‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 588 sur 631 · DE LA MÊME AU MÊME · texte numérisé non relu

DE LA MÊME AU MÊME

Voila une lettre. Monseigneur, de M. Leibnitz, qui se réveille de temps en temps sur un sujet qui devrait l'empêcher de dormir. L'objection qu'il fait sur le concile de Trente, ne me parait pas malaisée à résoudre : car les évoques qui ont fait faire l'aburation à Henri IV, pourraient avoir manqué en 'y voulant pas comprendre le concile de Trenle,

pour ne le pas effaroucher : cela ne prouverait pas qu'il ne fut pas reçu en France sur les dogmes de la foi , comme il ne l'est pas sur quelques points de discipline. Ce n'est point à moi, Monseigneur, à entamer ces questions, ni à répondre à ce que m'en écrit M. Leibnitz ; cela regarde Votre Grandeur. Je voudrais pourtant bien voir ce qu'il vous en écrit, et ce que vous lui répondrez , pour le lire à madame de Maubuisson , qui est pleine de bonnes lumières , et qui voit d'un coup d'œil le bien et le mal des choses.

Je crois , Monseigneur, que vous ne sauriez trop relever les bons desseins de M. de Lokkum, pour l'encourager à poursuivre la réunion , et à venir des bonnes paroles aux bons effets. Car écrire et discourir toute la vie sur une chose qui ne peut plus se faire après la mort, et de laquelle dépend le salut, c'est ce que je ne puis comprendre; et je doute toujours qu'il y ait un commencement de foi dans l'âme des personnes qui veulent persuader qu'elles cherchent la vérité, quand tout cela se fait si à loisir, et même avec quelque indifférence. Mais Votre Grandeur m'a déjà mandé qu'il fallait faire ce qui pouvait dépendre de vous, et attendre de Dieu ce qui dépend de lui; comme est cette réunion, qu'un intérêt temporel fait rechercher, selon toutes les apparences : mais Dieu en saura bien tirer sa gloire et l'avantage de l'Eglise, pour laquelle Votre Grandeur a tant travaillé.

J'avais mandé à mademoiselle de Scudéry, que j'avais vu un petit manuscrit que M. Pirot avait fait sur le concile de Trente, que M. Polisson aurait bien voulu faire imprimer à la fin de son livre fait, ou peu s'en faut, sur l'Eucharistie : mais il faudrait auparavant qu'il fût rectifié, et qu'on n'y laissât aucun sujet de doute. Je l'ai lu lorsque le cher défunt me l'envoya pour le faire tenir en Allemagne : autant que je puis m'y connaître , je le trouvai bien fort. Je prie Dieu, Monseigneur, qu'il vous augmente de plus en plus ses divines lumières, et qu'il vous donne la persévérance qui vous est nécessaire, pour faire tout seul ce qui avait paru devoir être fait avec le pauvre M. Polisson, dont le mérite se reconnaît de plus en plus. Vous m'avez promis , Monseigneur, votre bienveillance et vos prières; je vous supplie de vous en souvenir, et de croire que j'ai pour Votre Grandeur tout le respect et l'estime que doit avoir, votre très-humble et trèsobéissante servante, Sr. M. de Brinon.

Ce 23 juin 1695.

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