‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 514 sur 631 · Se^s. ly, dcr. de edit.; etc · texte numérisé non relu

Se^s. ly, dcr. de edit.; etc

Pour ce qui est de la tradition, le même auteur demeure d'accord que nous lui devons « non-seule- » ment l'Ecriture sainte, mais encore la légitime et » naturelle iulerprélalion de cette Eci'ituro, el qu'il » y a des vérités que l'on ne peut connaître que par » son secours; » ce qui nous sulTil; en sorte que cet article esl pleinement concilié, si l'on en croit ce savanl homme.

Quant à la restriction des articles fondamentaux, au discernenicnl desquels il semble réduire l'autorité de la Tradition, s'il entend jiar ces articles ceux qui sonl contenus dans les trois Symboles reconnus par les luthériens, c'est en vain qu'il nous propose la Tradition comme un moyen pour concilier les différends; puisque nous n'en avons aucun sur ces articles. Il faut donc qu'il reconnaisse la Tradition, non-seulement à cet égard, mais encore dans tous les articles révélés de Dieu, et qui regardent la piété el le salut; ce qui esl précisément notre doctrine.

De l'infaillibilité de l'Eglise , et des conciles œcuméniques.

IL Que l'auteur et les luthériens n'ont qu'à s'accorder arec eux-mêmes pour cire d'accord avec iious. — C'est tenir au fond l'Eglise infaillible, que de dire, avec notre auteur, « qu'il se tiendra un con- » cile général, où toutes nos controverses seront 1) décidées en dernier ressort el sans retour, et que 1) ce concile aura pour fondement et pour règle l'E- 1) crilure, le consentement de l'ancienne Eglise, du » moins des cinq premiers siècles, et même le con- 1) senlement des Églises patriarcales d'aujourd'hui, «autant qu'on pourra. » C'est, dis-je, tenir au fond l'Eglise infaillible; puisque si le consentement de l'Eglise ancienne et moderne, y compris même le consentement des Eglises patriarcales d'aujourd'hui , esl la règle el le fondement des décisions qu'on doit faire en dernier ressort, il ne se peut que l'Eglise même, dont le sentiment esl une règle et qui doit faire ces décisions , ne soit infaillible.

Que si l'Eglise esl infaillible, le concile qui la représente, el qui en contient par conséquent toute la vertu , l'est aussi ; el c'est pourquoi notre auteur y renvoie les questions de la religion, sans qu'il soit permis de réclamer contre, sous les peines portées par les canons, c'esl-à-dire, sous peine d'ana- Ihème. En cela notre auteur ne fait que suivre le sentiment unanime de tous les protestants; puis- ^ qu'on voit dans tous leurs actes, qu'ils n'établissent leur Réforme que par provision , et jusqu'à la décision du concile général, auquel ils appellent el se rapportent; ce qui esl même (Vipressément porté dans la préface de la Confession d'Augsbourg, el même dans la conclusion de la Confession des quatre villes présentées en même temps à Charles X \)a.v le second parti des |irolestants; en sorte qu'on ne peut douter de leur sentiment unanime, si leurs déclarations les plus authentiques ne sont pas une illusion.

Les luthériens déclarent encore authentiquement, dans la môme Confession d'Augsbourg cl dans l'Apologie', « qu'ils ne méprisent point le » consentement de l'Eglise catholique; qu'ils se

1. Cnnfiss. d'Auysh., art. xxi. Apolog., réponse aux arj/nm., pag. 171, de.

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

)> sentent obligés, par l'autorité de l'Ecriture et par » celle de l'ancienne Eglise, à soutenir la doctrine >' qu'ils ont professée; qu'elle est conforme aux B Ecritures prophétiques et apostoliques, à l'Eglise '■ catholique, et enfin à l'Eglise romaine, autant » qu'elle est connue par ses écrivains. »

Si tout cela est sérieux, comme il le doit être, et que de telles déclarations faites par tout le parti , je ne dirai pas à la face de tout l'empire et de l'empereur, mais à la face de toute la terre, ne soient pas un jeu , il est plus clair que le jour, que dans les choses qu'a dites notre auleur à l'avantage de l'Eglise et des conciles, il n'a rien de particulier rien qui ne soit contenu dans les actes les plus authentiques de sa religion.

Il ne reste plus qu'à lui demander ce qu'il appelle l'ancienne Eglise, et pourquoi il borne l'autorité de ses sentiments aux cinq premiers siècles, et celle de ses conciles universels aux cinq premiers. Jésus-Christ a-t-il borné l'assistance qu'il a promise à son Eglise, et renfermé dans les premiers conciles généraux l'autorité de ces saintes assemblées? Celui que notre auteur veut qu'on assemble pour décider les questions qui nous divisent, ne sera-t-il pas de même autorité que ces cinq premiers? Il faut avouer que ces restrictions qu'on apporte à l'autorité de l'Eglise et des conciles , ne s'entendent pas; et nous voyons aussi qu'on passe plus loin; puisque notre auleur en vient à joindre au consentement de l'ancienne Eglise celui des Eglises patriarcales d'aujourd'hui , auxquelles la Confession d'Augsbourg et l'Apologie ont joint avec raison l'Eglise romaine , comme la première de toutes les patriarcales, ainsi que notre auteur les reconnaît; en sorte qu'il n'y a plus rien à demander aux protestants sur cette matière, qu'une doctrine suivie et un parfait consentement avec euxmêmes.

Où réside l'infatHihilité de l'Eglixe.

III. Les protestants objectent en vain aux catholiques que leur doctrine sur ce point est embarrassée. — Les protestants nous reprochent que nous mettons dans l'Eglise une infaillibilité à laquelle nous ne pouvons assigner aucun sujet; puisque les uns la mettent dans le Pape seul, les autres dans le concile universel, et les autres dans tout le corps de l'Eglise répandue par toute la terre. Ils ne veulent pas voir que ces sentiments, qu'ils supposent contraires les uns aux autres, s'accordent parfaitement; puisque ceux qui reconnaissent l'infaillibilité dans le Pape, môme seul, la reconnaissent à plus forte raison, quand toute l'Eglise est d'accord avec lui; et que ceux qui la mettent dans le concile, la mettent à plus forte raison dans l'Eglise que le concile représente. Voici donc la doctrine catholique parfaitement concordante dans toutes ses parties. L'infaillibililé réside originairement dans le corps de l'Eglise; d'où il s'ensuit qu'elle réside aussi dans le concile qui la représente et qui la renferme en vertu ; c'est-à-dire, dans un concile, qui se portant publiquement pour œcuménique demeure en communion avec tout le reste de l'Eglise, et dont aussi pour cette raison les décisions sont regardées comme celles de tout le corps. Ainsi l'autorité du concile est élablio sur l'autorité et le consentement de toute

l'Eglise, ou plutôt ce n'est autre chose que celte autorité et ce même consentement.

Pour le Pape, qui doit prononcer le sentiment commun de toute l'Eglise, lorsqu'elle ne peut s'assembler, ou qu'elle ne juge pas nécessaire de le faire, il est bien constant parmi nous, que lorsqu'il prononce, ainsi qu'il y est tenu , le sentiment commun des Eglises, et que toute l'Église consent à son jugement, c'est en elTet le jugement de toute l'Eglise, et par conséquent un jugement infaillible. Ce qu'on peut dire de plus, au sujet du Pape, n'est ni de foi ni nécessaire; puisqu'il sulTit que l'Eglise ait un moyen unanimement reconnu pour décider les questions qui diviseraient les tidèles.

IV. Le sentiment des catholiques sur l'infaillibilité des conciles œcuméniques , est fondé sur l'autorité des anciens conciles, et des siècles qui sont révérés par notre auteur, et par tous les protestants . — Que si nous croyons le concile n3cuménique légitimement assemblé entièrement infaillible, c'est à l'exemple de nos pères et des anciens conciles reconnus par les protestants, et en particulier par notre auteur.

Il reconnaît le cinquième concile : or l'infaillibilité du concile universel y est enseignée, sur le modèle de celle du concile tenu par les apôtres'. Si l'on veut remonter plus haut, on trouvera le concile d'Ephèse, qui a reçu et loué la lettre du pape Célestin, où il dit « que l'assemblée des évêques est » un témoignage de la présence du Saint-Esprit; » qu'on y doit reconnaître l'autorité du concile apos- » tolique; que celui que les conciles reçoivent pour » maître, ne leur a jamais manqué; que ce céleste » docteur a toujours été avec eux, et que l'assistance » qu'il a donnée aux apôtres s'étend à leurs succes- » seurs^. » Un peu au-dessus du concile d'Ephèse, on trouve saint Augustin, qui, en parlant de la question que saint Cyprien excita, assure que « ce saint » martyr s'en serait tenu à la décision de l'Eglise, » si la vérité avait été éclaircie et déclarée de son » temps par un concile universel'; » et pour montrer qu'il disait vrai, on trouve avant tout cela le même saint Cyprien , qui , consulté sur les erreurs des novatiens, répond « qu'il ne faut pas se mettre » en peine de ce qu'il enseigne, puisqu'il enseigne » hors de l'Eglise; et que quiconque n'est pas dans » l'Eglise, n'est pas chrétien*. »

En conformité de cette doctrine, saint Augustin a dit encore, « que celui qui est hors de l'Eglise, » ne voit ni n'entend; et que celui qui est dans » l'Eglise, n'est ni sourd ni aveugle'' : » principes d'où ce grand homme conclut, en un autre endroit, « qu'on peut soutTrir les disputes, avant que les )) matières soient décidées par l'autorité de l'Eglise; » mais que disputer après cela , c'est renverser le » fondement de l'Eglise môme^. »

Aussi quand les conciles ont décidé, c'a été la foi commune de tous les lldéles, qu'il n'y avait plus qu'à obéir et à se taire; et c'est de cette pratique de tous les siècles que les luthériens avaient tiré tant d'actes de soumission que nous avons vus, et qui les auraient sauvés, s'ils s'y étaient toujours attachés.

l. Conc. V. Collât, v. ubi sup, — 2. Conc. Ephes. part. Il . act. I!. — 3. Lib. ir. de Bapt., c. iv. ubi sup. — 1. Epist. i-if, ad Antonian. ubi sup. — 5. In Psalin. xlvii, n. 7, uhi sup. — Q. S';rm. xiv. De veyb. Apo^it. nunc ccxiv, n. 20, ubisiip.

PROJET DE RÉUNION ENTRE LES CATllULIOUES

Sur le Pape.

V. Les conciles par qui on veut que sa primauté soit reconnue, la reconnaissent eux-mêmes comme établie en saint Pierre par Jésus-Christ. SoUiment de l'Eglise de France. — Pour ce qui regarde le Pape, ils ne peuvent pas s'empêcher de le reconnaître pour chef de l'Eglise; puisqu'ils supposent dans tous leurs actes que le concile, auquel ils se soumettent, sera assemblé par le Pape même, comme cela est constant par les préfaces de la Confession d'Augsbourg déjà rapportées, et par celle des articles de Smalcaldo. Ainsi l'auteur n'a rien fait de nouveau, en consentant que le Pape soit reconnu comme le chef de l'épiscopal , du moins par le droit ecclésiastique. Mélanchlon s'est cru obligé de reconnaître cette autorité jusque dans ces mêmes articles de Smalcalde , et sa signature à l'acte , où il l'avoue, est enregistrée parmi les actes publics rapportés dans le livre de la Concorde'. Mais si l'on en vient à ce point, et qu'on reconnaisse la primauté du Pape comme établie par les conciles, il faudra bientôt la reconnaître comme venant de droit divin ; puisque les conciles universels d'Ephèse et de Ghalcédoine^, ceux de Milève et d'Orange, que notre auteur a loués, comme font tous les autres prolestants, en y reconnaissant la primauté du Saint-Siège, l'ont en même temps reconnue comme établie dans saint Pierre par Jésus-Christ même, ainsi que leurs actes en font foi; et le savant auteur ne l'ignore pas.

Il est constant au surplus que l'Eglise grecque, dans ses actes particuliers, n'a pas moins reconnu la primauté et l'aulorilé du Pape que la latine, comme il paraît par le Formulaire souscrit de tous les évèqucs sous les papes saint Hormisdas et saint Agapet, que j'ai produit dans l'écrit latin, et par la déclaration du patriarche Mennas dans un concile de Constantinople , où il'dil « que le Saint-Siège » apostolique a fait véritablement ce qui apparte- » nait à sa charge, lorsqu'il a condamné les er- » reurs, qu'il a maintenu la discipline , et qu'il a » usé d'indulgence envers ceux qui avaient failli, » lorsqu'ils reconnaissaient leur faute; » qui sont en elTet les trois fonctions de l'autorité papale, auxquelles se rapportent toutes les autres.

Quant aux articles dont on dispute dans les écoles, ni le cardinal du Perron , ni M. Duval, le plus zélé défenseur des prérogatives de Rome, ne les mettent au rang de la foi ni des articles nécessaires pour la communion ecclésiastique; et quant à ce que l'auteur a paru s'en rapporter à l'Eglise gallicane, en voici le sentiment dans les articles de la faculté de théologie de Paris contre Luther. Le xxd : « Il est » certain que le concile général légitimement assem- » blé représentant l'Eglise universelle, ne peut er- » rerdans les déterminations qui regardent la foi et » les bonnes mœurs. » Lo xxui : « Et il n'est pas » moins certain qu'il y a dans l'Eglise de Jésus- » Christ un seul souverain pontife établi de droit » divin , à qui tous les chrétiens doivent obéir. » Il ne faut donc pas lui refuser cette obéissance et cette primauté de droit divin, sous prétexte des sentiments de l'Eglise gallicane, qui n'a jamais révoqué

1. Png. 338. — 2. Conc. F.phes., art. i, m; Conc. Chalced., aci. m, iv; Relnl., etc., ubi sitp.

en doute le moins du monde ce droit du Pape et du Saint-Siège.

SECONDE PARTIE

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