CHAPITRE PREMIER
De la nature du raisonnement.
Le raisonnement est une opération de l'esprit par laquelle d'une chose on infère une autre.
De là résultent deux choses; l'une, que le progrès du raisonnement va du certain au douteux , et du plus clair au moins clair; c'est-à-dire que le certain sert de fondement pour rechercher le douteux, et que ce qui est clair sert de moyen pour examiner ce qui est obscur. Par exemple , je suis en doute si je suivrai la vertu ou le plaisir : ce qui se trouve de certain en moi, c'est que je veux être heureux ; et trouvant que je ne puis l'être sans vertu, je me détermine à la suivre.
La seconde' chose qui résulte de ce qui a été dit, c'est que, dans ce progrès du raisonnement, il en faut venir à quelque proposition qui soit claire par elle-même; car, s'il fallait tout prouver, le raisonnement n'aurait point de fin, et jamais rien ne se conclurait.
Le fondement de tout cela est que les idées peuvent s'unir les unes aux autres , ainsi qu'il a été dit; de sorte que qui unit une idée avec une autre , lui unit par conséquent toutes celles qui sont unies avec celle-là ; et c'est cet enchaînement qu'on appelle raisonnement. Par exemple, si je trouve que l'idée de père est jointe à celle de roi je trouverai, par conséquent, que les idées de bonté, de tendresse, de soin des peuples y sont jointes aussi, parce que toutes ces idées- sont jointes à celle de père.