvres des régénérés ne sont point méritoires par elles-mêmes; mais par l'acceptation et la disposition de Dieu , qui les destine à la récompense. Vasquez et ses sectateurs disent au contraire que les bonnes œuvres des justes, sans avoir besoin d'aucun pacte ou acceptation de Dieu, méritent la vie éternelle par un mérite de condignité; et qu'encore qu'il y ail une promesse, elle ne fait rien au mérite. Pour accommoder cette atTaire, il faut prier les catholiques romains d'embrasser la doctrine de Scot , qui dans le fond est la même que celle des protestants. Car ils nient dans les bonnes œuvres un mérite de condignité, et ne font point de difficulté d'y reconnaître avec les saints Pères, un mérite dans un sens plus étendu et impropre, tel qu'est celui qu'on acquiert par une pure libéralité et rémission gratuite. Au reste, Vasquez demeure d'accord que la doctrine de Scot convient dans le fond avec celle des protestants, et le Père Denis, capucin, a remarqué', « que » les protestants demeurent d'accord que les bonnes » œuvres des justes méritent véritablement les se- » cours de la grâce actuelle, et l'augmentation de )) la grâce habituelle, et les degrés de la gloire; » qu'on peut concevoir quelque confiance par les » bonnes œuvres. » Il ajoute, « qu'on peut soutenir » que le premier degré de gloire ne tombe pas sous » le mérite, et que les bonnes œuvres ne sont pas » méritoires de soi avec une exacte condignité et » de droit étroit. » Les Wallembourg enseignent la même doctrine, et ne reconnaissent « de mérite que » dans un sens plus étendu et pour l'augmentation, » mais non pas dans le premier degré de gloire , » sans qu'il y ait dans les bonnes ceuvres, une con- » dignité proprement dite , ni une entière propor- » tion avec la gloire éternelle, quoiqu'elle leur soit » promise par miséricorde, et qu'elles l'obtiennent » vraiment et proprement. »