‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 118 sur 609 · Analyt. prior., lib. I, cip · texte numérisé non relu

Analyt. prior., lib. I, cip

Tel est le syllogisme qu'un philosophe de notre siècle ' fait faire aux bêtes et à son chat :

« Le blanc est doux ;

» Le doux est bon à manger.

« Donc le blanc est bon à manger. »

Sur cela , le chat convaincu ne manque pas de manger le lait; et ce philosophe, qui ne voulait pas donner aux bêtes l'intelligence des idées et des propositions universelles , croit ne rien faire de trop pour elles , en leur accordant le syllogisme expositoire, qui n'a que de simples particulières.

Il devait considérer que son chat , qui n'a pas encore goûté.de ce blanc, ne peut savoir qu'il soit doux , que par le rapport qu'il en fait aux autres choses pareilles dont il a déjà l'expérience; ce qui ne se peut , sans lui donner les idées universelles , qu'on trouve pourtant au-dessus de sa capacité. Mais laissons le raisonnement des bêtes, et venons à la nature du syllogisme expositoire.

Il semble fort différent des autres syllogismes , qui demandent, pour se soutenir, des propositions universelles ; mais , au fond , il n'en diffère pas.

Pour l'entendre, il faut distinguer les termes singtiUers, d'avec les termes qu'on Y>^'euA particulièrement; et les propositions singulières, d'avec les propositions particulières.

Les termes singuliers sont ceux qui signifient chaque individu, comme Pierre et .Jean.

Les termes pris particulièrement, sont ceux oii il y a une restriction ; comme quand on dit : Quelque homme, on entend, non un tel individu de la nature humaine, mais indéfiniment quelque individu, que l'Ecole appelle individu vague.

La différence de ces deux sortes de termes consiste en ce que le terme singulier se prend toujours totalement, et dans toute son étendue.

Qui dit Pierre, dit tout ce qui est Pierre; mais, au contraire, qui dit homme, ne dit pas tout ce qui est homme.

Ainsi la proposition qui- a pour sujet un terme singulier, a cela de commun avec la proposition universelle , que le sujet de l'une et de l'autre se prend dans toute son étendue. Quand je dis : Pierre est un animal, et : Tout homme est animal. Pierre et homme sont pris ici dans toute leur étendue ; et ces deux propositions , en ce sens, sont de même force.

Voilà ce qui regarde la nature du syllogisme expositoire. Voyons maintenant son usage pour prouver la bonté des arguments.

Aristote le réduit aux modes de la troisième figure, parce qu'encore qu'il puisse être étendu aux autres, l'usage en est plus clair en ceux-ci.

Prenons donc cet argument en Darapti.

Da- Toute plante se nourrit ;

rap- Toute plante est immobile ; ti. Donc quelque chose qui est immobile se

nourrit.

Si, en accordant les prémisses, vous niez la conséquence, je vous oppose ces mêmes prémisses que vous avez accordées , et le syllogisme expositoire pour vous en faire sentir la force.

Toute plante se nourrit; donc, en particulier,

i. Marin Ciireau de la Cliamlire, de l'Acad. franc., dans son Trailii île la connaissance des baies, 1C48, Yoy. Ul' part., ch. 5.

LOGIQUE

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